La somme est colossale : Rs 7,3 milliards. C’est le montant des fonds que Maminiaina Ravatomanga, dit Mamy, le magnat malgache, détiendrait sur ses comptes bancaires et ceux des sociétés qu’il dirige à Maurice. Selon la Financial Crimes Commission (FCC), ces avoirs proviendraient d’activités criminelles commises à Madagascar sur plusieurs années et transitant par diverses juridictions à travers le monde.
L’homme d’affaires de 56 ans, résident de Belle Vue Harel, a été placé en état d’arrestation ce vendredi 24 octobre dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent présumé. Les enquêteurs se sont rendus dans la clinique où il est hospitalisé pour lui notifier sa mise en état d’arrestation. Son hospitalisation se poursuit désormais sous étroite surveillance de la FCC.
Dans un communiqué publié dans la soirée de vendredi, la FCC affirme avoir des motifs raisonnables de croire que l’homme d’affaires, tout en gérant plusieurs entités mauriciennes, était en possession de fonds soupçonnés de représenter le produit d’activités criminelles. Ces avoirs comprennent environ Rs 6,45 milliards détenus sur les comptes des sociétés qu’il dirige et Rs 858 millions sur ses comptes personnels, soit un total de Rs 7,31 milliards. Une ordonnance de gel des avoirs criminels (Criminal Attachment Order) a été émise par la Cour suprême pour l’ensemble de ses comptes et de ceux de ses entreprises.
Toujours selon la FCC, l’enquête a permis d’identifier des protagonistes locaux impliqués dans ce vaste réseau de blanchiment d’argent à grande échelle. Deux autres arrestations sont déjà intervenues : celle de David Jean Christian Thomas, 38 ans, employé du groupe Sodiat, inculpé de conspiration pour avoir tenté de dissimuler des avoirs d’environ 20 milliards USD via le système informatique d’une banque, et celle de Nasser Bheeky, interpellé dans la soirée du 24 octobre.
Pour rappel, Mamy Ravatomanga, proche de l’ex-président Andry Rajoelina, et l’ancien Premier ministre Christian Ntsay étaient arrivés à Maurice à bord d’un jet privé immatriculé 5R-HMR, appartenant au groupe Sodiat, dans la nuit du 11 au 12 octobre 2025 — un vol qui avait déjà suscité de vives réactions à Antananarivo comme à Port-Louis.
L’enquête, jugée hautement sensible, se poursuit sous la supervision directe de la FCC.
Perquisition, audition et contre-offensive juridique
L’épouse de l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga a été entendue par les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) dans la matinée du vendredi 24 octobre. Selon les informations recueillies, cette audition s’est tenue dans le cadre de l’enquête en cours sur un présumé transfert d’une importante somme d’argent de Madagascar vers Maurice. À l’issue de cette séance d’interrogatoire, elle a été autorisée à rentrer chez elle. Peu après, les enquêteurs de la FCC ont procédé à une perquisition à son domicile, situé dans le nord de l’île. Les opérations se sont déroulées sous haute surveillance. Selon des sources proches du dossier, aucune pièce compromettante n’a été retrouvée au cours de cette descente.
Cette nouvelle étape dans l’enquête s’inscrit dans la série d’actions entreprises par la FCC depuis le début de ce mois, dans le cadre de ce dossier à forts enjeux financiers et diplomatiques. Le nom de Mamy Ravatomanga, figure bien connue du milieu des affaires malgache et à la tête de plusieurs sociétés opérant dans la région, est cité dans une enquête sur des soupçons de transferts illicites de fonds. Les autorités mauriciennes cherchent à déterminer si des montants importants auraient été transférés de Madagascar vers Maurice, à travers des structures ou des comptes bancaires liés à l’homme d’affaires et à son entourage.
Quelques jours plus tôt, la FCC avait obtenu un Criminal Attachment Order visant le gel des avoirs bancaires de Mamy Ravatomanga, de son épouse, ainsi que de plusieurs sociétés qui lui sont associées. L’ordre de gel, émis le 15 octobre, a été confirmé dans le cadre d’une procédure menée par la Cour suprême. Cette décision avait provoqué la réaction immédiate de l’homme d’affaires, qui, selon des proches, prépare désormais une riposte juridique d’envergure.
En parallèle, la famille proche de Mamy Ravatomanga a quitté le territoire mauricien. Ses enfants, sa belle-fille et son petit-fils, arrivés à Maurice le 12 octobre à bord d’un jet privé en compagnie de l’homme d’affaires, ont quitté l’île dans la soirée du jeudi 23 octobre. Ils avaient été temporairement empêchés de voyager en raison d’un Report on Departure émis par la Financial Crimes Commission. Cet ordre a finalement été levé, permettant à la famille de quitté Maurice. Toutefois, la FCC a précisé que ces personnes devront rester disponibles pour d’éventuelles convocations, si leur témoignage ou leur présence s’avère nécessaire dans la suite de l’enquête.
Pour l’heure, les autorités mauriciennes poursuivent leurs investigations, tout en maintenant une discrétion stricte sur les éléments recueillis jusqu’ici. Les enquêteurs cherchent notamment à retracer les flux financiers suspects et à vérifier si ces transactions ont transité par des entités locales. Les vérifications portent aussi sur la provenance des fonds, les circuits utilisés, et d’éventuelles sociétés-écrans impliquées dans les transferts présumés.
Du côté de la défense, la riposte de Mamy Ravatomanga s’organise. Ses avocats travaillent actuellement sur un affidavit qui sera juré devant la Cour suprême dans les prochains jours. Ce document visera à contester les fondements juridiques de l’enquête de la FCC, à remettre en question les éléments sur lesquels repose l’ordre de gel et à réclamer la levée de cette mesure. Les juristes du magnat malgache s’appuient sur trois grands axes pour bâtir leur ligne de défense.
Le premier consiste à contester le rôle joué par Fanirisoa Ernaivo, ancienne magistrate malgache, arrivée à Maurice le 17 octobre. Cette dernière aurait été appelée à collaborer avec la Financial Crimes Commission dans la coordination de certaines démarches liées à l’enquête. Selon les proches du dossier, la défense de Mamy Ravatomanga compte remettre en cause sa crédibilité en réexaminant plusieurs dossiers antérieurs où son nom a été cité. L’objectif affiché serait de démontrer que son intervention pourrait reposer sur des motivations extérieures au cadre strict de la procédure en cours.
Le deuxième axe de la défense porte sur la prescription des faits reprochés à l’homme d’affaires. Les allégations concernent notamment des activités indirectement liées à l’exploitation et à l’exportation de bois de rose, une espèce protégée, par le biais de filiales comme Sodiatrans. Ces faits remonteraient à 2011, année au cours de laquelle des saisies avaient été effectuées à Port-Louis. L’enquête, à l’époque menée par la Commission anticorruption (ICAC), n’avait pas abouti. À l’étranger, en France, un dossier similaire avait été ouvert par le Parquet national financier en 2015 avant d’être annulé en 2019 par la cour d’appel de Paris, faute de preuves suffisantes. À Madagascar également, les procédures liées à ces allégations avaient été classées sans suite.
Enfin, le troisième axe de la défense concerne la légitimité des documents transmis à Maurice par les autorités malgaches. Les avocats de Mamy Ravatomanga comptent soutenir que certains de ces éléments officiels ne peuvent être reconnus par la justice mauricienne, dans la mesure où ils proviendraient d’un régime issu d’un coup d’État, régime qui, à l’époque, avait été suspendu par l’Union africaine. Cet argument vise à affaiblir la valeur juridique de certaines pièces du dossier transmises à la FCC.
Pour Mamy Ravatomanga et ses conseillers légaux, l’enjeu dépasse le simple cadre de l’enquête financière. Il s’agit aussi de préserver la réputation d’un homme d’affaires influent, présent dans de nombreux secteurs à Madagascar et connu pour ses liens économiques régionaux. Dans l’attente de la suite de la procédure, ses avocats affirment vouloir utiliser tous les moyens légaux à leur disposition pour assurer sa défense et, selon leurs termes, « rétablir son honneur ».
Pendant ce temps, la FCC maintient sa position et poursuit ses investigations, estimant disposer d’informations crédibles justifiant la poursuite de ses travaux. Le dossier Ravatomanga, désormais au cœur d’une bataille juridique et médiatique, continue ainsi de retenir l’attention tant à Maurice qu’à Madagascar.


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