Le Bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) a annoncé, dans un communiqué daté du 11 août, avoir logé devant la Financial Crimes Division de la Cour suprême trois dossiers issus d’enquêtes de la Financial Crimes Commission (FCC), en vertu de l’article 41A de la Courts Act. Cinq personnalités sont désormais formellement inculpées, tandis que trois autres dossiers ont été retournés à la FCC pour complément d’enquête.
Le DPP précise que cette décision repose sur les deux critères classiques de toute poursuite pénale : une perspective raisonnable de condamnation, au vu des preuves recueillies, et l’intérêt public au regard de la gravité des faits allégués. Le bureau dit aussi avoir veillé à ce que ces affaires soient jugées sans délai excessif, conformément à l’article 41AA de la Courts Act, qui garantit un traitement rapide et équitable des dossiers devant la Financial Crimes Division. La FCC, informée de la décision, a reçu copie des chefs d’accusation retenus.
Eco Deer Park : un scandale de l’ère MSM rattrape ses protagonistes
L’ancien Attorney General et secrétaire général du MSM, Maneesh Gobin, l’ex-PPS Rajanah Dhaliah et le haut fonctionnaire Hurryduth Ramnarain devront répondre d’infractions de corruption au regard des sections 7 et 10 de la Prevention of Corruption Act.
L’affaire porte sur l’attribution controversée d’un terrain de 350 arpents à Grand-Bassin, jusque-là exploité par une société d’élevage de cerfs dont le bail avait été résilié après la découverte d’une plantation de cannabis sur les lieux. Une nouvelle structure, l’Eco Deer Park Association, avait ensuite été constituée pour solliciter à son tour ce même terrain. Selon les révélations d’un témoin clé, un versement de Rs 4 millions aurait été demandé pour faciliter l’octroi du bail, les fonds devant transiter par Hurryduth Ramnarain, alors en poste au Registrar of Associations.
Une soirée organisée le 12 septembre 2020 sur le terrain même, présentée comme une « Stag Party », occupe une place centrale dans l’enquête. Maneesh Gobin y aurait assisté aux côtés de Rajanah Dhaliah et de Hurryduth Ramnarain — sa présence prenant une importance particulière aux yeux des enquêteurs puisqu’il dirigeait alors le ministère de l’Agro-industrie, chargé de trancher sur l’attribution du terrain. Le bail a finalement été accordé à l’association l’année suivante.
Les arrestations se sont échelonnées sur plusieurs années. Rajanah Dhaliah, en premier lieu, a été interpellé fin août 2023, quelques jours à peine après avoir démissionné de son poste de PPS. Maneesh Gobin, lui, a été arrêté le 28 février 2025, à l’issue d’un interrogatoire mené par la FCC — une institution à la création de laquelle il avait lui-même contribué en tant qu’Attorney General. Il avait alors été traduit devant la cour de Port-Louis sous une charge provisoire d’usage de sa fonction à des fins de gratification, en vertu de la Financial Crimes Commission Act.
Le dossier franchit désormais une nouvelle étape avec la mise en accusation formelle des trois protagonistes devant la Cour suprême.
Reward Money : un ex-policier face à une double inculpation
Selon les termes du communiqué du DPP, Lilram Deal doit répondre d’un usage de sa position à des fins de gratification et de blanchiment d’argent, en infraction à la section 7 de la Prevention of Corruption Act, à la section 3 de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act, ainsi qu’à la section 36 de la Financial Crimes Commission Act.
L’assistant-commissaire de police (ACP) Lilram Deal, qui occupait les fonctions de Divisional Commander de l’Eastern Division au moment de son interpellation, voit ainsi son dossier judiciaire s’inscrire dans une affaire plus vaste portant sur une enveloppe globale évaluée à Rs 250 millions, censée récompenser des informateurs à l’origine de saisies de drogue importantes. Arrêté le 20 juin 2025, il est soupçonné d’avoir personnellement perçu environ Rs 4,5 millions, retrouvées sur un compte bancaire qu’il détenait conjointement avec son épouse auprès d’une banque commerciale. Une partie de cette somme aurait ensuite été transférée vers un compte personnel avant de servir à l’acquisition d’un véhicule utilitaire, aujourd’hui placé sous séquestre. L’ancien officier aurait par ailleurs reconnu avoir remis Rs 500 000 à un autre haut gradé de la police.
Le volet policier de ce dossier dépasse le seul cas de l’ancien Divisional Commander. Plusieurs autres officiers gradés figurent parmi les personnes déjà interpellées dans le cadre de ce système présumé de détournement, dont l’ancien commissaire de police Anil Kumar Dip, ainsi que d’autres membres de l’ex-Special Support Team et de la Special Cell.
Ken Poonoosamy et le financement du rachat de l’hôtel Ambre
Le troisième dossier logé en Cour suprême vise Ken Poonoosamy pour usage de sa position à des fins de gratification, en infraction à la section 7 de la Prevention of Corruption Act. L’ancien Chief Executive Officer de l’Economic Development Board (EDB) est cité dans le dossier du rachat du groupe hôtelier Apavou, opération financée à hauteur de Rs 2,4 milliards par la Mauritius Investment Corporation. Sur cette enveloppe, environ Rs 300 millions font l’objet d’interrogations : les enquêteurs cherchent à établir si Ken Poonoosamy a pesé, depuis son poste à l’EDB, pour précipiter le déblocage de ce montant jugé disproportionné au regard des besoins réels de la transaction.
Trois dossiers renvoyés à la FCC pour complément d’enquête
Au-delà des trois affaires portées devant la justice, le DPP a fait état de trois autres dossiers, « SBM », « St Louis » et « Reward Money », qu’il a retournés à la FCC. Sur la base de son évaluation des preuves rassemblées jusqu’ici, il a estimé nécessaire de solliciter des investigations supplémentaires et des clarifications dans ces trois cas, tout en demandant à la FCC d’accélérer, dans la mesure du possible, la procédure en vue d’une nouvelle soumission pour décision finale.
Le premier dossier concerne un financement bancaire consenti à une entité du groupe Maradiva : Rs 470 millions débloquées en août 2024. Le responsable de la banque à l’époque des faits a été interpellé et provisoirement inculpé d’avoir manqué à ses obligations en abusant de sa fonction — une charge que la FCC doit désormais étayer davantage avant toute décision définitive du DPP.
Le deuxième porte sur le projet de réhabilitation de la centrale thermique du Central Electricity Board à Saint-Louis, où des soupçons de versements occultes destinés à favoriser l’attribution du contrat à l’entreprise BWSC avaient conduit à plusieurs arrestations et inculpations provisoires — dont certaines ont depuis été abandonnées.
Le troisième est un second volet de l’affaire Reward Money, distinct de celui visant Lilram Deal, et qui implique d’autres policiers gradés déjà interpellés dans ce cadre.


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