[Ally Royals dans la tourmente] La FCC soupçonne un trafic d’influence autour d’un transformateur du CEB

Ally Moortooza Boolaky, plus connu sur les réseaux sociaux sous le nom d’Ally Royals, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une vaste enquête de la Financial Crimes Commission portant sur des soupçons de trafic d’influence et de corruption. Depuis mardi soir, le jeune influenceur est maintenu en détention et fait désormais face à deux accusations provisoires dans une affaire qui prend une ampleur grandissante.

Au centre de cette enquête : une somme de Rs 75 000 que les enquêteurs soupçonnent d’avoir été versée afin de faciliter l’obtention d’un transformateur auprès du Central Electricity Board au bénéfice de Josian Deelawon. Selon les éléments réunis jusqu’ici par les enquêteurs du Réduit Triangle, cette transaction remonterait à juillet 2023.

Mais Ally Royals réfute catégoriquement toute implication dans un quelconque trafic d’influence. Lors de son interrogatoire, il aurait soutenu que les Rs 75 000 perçues correspondaient uniquement à des honoraires pour des prestations publicitaires réalisées sur les réseaux sociaux. Selon sa version des faits, il avait été approché comme influenceur afin d’assurer la promotion de My Holidays, une entreprise appartenant à Josian Deelawon.

Le jeune homme affirme ainsi avoir été rémunéré pour des services de communication digitale et non pour intervenir auprès d’institutions publiques. Il insiste sur le fait qu’il n’a joué aucun rôle dans l’obtention d’un transformateur du CEB et rejette les accusations formulées contre lui.

Cependant, du côté de la FCC, les soupçons semblent beaucoup plus lourds. Les enquêteurs affirment disposer de plusieurs éléments qu’ils considèrent comme suffisamment solides pour privilégier la piste d’un trafic d’influence. Selon des sources proches du dossier, l’enquête aurait pris une tournure inattendue alors que les autorités examinaient les outils informatiques de Josian Deelawon dans le cadre d’une autre affaire retentissante : celle des Rs 114 millions de roupies retrouvées en février 2025 à Pointe-aux-Canonniers.

Cette saisie spectaculaire avait déjà provoqué une onde de choc dans le pays. À l’époque, Josian Deelawon avait affirmé aux enquêteurs que cette importante somme d’argent lui avait été confiée par l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth, par le biais d’intermédiaires. Cette déclaration avait conduit la FCC à approfondir considérablement ses investigations.

C’est dans ce contexte que les enquêteurs auraient découvert des échanges électroniques entre Josian Deelawon et Ally Royals. Selon les informations recueillies, ces correspondances évoqueraient une demande de paiement de Rs 75 000 pour faciliter certaines démarches auprès du CEB concernant l’installation d’un transformateur. Les enquêteurs soutiennent également que cette transaction financière aurait bel et bien été effectuée.

Les autorités cherchent désormais à déterminer si cet argent constituait réellement une rémunération publicitaire, comme le soutient Ally Royals, ou s’il s’agissait plutôt d’un paiement destiné à influencer certaines décisions administratives. Pour tenter d’établir la vérité, la FCC a lancé une analyse approfondie des données téléphoniques, des messages échangés ainsi que des courriels de l’influenceur.

Ce travail d’investigation s’annonce particulièrement minutieux. Les enquêteurs examinent chaque échange, chaque appel et chaque transaction financière susceptible de faire avancer l’enquête. Des relevés bancaires ainsi que plusieurs appareils électroniques seraient actuellement passés au crible afin d’établir la chronologie exacte des événements et les liens entre les différents protagonistes.

Mais cette affaire ne se limite pas uniquement au dossier du transformateur du CEB. Un autre volet de l’enquête retient également l’attention des autorités. La FCC s’intéresse désormais à une seconde transaction financière impliquant Ally Royals. Cette fois, il serait question d’une présumée intervention visant à faire approuver une promotion au sein d’une compagnie appartenant à l’État, notamment Air Mauritius.

Là encore, les enquêteurs cherchent à déterminer si des paiements auraient été effectués en échange d’interventions ou de facilités accordées auprès d’organismes publics ou parapublics. À ce stade de l’enquête, peu de détails ont filtré concernant cette seconde affaire, mais les autorités semblent considérer cette piste avec sérieux.

Dans les couloirs du Réduit Triangle, certaines sources proches des enquêteurs estiment même que les révélations actuelles ne représenteraient que « the tip of the iceberg », autrement dit seulement la partie visible d’un dossier potentiellement beaucoup plus vaste. Les analyses informatiques et financières en cours pourraient ainsi mener à d’autres découvertes dans les semaines à venir.

L’arrestation d’un influenceur très suivi sur les réseaux sociaux suscite déjà de nombreuses réactions. Cette affaire met également en lumière les liens parfois complexes entre influence numérique, relations d’affaires et proximité avec certains cercles de pouvoir. Les enquêteurs devront désormais établir si Ally Royals agissait uniquement comme prestataire de services publicitaires ou s’il utilisait réellement son réseau pour intervenir dans certaines procédures administratives.

Pour l’heure, Ally Royals demeure présumé innocent. Toutefois, la FCC poursuit activement ses investigations et de nouveaux développements sont attendus au fur et à mesure de l’analyse des données informatiques et des relevés financiers saisis dans le cadre de cette enquête tentaculaire.

Une deuxième arrestation pour obstruction à l’enquête

Bobysen Ramasawmy, 44 ans, a comparu ce samedi devant la Week-End Court de Port-Louis, et a été reconduit en cellule policière jusqu’à lundi. Entendu et arrété par la Financial Crimes Commission (FCC) vendredi, il est soupçonné d’avoir tenté de faire obstruction à l’enquête visant Aly Boolaky, alias Ally Royals. C’est l’analyse du téléphone de ce dernier qui aurait conduit les enquêteurs jusqu’à lui.