L’enquête visant l’homme d’affaires malgache Maminiaina “Mamy” Ravatomanga a franchi une étape clé cette semaine. Après plusieurs reports pour raisons médicales, le magnat a finalement été entendu pour la première fois par la Financial Crimes Commission (FCC). Soupçonné de blanchiment d’argent et d’entente délictueuse, il a été conduit sous escorte médicale au Réduit Triangle, où deux séances d’interrogatoire ont été menées avant sa comparution en cour et son placement en détention.
Un interrogatoire sous supervision médicale
Hospitalisé depuis la mi-octobre à la clinique Premium Care, Mamy Ravatomanga avait jusqu’ici échappé aux auditions, invoquant de sérieuses complications cardiaques. Le 5 novembre, il a quitté la clinique en ambulance médicalisée, escorté par la police et accompagné de ses avocats, Mes Siddhartha et Nirakar Hawoldar, ainsi que Me Khushal Lobine.
Le dispositif était strict : interrogatoires limités à quatre heures, présence constante du médecin traitant, et encadrement serré de la Special Supporting Unit (SSU). Sur place, la prudence était palpable. Le personnel médical se tenait prêt à intervenir à tout moment.
Selon la défense, le chef du groupe Sodiat s’est montré coopératif, tout en niant toute implication dans les transactions suspectes évoquées par la FCC. Les enquêteurs, eux, restent concentrés sur des mouvements financiers d’une ampleur inédite entre Maurice et Madagascar.
Des montants colossaux au cœur de l’enquête
L’enquête porte sur des transferts estimés à Rs 7,3 milliards, supposément acheminés depuis Madagascar vers des sociétés mauriciennes liées à Ravatomanga. À cela s’ajoutent environ Rs 858 millions sur ses comptes personnels. La FCC soupçonne l’origine de ces fonds d’être liée à des marchés publics et contrats miniers obtenus par trafic d’influence.
Mamy Ravatomanga, 56 ans, rejette catégoriquement ces accusations. Ses avocats affirment qu’il agit « en toute transparence » et qu’un affidavit détaillant la provenance licite des fonds a déjà été soumis à la FCC. Son téléphone, désormais sous scellé, a été cloné pour analyse. Les enquêteurs espèrent y trouver des échanges relatifs à une rencontre à Quatre-Bornes le 14 octobre, à laquelle participaient notamment l’ancien commissaire de la FCC, Me Junaid Fakim, et Nasser Bheeky, deux protagonistes désormais inculpés.
Une décision judiciaire sous tension
Au terme de deux jours d’audition, Mamy Ravatomanga a comparu devant le magistrat Prashant Bissoon à la cour de district de Port-Louis. Son avocat, Me Siddhartha Hawoldar, a plaidé pour sa remise en liberté et la radiation des charges, dénonçant une arrestation « illégale » et une « absence de ‘reasonable suspicion’ ». La défense a aussi invoqué l’article 5(1) de la Constitution, arguant d’un abus de procédure et d’une compétence contestée de la FCC.
Mais le magistrat a tranché : détention policière jusqu’au 13 novembre. Il a estimé qu’un retour à la clinique privée n’était plus justifié. Après l’audience, Ravatomanga a été brièvement admis à l’unité de soins intensifs de l’hôpital Jeetoo avant d’être transféré, vendredi matin, au Vacoas Detention Centre.
Bras de fer autour de la santé du magnat
Le feuilleton a pris un nouveau tournant ce vendredi. Quelques heures après son arrivée à Vacoas, Mamy Ravatomanga a été victime d’un malaise et transféré à la Cardiac Unit de l’hôpital Victoria, à Candos. Ses avocats et son médecin traitant, présents à ses côtés, ont insisté pour qu’il soit réadmis à la clinique Premium Care, invoquant un état critique. Mais la FCC s’y oppose fermement, estimant que tout suivi médical doit désormais être assuré dans le secteur public. Ce bras de fer médico-judiciaire, sur fond d’enquête explosive, illustre les tensions croissantes entre la commission et la défense.
La prochaine audience, fixée au 27 novembre, sera consacrée à la motion de radiation des charges. En attendant, la FCC continue d’exploiter les documents saisis dans les bureaux et compagnies liés au groupe Sodiat. Entre détentions prolongées, hospitalisations et renvois successifs, le dossier Ravatomanga continue de s’étendre, révélant peu à peu la complexité d’un réseau où les sphères d’affaires, politiques et judiciaires s’entrecroisent dangereusement.
Les autres protagonistes
Bheeky, Fakim et Thomas : entre malaise, chirurgie et preuves accablantes

Pendant que Ravatomanga affronte la FCC sur le terrain médical et judiciaire, les volets parallèles de l’enquête continuent de s’étendre.
Nasser Osman Bheeky, 65 ans, a quitté la clinique et se trouve désormais en détention. Il est accusé de trafic d’influence pour avoir facilité la rencontre du 14 octobre entre Ravatomanga, Fakim et d’autres protagonistes. Une tentative de lui remettre un téléphone portable alors qu’il était hospitalisé aurait été déjouée par la police. L’appareil, un Samsung Galaxy S9, est sous scellé et fait l’objet d’une expertise technique. Ses avocats, Mes Ashley Hurunghee et Samad Golamaully, affirment que leur client compte témoigner sous serment le 10 novembre et promet « des révélations ».
Me Junaid Haroon Fakim, ancien commissaire de la FCC, reste hospitalisé à la clinique Wellkin. Son état de santé post-opératoire a conduit la cour à reporter l’examen de sa demande de libération sous caution. Il fait face à deux accusations provisoires : public official using office for gratification et breach of confidentiality. Ces charges découlent d’une rencontre qu’il a eue avec Ravatomanga et Bheeky alors qu’il était encore en fonction. Le tribunal a ordonné que ses médecins traitants soient entendus, tandis qu’une évaluation indépendante par le service public est prévue avant la reprise des débats le 11 novembre.
David Jean Christian Thomas, un proche collaborateur de Ravatomanga, a lui comparu devant la cour de Mapou cette semaine dans le cadre de sa propre demande de libération. L’examen de son téléphone aurait révélé, selon la FCC, des éléments incriminants reliant directement les protagonistes à un réseau présumé de blanchiment d’argent. L’affaire sera rappelée le 10 novembre. Entre hospitalisations, détentions et croisements d’intérêts, l’affaire Ravatomanga prend des allures de vaste échiquier judiciaire où chaque mouvement est scruté. La FCC, en position offensive, entend maintenir la pression jusqu’à ce que toutes les pièces du puzzle soient r


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