[Affaire Moustass Leaks] L’origine de deux appareils d’écoute au cœur de l’enquête

La provenance de deux appareils d’écoute téléphonique est devenue l’élément central de l’enquête menée par le Central Criminal Investigation Department (CCID) dans l’affaire dite Moustass Leaks. Alors que les investigations portent depuis plusieurs mois sur les enregistrements attribués à Misie Moustass et largement relayés durant la campagne électorale de 2024, un nouveau pan du dossier attire désormais l’attention : l’origine, l’acquisition et l’utilisation de ces équipements de surveillance considérés comme sensibles. Selon les premiers éléments, ces appareils auraient été achetés pour les services de renseignements ainsi que pour la Counter Terrorism Unit, mais la procédure entourant leur obtention et leur gestion fait aujourd’hui l’objet d’un examen approfondi.

L’affaire Moustass Leaks a débuté lorsque plusieurs enregistrements audio ont circulé sur les réseaux sociaux en pleine campagne électorale. Ces extraits, attribués à Misie Moustass, ont rapidement suscité un vif intérêt public et politique. Face à la portée de cette diffusion, le CCID a initié une enquête visant à déterminer l’authenticité des enregistrements, les circonstances de leur captation et les responsabilités éventuelles dans leur propagation. Depuis, plusieurs auditions ont été menées, et des experts ont été mobilisés pour analyser les fichiers sonores. Cependant, au fil de l’enquête, l’attention s’est progressivement déplacée vers le matériel susceptible d’avoir été utilisé pour réaliser ces enregistrements.

C’est dans ce contexte que deux appareils d’écoute téléphonique ont été identifiés comme des éléments clés. Les enquêteurs cherchent à comprendre qui a commandé ces équipements, par quels canaux ils ont été importés, et pour quelles opérations ils étaient destinés. D’après les premières informations disponibles, ces appareils auraient été acquis pour des besoins opérationnels des services de renseignements et de la Counter Terrorism Unit. Toutefois, aucune confirmation officielle n’a encore été fournie quant aux procédures qui ont présidé à leur achat, ni quant aux autorisations obtenues en amont. Les questions qui se posent sont nombreuses : ces dispositifs étaient-ils conformes aux standards légaux ? Ont-ils été utilisés dans un cadre autorisé ? Qui avait accès aux informations qu’ils permettaient de collecter ?

Au cœur de cette partie de l’enquête se trouve désormais l’Assistant Commissioner of Police (ACP) Lilram Deal, ancien patron de la Counter Terrorism Unit. Mardi, il a été arrêté par le CCID dans le cadre de ce volet précis. L’officier, déjà suspendu en lien avec l’affaire Reward Money, se voit reprocher d’avoir refusé de fournir les codes d’accès complets d’un appareil d’écoute téléphonique aux enquêteurs. Ces codes sont indispensables pour que la police puisse accéder aux données stockées dans l’appareil et en analyser le contenu. Selon les enquêteurs, seule une partie des codes aurait été communiquée, ce qui ne permet pas de débloquer l’ensemble des fonctionnalités de l’équipement ni d’accéder à toutes les données.

Les officiers en charge du dossier soupçonnent que l’ACP Deal détient les codes restants et qu’il ne les aurait pas transmis volontairement. Les raisons de cette rétention éventuelle n’ont pas été précisées par les enquêteurs, qui se concentrent actuellement sur la récupération complète de l’accès aux appareils. Cette situation complique l’avancée des investigations, car l’accès aux données est considéré comme crucial pour comprendre dans quel cadre ces appareils ont été utilisés et si leur usage a été conforme ou non aux dispositions légales.

L’arrestation de l’ACP Deal marque une étape importante dans cette enquête. Après son passage au CCID, l’officier a été admis dans une clinique privée. Cette hospitalisation intervient alors que les enquêteurs poursuivent leurs démarches pour clarifier son rôle exact dans la gestion des appareils d’écoute et pour déterminer s’il a effectivement entravé l’enquête en refusant de fournir les informations demandées. Pour l’heure, aucune indication n’a été donnée quant à la durée de son hospitalisation ni quant à son état de santé, mais son absence prolonge l’incertitude autour de la récupération des codes restants.

En parallèle de ce volet, le CCID continue d’examiner les conditions dans lesquelles les enregistrements attribués à Misie Moustass ont été réalisés puis diffusés. Les enquêteurs cherchent notamment à établir si les appareils saisis ont pu être utilisés pour capter certaines des conversations ayant circulé en 2024. Cette question reste ouverte et dépend largement de l’accès intégral aux données contenues dans les appareils. Les analyses techniques menées jusque-là n’ont pas encore permis de répondre de manière définitive.

L’utilisation d’appareils d’écoute téléphonique à Maurice est strictement encadrée par la loi. La législation prévoit que de telles écoutes ne peuvent être autorisées que dans des situations bien précises, notamment dans le cadre de la Dangerous Drugs Act ou de la Prevention of Terrorism Act. Dans tous les cas, une autorisation doit être obtenue auprès d’un juge en chambre, et ce pour une période déterminée. L’enquête en cours cherche donc à établir si ces conditions ont été respectées lors de l’utilisation des appareils identifiés et si les enregistrements attribués à Misie Moustass ont été réalisés dans un cadre légal ou non.

À ce stade, plusieurs zones d’ombre demeurent. L’identité de la personne ou de l’autorité qui aurait autorisé l’achat des appareils reste à éclaircir. L’enquête doit également établir la chaîne de possession de ces équipements depuis leur acquisition jusqu’à leur utilisation. Les enquêteurs cherchent par ailleurs à déterminer qui, au sein des services concernés, avait connaissance de leur existence et avait accès à leurs fonctionnalités.

Le CCID poursuit ses travaux sur les différents volets de cette affaire. Les prochaines étapes dépendront en grande partie de l’obtention des codes d’accès complets et de la possibilité d’analyser les données enregistrées. Les enquêteurs estiment que ces informations sont essentielles pour reconstituer le parcours des appareils et comprendre le rôle qu’ils ont pu jouer dans l’affaire Moustass Leaks. En attendant, l’enquête se poursuit à plusieurs niveaux, entre retracement des procédures d’achat, analyses techniques et interrogatoires des officiers concernés.