- Le dialogue se poursuivra à Londres où le Premier ministre rencontrera Jonathan Powell
L’opposition renouvelée de Donald Trump à l’accord sur les Chagos complique sa ratification. Elle ne change pas le point de départ des discussions pour Maurice : sa souveraineté sur l’archipel est non négociable. Le gouvernement veut faire avancer le dossier avec Londres et Washington, tout en garantissant l’avenir de la base de Diego Garcia.
Le dossier des Chagos s’est retrouvé, cette semaine, au cœur des échanges entre Port-Louis, Londres et Washington. Le 21 septembre, Navin Ramgoolam s’est entretenu au téléphone avec le Premier ministre britannique, Andy Burnham. Selon les délibérations du Conseil des ministres, celui-ci l’a assuré de son engagement à travailler avec Maurice et les États-Unis en vue de la ratification de l’accord signé le 22 mai 2025. Downing Street a confirmé sa volonté de trouver, avec les deux pays, une voie garantissant la poursuite des opérations de la base de Diego Garcia. Les deux dirigeants ont convenu de rester en contact.
Dès le lendemain, le dossier a ressurgi lors de la rencontre entre Andy Burnham et Donald Trump à New York. Le président américain a réitéré son opposition à l’accord, qu’il a qualifié de « terrible ». Le Premier ministre britannique a répondu en affichant sa volonté de chercher une solution. Ce nouvel échange confirme l’obstacle politique auquel se heurte le traité : signé par Maurice et le Royaume-Uni, il n’est pas encore entré en vigueur, et les démarches nécessaires à sa mise en œuvre restent inachevées.
Que prévoit pourtant cet accord ? Son premier article reconnaît la souveraineté de Maurice sur l’ensemble de l’archipel, Diego Garcia comprise. Le deuxième autorise le Royaume-Uni à exercer sur Diego Garcia les droits nécessaires au fonctionnement durable, sûr et efficace de la base, que Londres peut continuer d’exploiter avec les États-Unis. Le traité réunit ainsi les deux éléments au centre du débat : la reconnaissance des droits de Maurice et la sécurité de l’installation militaire.
La sécurité de la base n’est donc pas une préoccupation ignorée par Port-Louis. Le Conseil des ministres a rappelé vendredi que Maurice n’avait « à aucun moment » remis en question la poursuite de ses opérations. L’accord oblige les deux pays à ne pas entraver son fonctionnement. Lors de sa signature, le gouvernement britannique le présentait lui-même comme une garantie pour l’avenir de Diego Garcia, assortie de dispositions de sécurité autour de la base et de restrictions concernant la présence de forces étrangères dans le reste de l’archipel.
L’argument mauricien repose aussi sur un parcours juridique antérieur aux négociations actuelles. En 2019, la Cour internationale de Justice a conclu que la séparation des Chagos de Maurice, avant l’Indépendance, avait empêché l’achèvement légal de sa décolonisation. La même année, l’Assemblée générale des Nations unies a affirmé, dans sa résolution 73/295, que l’archipel fait partie intégrante du territoire mauricien. Les décisions du Tribunal international du droit de la mer ont ensuite conforté cette position. Dans sa présentation de l’accord en 2025, le gouvernement britannique reconnaissait lui-même la force de la revendication juridique de Maurice.
C’est dans ce contexte que Navin Ramgoolam a réagi jeudi, à Balaclava, aux nouvelles critiques américaines. « Notre souveraineté n’est pas négociable », a-t-il réaffirmé, tout en privilégiant la diplomatie et le dialogue. Cette position sera au centre de son prochain déplacement au Royaume-Uni. À Londres, le Premier ministre doit rencontrer Jonathan Powell, conseiller à la sécurité nationale d’Andy Burnham, ainsi que d’autres interlocuteurs britanniques pour discuter des derniers développements sur les Chagos.
Ces rencontres prolongeront l’appel du 21 septembre. Elles doivent permettre d’examiner comment faire avancer la mise en œuvre de l’accord après les déclarations de Donald Trump, tout en préservant la coopération nécessaire à Diego Garcia. Le dialogue avec Londres reste donc ouvert, mais Port-Louis a fixé la limite politique de cette discussion : l’avenir de la base peut être abordé, la souveraineté mauricienne ne peut être remise sur la table.
Ritish Ramful a abondé dans le même sens à l’Assemblée générale des Nations unies. Le ministre des Affaires étrangères y a annoncé : « J’en viens maintenant à une question qui, pour Maurice, est non négociable. Il s’agit de notre souveraineté sur les îles Chagos. » Il a présenteé l’accord de mai 2025 comme une étape vers l’achèvement de la décolonisation de Maurice et la restauration des droits des Mauriciens d’origine chagossienne. Il a invité également les États qui ont contribué à bâtir l’ordre juridique international à respecter pleinement celui-ci et à aider à corriger cette « injustice historique ».
Les objections américaines pèsent sur le calendrier et sur les discussions à venir. Elles n’effacent ni l’avis de la Cour internationale de Justice, ni la résolution des Nations unies, ni l’engagement inscrit dans le traité de préserver Diego Garcia. C’est avec ces arguments que Navin Ramgoolam se rendra à Londres : faire aboutir l’accord, garantir la base et achever la décolonisation de Maurice.


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