[Accès aérien] Maurice change de cap

Le gouvernement prévoit la création prochaine d’un « National Aviation Council » afin de repenser la politique d’accès aérien de Maurice. L’annonce a été faite par le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, à l’issue d’une rencontre de plus d’une heure avec les responsables d’Airport Holdings Ltd et d’Air Mauritius.

« La connectivité aérienne est un enjeu stratégique pour notre économie et notre avenir. J’ai annoncé aujourd’hui la création prochaine d’un National Aviation Council pour repenser notre politique d’accès aérien et renforcer notre connectivité. Nous engagerons également des discussions avec Etihad Airways autour d’un partenariat qui devra aller au-delà d’une simple liaison aérienne et créer de réelles opportunités pour notre économie », a déclaré le Premier ministre.

L’objectif est de doter le pays d’une stratégie cohérente et durable, conciliant trois impératifs : améliorer la connectivité, ouvrir Maurice à de nouveaux marchés et préserver le rôle stratégique d’Air Mauritius.

Car les droits de trafic aérien ne sont pas de simples autorisations administratives. Ce sont des actifs nationaux précieux. Lorsqu’une compagnie étrangère souhaite accéder davantage au marché mauricien, la question ne peut se limiter au nombre de vols proposés. Il faut aussi déterminer ce que cet accès apportera concrètement au tourisme, au fret, au commerce, à l’investissement et à l’emploi.

Jusqu’ici, les demandes ont trop souvent été examinées au cas par cas. Le « National Aviation Council » permettra d’inscrire ces décisions dans un cadre commun, avec des critères précis et une vision à long terme. Toutes les compagnies opérant à travers de grands hubs devront être évaluées selon les mêmes principes.

Il ne s’agit ni de fermer le ciel mauricien ni de protéger Air Mauritius au détriment des voyageurs. Le pays a besoin d’une concurrence accrue, de davantage de liaisons et d’un plus grand choix. Mais cette ouverture doit être maîtrisée afin qu’elle ne transforme pas le transporteur national en simple compagnie régionale alimentant les grands hubs étrangers.

Air Mauritius assure des dessertes directes, porte le pavillon mauricien, soutient le tourisme et le fret, génère des emplois et contribue à la résilience du pays. Toute ouverture supplémentaire devra donc créer de nouvelles possibilités pour les voyageurs et l’économie, sans laisser la compagnie nationale dans une position moins favorable.

Etihad, un partenariat à négocier dans sa globalité

L’intérêt manifesté par « Etihad Airways » constitue un premier test de cette nouvelle approche. Il ne s’agit pas simplement d’autoriser une compagnie supplémentaire à desservir Maurice.

Le « projet global » envisagé peut notamment inclure des accords de partage de codes et d’interconnexion avec Air Mauritius, l’accès à des réseaux plus étendus pour les passagers et le fret, la promotion conjointe de nouvelles destinations, ainsi que des possibilités dans la formation, la maintenance, la logistique, les services aéroportuaires et l’investissement.

Ces éléments constituent des pistes de négociation et non des engagements déjà conclus. C’est précisément pour les évaluer, les négocier et mesurer leur valeur pour Maurice qu’un cadre national est nécessaire.

La réciprocité ne peut plus être uniquement juridique. Sur le papier, deux compagnies peuvent disposer de droits équivalents. Dans la réalité, Air Mauritius ne possède pas la même capacité que les grands transporteurs internationaux pour exploiter les hubs de Dubaï, Abu Dhabi, Doha, Istanbul ou Addis-Abeba.

Maurice doit donc rechercher une réciprocité économique. En contrepartie de droits de trafic, le pays doit pouvoir obtenir des avantages mesurables : de nouveaux marchés, davantage de touristes, une meilleure capacité de fret, des investissements, des transferts de compétences et un accès élargi aux réseaux internationaux pour Air Mauritius.

Pas simplement un comité de plus

La création de ce Conseil provoque déjà des interrogations : serait-ce une nouvelle structure destinée à multiplier les réunions et à retarder les décisions ? Le « National Aviation Council », nous explique une source, ne sera pas créé pour refaire un diagnostic déjà connu ni pour se substituer au gouvernement. D’ailleurs, il devra répondre au Premier ministre directement. Il devra plutôt intervenir en amont des décisions importantes afin qu’elles soient prises sur la base d’une analyse complète des intérêts du pays.

Le pouvoir de trancher restera au gouvernement. Le Conseil apportera l’expertise nécessaire pour mieux encadrer ses choix, éviter les décisions improvisées et empêcher que des droits accordés temporairement deviennent des acquis permanents sans évaluation de leurs retombées. Ce n’est donc pas simplement un comité de plus. C’est une manière différente de faire les choses : mieux planifier, mieux négocier et mieux protéger les intérêts de Maurice.

Le « National Aviation Council » est appelé à réunir plus largement le gouvernement, les autorités de l’aviation, Airport Holdings Ltd, Air Mauritius, ainsi que des professionnels d’autres secteurs économiques concernés. Il ne s’agit donc pas de maintenir la politique d’accès aérien dans un cercle fermé, mais d’en faire une véritable politique nationale.

Les problèmes sont connus : tarifs élevés, connectivité encore insuffisante, nécessité d’attirer de nouvelles compagnies et besoin de renforcer Air Mauritius. Justement, le temps n’est plus aux réponses ponctuelles. Le pays a besoin d’un cadre permanent permettant de passer de la réaction à la stratégie.

L’ambition du gouvernement est claire : mieux relier Maurice au monde et faire de chaque partenariat aérien une véritable opportunité de développement. Chaque droit accordé devra désormais créer de la valeur pour le pays, pour son économie et pour sa population.