En ce mois d’avril 2026, la Chisty Shifa Clinic célèbre ses trente ans. Tout a commencé en 1996, quand une équipe de médecins s’est associée au Mauritius Muslim Orphanage pour créer, rue Labourdonnais à Port-Louis, une institution médicale pas comme les autres, avec un objectif clair : offrir des soins de qualité accessibles à tous, sans distinction de race, de religion ou de condition sociale. Reconnue très tôt comme institution caritative par le ministère des Finances, la clinique s’est démarquée dès ses débuts par une philosophie singulière : compassion et respect de la dignité de chaque patient.
Parmi les artisans de cette fondation, deux figures incontournables. Le Dr Hassam Gareeboo, président du Trust jusqu’à son décès en 2014, brillant lauréat du Collège Royal de Port-Louis et pionnier des maladies non transmissibles à Maurice, qui a consacré plus de deux décennies à cette cause. Et le Dr Dawood Ouaris, 78 ans, chirurgien ORL consultant et directeur médical depuis le premier jour — plus d’un demi-siècle d’expérience médicale, ancien conseiller au ministère de la Santé, Professeur Emeritus au SSR Medical College et aujourd’hui président de l’Association des Cliniques Privées. L’homme qui, simplement, n’a jamais quitté la barre.
« Dans les années 1990, un groupe de médecins et de para-médicaux réunis au sein de l’Islamic Medical Association a eu l’idée de créer une clinique au service de la communauté portlouisienne et des régions avoisinantes, avec l’esprit du bénévolat. Nous avons approché le Mauritius Muslim Orphanage, et ensemble, nous avons constitué l’Islamic Medical Trust. Le 5 avril 1996, Cassam Uteem, alors Président de la République, inaugurait officiellement la Chisty Shifa Clinic », explique-t-il.
« Nous avons démarré modestement, avec environ trois millions de roupies apportés par l’Islamic Medical Association, couvrant les services essentiels : pédiatrie, chirurgie, maternité, ambulance, urgences. 80% des profits étaient réinvestis dans la clinique, le reste allant à l’orphelinat. Il a fallu emprunter, solliciter des donateurs, convaincre. Les cinq premières années ont été les plus difficiles — mais une fois lancés, nous avons pris un élan qui ne s’est jamais vraiment interrompu », confie le Dr Ouaris.

De la fondation à la modernisation
La clinique compte aujourd’hui quarante lits en pleine occupation et accueille près d’une centaine de spécialistes en visite. Son éventail de compétences couvre de nombreuses spécialités telles que la médecine interne, la chirurgie générale et laparoscopique, l’orthopédie, la gynécologie et l’obstétrique, l’ophtalmologie, l’oto-rhino-laryngologie, la psychiatrie, la radiologie, la physiothérapie, entre autres. Des services complémentaires — bilans médicaux pour permis de travail et de résidence, pour les marins, urgences et ambulance — complètent une offre pensée pour répondre à tous les profils de patients.
Les trois dernières décennies ont également été marquées par une modernisation continue des infrastructures. « Ces dix dernières années ont été particulièrement intenses : réfection complète de la réception, rénovation de toutes les chambres — chacune désormais individuelle, avec salle de bains privative, climatisation, nouveaux lits et télévision —, modernisation des salles d’opération, acquisition d’un nouveau scanner CT, renforcement du laboratoire et du service de dialyse », détaille le Dr Dawood Ouaris. « Notre taux d’occupation avoisine les 90 %. »

Une vocation sociale qui ne s’est jamais démentie
Ce qui distingue la Chisty Shifa Clinic des autres établissements privés de l’île, c’est moins la liste de ses équipements que la constance de ses engagements. Traiter chaque patient avec empathie, respecter sa dignité quelle que soit son origine ou sa condition, veiller à son bien-être physique autant qu’émotionnel — ces principes ne sont pas des slogans affichés en salle d’attente. Ils se traduisent au quotidien dans la façon dont le personnel accueille les familles, dans la formation des infirmières à la compassion, et dans une politique tarifaire délibérément maintenue à un niveau accessible.
La clinique a ainsi maintenu, voire réduit certains frais en faveur des patients les plus vulnérables, même face aux pressions économiques de la période post-Covid. Elle travaille en partenariat étroit avec des ONG et accorde des facilités de paiement à ceux qui en ont besoin. Le Dr Ouaris illustre cette philosophie par un exemple concret : « Il y a peu, un patient, à l’origine mourant, a quitté notre unité de soins intensifs après s’être rétabli. Sa facture s’élevait à quelque Rs 500 000 à 600 000. Il est reparti avec un plan de remboursement sur deux années. C’est ça, l’esprit de cette clinique. »
Le prix du bénévolat
Derrière les résultats croissants et la vitalité de la clinique se cache une réalité moins visible : des décennies d’engagement personnel et silencieux. « Ce dont je suis le plus fier, ce n’est pas l’équipement. C’est le service rendu aux plus démunis, et le temps que nous y avons consacré », confie le Dr Ouaris. « Le Dr Gareeboo a donné plus de 25 ans à cette clinique sans jamais percevoir le moindre salaire. ALLAH lui accorde Jannat. Moi-même, j’ai travaillé ici bénévolement pendant 27 ans, sans rémunération, sans même être remboursé de l’essence. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait pour la reconnaissance. On le fait pour les malades. »
Père de quatre enfants — tous médecins, tout comme leurs conjoints —, le Dr Ouaris n’a pas seulement exercé la médecine : il l’a transmise. Avec elle, une éthique du soin et un sens du service qui s’apprend autant au chevet des malades que sur les bancs de l’école.
Une institution ancrée dans son temps, fidèle à ses origines
À l’heure où le système de santé mauricien fait face à des défis structurels — le vieillissement de la population notamment — la Chisty Shifa Clinic offre un modèle alternatif : celui d’une structure charitable qui a su se professionnaliser sans renier ses valeurs.
Les ambitions, elles, ne faiblissent pas. « Nous souhaitons développer la cardiologie, la neurochirurgie, renforcer le service néonatal, améliorer la prise en charge des patients diabétiques et étendre les capacités du laboratoire », énumère le Dr Ouaris. « L’espace est notre principale contrainte aujourd’hui. Mais si nous parvenons à la résoudre, il y a encore beaucoup à construire. Mon fils a lui aussi cet esprit du service. J’espère qu’il continuera ce travail », conclut-il.
Un dîner de gala pour célébrer trois décennies
C’est au Taher Bagh, à Port-Louis, que le Board of Trustees de l’Islamic Medical Trust et son président, le Dr Dawood Ouaris, ont convié leurs invités le mercredi 8 avril 2026 pour célébrer dignement le 30e anniversaire de la Chisty Shifa Clinic. La soirée, placée sous le signe de l’élégance et de la reconnaissance, a réuni de nombreuses personnalités du monde politique, médical et civil.
Parmi elles, le Président de la République de Maurice, Dharam Gokhool, ainsi que Cassam Uteem, ancien président — qui avait coupé le ruban inaugural en avril 1996. Des ministres et députés complétaient une assistance venue rendre hommage à une aventure humaine et médicale hors du commun.
Une soirée à l’image de la clinique elle-même : sobre, chaleureuse, et profondément ancrée dans les valeurs qui l’ont vue naître.







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