[Bolides à prix d’or (Rs 79 millions)] La FCC met les freins à Wendip Appaya

Wendip Appaya, patron d’une entreprise de nettoyage et collectionneur de voitures de luxe aux goûts dispendieux, se retrouve dans le viseur de la FCC. Ironie du sort, celui qui fait profession de nettoyer est aujourd’hui soupçonné de … blanchiment d’argent, dans une affaire qui éclabousse jusqu’aux rangs de la police. Ses 34 véhicules haut de gamme, acquis pour la modique somme de Rs 79 millions, intriguent les enquêteurs qui flairent de l’argent sale derrière le chrome rutilant. Avec des connexions troublantes vers Steeven Mootoocurpen et Allysaheb Jagai – fils du surintendant Ashik Jagai – ce dossier révèle les contours d’un réseau structuré où McLaren sous scellés rime avec fortune sous surveillance. L’homme d’affaires découvre que certains “nettoyages” peuvent laisser des traces indélébiles…

L’homme d’affaires Wendip Appaya a été arrêté mercredi dernier par la ‘Financial Crimes Commission’ (FCC) pour soupçons de blanchiment d’argent. Selon les premiers éléments de l’enquête, il aurait dépensé pas moins de Rs 79 millions en cinq ans pour l’acquisition de 34 véhicules de luxe. Les enquêteurs estiment que les fonds utilisés pour financer ces achats proviendraient de sources illicites. Trois de ses bolides, dont une McLaren, ont déjà été saisis et placés sous scellés au Réduit Triangle.

Entre janvier 2020 et mars 2025, Wendip Appaya aurait procédé à ces acquisitions spectaculaires. La FCC a fait les comptes : Rs 12 millions pour la McLaren, Rs 12 millions pour une BMW M8 et Rs 9 millions pour un Range Rover SUV. À eux seuls, ces trois véhicules représentent plus de Rs 33 millions. Les enquêteurs soupçonnent fortement que ces fonds proviennent de circuits financiers liés au blanchiment.

Après un interrogatoire marathon au siège de la FCC, suivi de perquisitions à son domicile et dans ses compagnies à Port-Louis, l’homme d’affaires a été placé en état d’arrestation et a passé la nuit en cellule. Quatre accusations provisoires de blanchiment ont été logées contre lui devant la cour de Port-Louis, et la FCC a objecté à sa remise en liberté conditionnelle.

Mais l’affaire ne s’arrête pas à Appaya. L’enquête a révélé des connexions avec Steeven Mootoocurpen et Allysaheb Jagai, fils du surintendant de police Ashik Jagai (actuellement en détention). Mootoocurpen est, lui, en liberté conditionnelle dans une autre affaire de blanchiment, tandis qu’Allysaheb Jagai se trouve derrière les barreaux depuis peu. Ces trois noms apparaissent désormais dans le même faisceau d’investigations, renforçant les soupçons d’un réseau structuré.

Mardi, lors de l’arrestation de son fils Ally, le surintendant Ashik Jagai avait dénoncé publiquement les opérations de la FCC, qualifiant l’enquête de « stage show ». Mais l’arrestation de Wendip Appaya et la saisie de ses bolides de luxe, dès le lendemain, sont venues contredire cette version. Dans les couloirs du siège de la Commission, certains cadres confient que « les faits parlent d’eux-mêmes » et qu’il revient désormais au public de juger.

Les enquêteurs financiers affirment que les liens entre Appaya, Jagai et Mootoocurpen reposent sur des éléments solides. Ils soupçonnent un mécanisme de transit de fonds via des sociétés-écrans, utilisé pour masquer l’origine réelle des capitaux. La FCC soupçonne que ces structures commerciales servaient de façade pour recycler de l’argent sale et le réinjecter dans l’économie formelle.

Le nom de Muzzafar Lallmohamed apparaît également dans le dossier. Entendu puis relâché mardi, il est déjà connu des services de l’ADSU. La FCC le soupçonne d’avoir, lui aussi, joué un rôle dans ce dispositif. Ces éléments mettent en lumière des liens entre présumés barons de la drogue, leurs hommes de confiance et des circuits de blanchiment bien établis.

L’affaire soulève également des interrogations troublantes sur les connexions entre représentants de l’ordre et réseaux soupçonnés de trafic. La présence d’Allysaheb Jagai, fils d’un haut gradé de la police, aux côtés d’Appaya et de Mootoocurpen, attire particulièrement l’attention des enquêteurs, qui y voient une preuve de l’ampleur et de la complexité du réseau.

La FCC insiste sur sa méthode d’investigation, le « money trail », qui consiste à suivre les flux financiers suspects pour les relier directement aux acquisitions effectuées. Dans le cas d’Appaya, le traçage des fonds a mené à des achats de luxe jugés incompatibles avec ses revenus déclarés. L’objectif n’est pas seulement la saisie des biens, mais la mise au jour d’un système structuré de blanchiment.

Le train de vie ostentatoire des suspects constitue un fil conducteur : flottes de voitures tape-à-l’œil, résidences somptueuses, acquisitions incompatibles avec leurs revenus officiels. Pour la FCC, ces signes extérieurs de richesse sont les pièces d’un puzzle qui met en lumière le mécanisme de recyclage de l’argent soupçonné de provenir du trafic de drogue.

La résidence de Wendip Appaya en est une illustration. Selon des sources proches de l’enquête, elle comprend une piscine et un vaste garage abritant plusieurs véhicules de prestige. Ces biens sont désormais dans le collimateur des autorités, qui cherchent à déterminer jusqu’où s’étendent ses avoirs.

La FCC poursuit ses investigations et n’exclut pas d’autres arrestations. Les enquêteurs veulent établir si les acquisitions d’Appaya ont été financées uniquement via ses compagnies ou si d’autres sources, encore non identifiées, ont contribué aux transactions.

L’affaire Appaya-Mootoocurpen-Jagai pourrait n’être qu’une pièce d’un dossier plus vaste. La FCC laisse entendre que d’autres noms pourraient bientôt émerger. Pour l’heure, l’homme d’affaires et ses supposés complices se retrouvent au cœur d’une enquête qui met à nu les rouages d’un système de blanchiment présumé, alimenté par les circuits du trafic de drogue.