[Affaire Appaya] Des sociétés-écrans pour financer un parc automobile de prestige

L’affaire continue de faire des vagues. La Financial Crimes Commission (FCC) a mis au jour un système présumé de blanchiment d’argent impliquant des montants vertigineux de plusieurs centaines de millions de roupies.

Au cœur du scandale : des entreprises déclarant des revenus modestes mais capables d’acquérir des véhicules de luxe et des biens immobiliers de grande valeur. Comment des sociétés sans actifs significatifs, sans entrepôts, censées vendre des produits alimentaires ou exercer des activités de nettoyage, génèrent-elles des profits dépassant le million de roupies par exercice ? Ce paradoxe intrigue les enquêteurs.

L’homme d’affaires Wendip Appaya, 43 ans, cristallise l’attention. Via ses sociétés Dynapro Cleaning Services et Rent a Cradle, il a acquis une flotte impressionnante de 34 véhicules haut de gamme pour Rs 75,2 millions. BMW, Range Rover, McLaren Artura… des modèles peu adaptés au nettoyage industriel qu’il prétend exercer. Entre janvier 2020 et mars 2025, ses acquisitions automobiles personnelles et professionnelles atteignent même Rs 79 millions. Sa défense ? Il s’agirait d’un service de location de prestige, avec notamment une McLaren louée pour les mariages au tarif de Rs 10 000. Problème majeur : ses entreprises ne sont pas enregistrées comme sociétés de location automobile, soulevant des questions sur le détournement de leur objet social.

L’enquête révèle des liens troublants entre Appaya et Steven Moothoocurpen, qui gardait chez lui des véhicules du premier, justifiant cette situation par une “bonne relation” entre les deux hommes. Moothoocurpen, interrogé cette semaine, rejette les allégations de prête-nom dont il était affublé. Autre acteur clé : Ameersaheb Jagai, 24 ans, fils du surintendant de police Ashik Jagai, dont l’entreprise Ziya Property and Development Ltd a financé des achats immobiliers à Balaclava et Mare-Longue, payés comptant malgré des revenus déclarés faibles.

La FCC ne lâche rien et multiplie les perquisitions. Son message est sans équivoque : ni les relations familiales ni les galons n’entraveront les investigations. Cette affaire illustre la lutte acharnée contre la criminalité financière à Maurice, même quand elle touche les sphères influentes. Les autorités continuent de démêler ce qu’elles soupçonnent être un mécanisme sophistiqué destiné à blanchir de l’argent sale derrière des transactions apparemment légales, utilisant des sociétés-écrans aux profils commerciaux distincts mais servant un objectif commun.