[Affaire Reward Money] Un inspecteur dans le viseur des autorités

Après l’arrestation de l’ex-responsable de la défunte Special Intelligence Cell, l’ASP Rajcoomar Seewoo, c’est désormais un inspecteur de cette même unité qui se retrouve sous les projecteurs. Son sort dépend des conclusions d’un examen graphologique visant à déterminer si son écriture et sa signature figurent bien sur des documents de réclamation de Reward Money. Des échantillons ont été prélevés à cet effet.

Cet inspecteur, qui officiait en tant que Reward Money Handler, a été entendu la semaine dernière par la Financial Crimes Commission (FCC). Il est soupçonné d’avoir recommandé certaines demandes de primes, liées à des saisies de drogue effectuées par la SIC en 2023 et 2024. Conformément aux procédures, la demande initiale aurait été formulée par un sergent de l’équipe, avant d’être transmise à l’inspecteur, chargé de l’acheminer à une instance supérieure. Or, selon la FCC, ce dernier aurait dû s’interroger sur le montant réclamé, demander des précisions et exiger des justificatifs. Au lieu de cela, il aurait donné son aval, ce qui a conduit à l’approbation de la demande.

Interrogé sur ces faits, l’inspecteur a déclaré, lors de son audition à la FCC, avoir personnellement assisté à la saisie d’une cargaison de cannabis d’une valeur de Rs 26,9 millions à Trou-aux-Biches en juillet 2024, dans le cadre du démantèlement d’un réseau de trafiquants opérant entre Maurice et La Réunion. Cette opération, dirigée par l’ASP Rajcoomar Seewoo, avait conduit à trois arrestations après une course-poursuite. L’inspecteur estime que cette intervention justifiait la demande de prime.

La FCC examine également d’autres réclamations soumises au sein de la SIC. Au total, Rs 34,7 millions auraient été perçus par cette unité entre septembre et novembre 2024. Plusieurs policiers de cette équipe ont été entendus. Certains affirment n’avoir jamais reçu de prime malgré leur participation à des opérations de saisie. Les auditions se poursuivent.

Parallèlement, les biens et comptes bancaires du surintendant de police Ashisk Jagai, ancien chef de la Special Striking Team, sont passés au crible par la FCC. La semaine dernière, il a été interrogé au Réduit Triangle dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Reward Money. Le haut gradé a indiqué aux enquêteurs qu’ils pouvaient consulter librement ses comptes bancaires et a affirmé ne posséder aucun bien à l’étranger.

Selon nos informations, les enquêteurs vérifient actuellement chaque donnée fournie par le surintendant au cours de ses auditions. À ce jour, la FCC a recueilli cinq dépositions de l’officier, qui entame son seizième jour de détention. Ashisk Jagai a réitéré qu’il n’avait aucune objection à la consultation de ses comptes et a nié catégoriquement détenir des avoirs à l’étranger.

D’autres séances d’interrogatoire sont prévues dans les prochains jours. Le mardi 2 septembre, il devra de nouveau comparaître devant la cour de Port-Louis pour les débats relatifs à sa demande de libération sous caution.

Lors de l’audience d’hier matin, un enquêteur a indiqué au magistrat que l’enquête est toujours en cours et qu’il existe un risque d’interférence avec des preuves ou des témoins. Pour cette raison, la FCC s’est opposée une nouvelle fois à la libération sous caution de l’ancien responsable de la Special Striking Team.

L’enquête de la FCC se concentre actuellement sur deux axes principaux : d’une part, la vérification des documents liés aux demandes de Reward Money, dont certaines signatures sont contestées ; d’autre part, l’analyse du patrimoine et des transactions financières des officiers soupçonnés d’avoir profité indûment de ce système.

L’affaire, qui a déjà éclaboussé plusieurs hauts gradés, ne cesse de s’élargir au fil des auditions. L’arrestation de l’ASP Rajcoomar Seewoo a marqué un tournant, et les enquêteurs cherchent désormais à mesurer l’ampleur des irrégularités commises sous sa direction. Le rôle de l’inspecteur actuellement sous enquête pourrait devenir central si l’analyse graphologique confirme que sa signature figure sur les documents incriminés. Il serait alors directement lié aux montants approuvés et aux procédures suspectes entourant l’attribution de millions de roupies en Reward Money.

La FCC souhaite également éclaircir le mécanisme de circulation de ces fonds au sein des unités aujourd’hui dissoutes. Entre septembre et novembre 2024, les montants perçus atteignent 34,7 millions de roupies, soit une moyenne mensuelle anormalement élevée. Les enquêteurs cherchent à déterminer qui a effectivement bénéficié de ces primes, pourquoi certains policiers déclarent n’avoir rien reçu, et si une partie des fonds aurait pu être détournée.

À ce stade, aucune conclusion officielle n’a été rendue. Les enquêteurs adoptent une approche méthodique : confrontations de témoignages, expertises graphologiques, analyses bancaires et traçabilité des flux financiers. Plusieurs sergents et constables doivent encore être entendus dans les semaines à venir.

Pour Ashisk Jagai, la bataille judiciaire se poursuit. Il demeure en détention provisoire tant que la cour n’a pas statué sur sa demande de libération sous caution. La FCC insiste sur le risque de pression sur les témoins ou d’altération des preuves si le haut gradé venait à être libéré avant la fin de l’enquête. La décision du tribunal sera donc suivie de près, car elle pourrait influer sur le déroulement de l’un des plus importants scandales liés au Reward Money.