[Affaire des Rs 94 millions de cannabis] L’ADSU remonte le passé opérationnel du sergent Jayesh Gungadin

L’enquête sur la saisie de cannabis estimée à près de Rs 94 millions franchit une nouvelle étape avec l’intensification des investigations visant le sergent Jayesh Gungadin. Placé en détention depuis son arrestation, ce policier affecté à la Divisional Crime Intelligence Unit (DCIU) du Port fait désormais l’objet d’un examen approfondi de son parcours professionnel, alors que les enquêteurs de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) cherchent à établir l’étendue de son implication présumée dans cette affaire. Plusieurs policiers ayant travaillé à ses côtés sur des dossiers sensibles liés au trafic de drogue ont été entendus ces derniers jours afin d’éclaircir plusieurs zones d’ombre.

Depuis son inculpation provisoire de « Perverting the Course of Justice » devant la cour de Port-Louis, l’attention des enquêteurs s’est portée sur les différentes opérations antidrogue auxquelles le sergent Jayesh Gungadin a participé au fil des années. Les auditions menées concernent principalement d’anciens collègues ayant collaboré avec lui dans le cadre d’enquêtes complexes sur des réseaux de trafic de stupéfiants. Les enquêteurs souhaitent mieux comprendre son mode de fonctionnement, les responsabilités qu’il assumait lors de ces opérations ainsi que les interactions qu’il entretenait avec d’autres membres des forces de l’ordre.

Ces auditions ne signifient pas que les policiers entendus sont soupçonnés d’une quelconque implication. Elles s’inscrivent dans une démarche visant à reconstituer le parcours opérationnel du sergent et à vérifier certains éléments recueillis depuis le début de l’enquête. Les déclarations obtenues devraient permettre aux enquêteurs de croiser les informations déjà en leur possession avec les faits rapportés par ceux qui ont travaillé directement avec lui sur le terrain.

Parallèlement, l’ADSU poursuit l’exploitation des éléments matériels saisis lors de la perquisition effectuée mercredi dernier au domicile du suspect dans le nord du pays. Les enquêteurs de l’ADSU de Grand-Baie ont sécurisé plusieurs outils informatiques appartenant au sergent Jayesh Gungadin. Ces équipements seront prochainement soumis à des analyses techniques approfondies. L’objectif est de déterminer s’ils contiennent des informations susceptibles de faire progresser les investigations, notamment des communications, des documents ou d’autres données pouvant établir un lien avec les faits faisant actuellement l’objet de l’enquête.

Cette phase d’analyse numérique est considérée comme une étape importante dans le dossier. Les enquêteurs espèrent que les examens permettront de retracer certaines activités du policier et de confirmer ou d’écarter plusieurs hypothèses développées au cours des dernières semaines. Les résultats de ces expertises pourraient également orienter les prochaines étapes de l’enquête et conduire à de nouvelles auditions, voire à d’autres développements judiciaires.

Le nombre d’arrestations dans cette affaire est désormais passé à cinq, illustrant l’ampleur prise par cette enquête depuis la saisie de la drogue le mois dernier. Les investigations ont débuté à la suite de l’interception, le 4 juin dernier, d’environ 63 kilos de cannabis dissimulés dans les bagages de deux ressortissants mauriciens arrivés à Maurice à bord d’un vol en provenance de Londres. La valeur marchande de cette cargaison est estimée à près de Rs 94 millions.

Cette importante saisie avait conduit, dans un premier temps, à deux arrestations. Les deux voyageurs transportant la drogue avaient été interceptés, tandis qu’un autre homme, qui se trouvait à bord du même vol, avait également été arrêté dans le cadre des premières investigations. Les développements qui ont suivi ont progressivement orienté les enquêteurs vers d’autres pistes, conduisant finalement à plusieurs nouvelles arrestations, dont celle du sergent Jayesh Gungadin.

Selon les premiers éléments réunis par les enquêteurs, le policier manifestait un intérêt particulier pour cette affaire peu après la saisie de la drogue. Les circonstances dans lesquelles il s’est impliqué dans le suivi du dossier ont rapidement attiré l’attention des responsables de l’ADSU. Face à certains éléments jugés suffisamment préoccupants, la brigade antidrogue avait décidé de le placer sous étroite surveillance afin de mieux comprendre ses agissements et d’évaluer la nature exacte de son implication présumée.

Les informations recueillies au cours de cette période de surveillance auraient ensuite alimenté l’enquête et conduit à son arrestation. Depuis, les investigations se sont intensifiées afin de déterminer si ses actions relevaient d’initiatives personnelles ou s’inscrivaient dans un contexte plus large. Les enquêteurs s’attachent également à établir si d’autres personnes auraient pu jouer un rôle dans les événements faisant l’objet de l’enquête.

L’affaire suscite un vif intérêt, d’autant qu’elle implique un membre des forces de l’ordre affecté à une unité spécialisée dans le renseignement criminel. Pour les enquêteurs, il est désormais essentiel de retracer avec précision les différentes interventions du sergent Jayesh Gungadin dans les dossiers liés aux stupéfiants afin de vérifier si des similitudes ou des éléments communs peuvent être établis avec les faits actuellement sous enquête.

À ce stade, l’ADSU poursuit méthodiquement ses investigations. Les auditions de policiers devraient se poursuivre dans les prochains jours, tandis que les analyses des équipements informatiques pourraient apporter de nouveaux éléments déterminants. Les enquêteurs n’écartent aucune piste et poursuivent leurs vérifications afin de faire toute la lumière sur cette affaire, qui demeure l’une des plus sensibles de ces dernières semaines en matière de lutte contre le trafic de drogue à Maurice.