[Chronique] Choisir le courage politique aux dépens de la facilité

Quelques semaines après les décisions difficiles du nouveau pouvoir en place en ce qu’il s’agit des réformes drastiques des retraites, le cabinet des ministres a approuvé vendredi des mesures correctives. Qu’en sera-t-il de l’état d’esprit des Mauriciens ? Le sentiment de crainte, de peur mêlé à celui de désaccord qui habite une frange de la population ne s’estompera pas certes, mais les efforts du PM qui se conjuguent avec ceux de ses parlementaires, sont consentis pour atténuer les craintes, les peurs et les perspectives peu palpables.

Avant d’élaborer sur ce à quoi le long terme peut aboutir, dans la lignée de la sagesse établie qui est celle de ‘un mal pour un bien’, revenons sur les péripéties qui marquent l’action de Navin Ramgoolam.

Dans une démocratie, la tentation est forte de gouverner en fonction de l’opinion publique immédiate. Pourtant, Navin Ramgoolam s’est risqué en prenant des mesures impopulaires, avec la réforme des retraites principalement. Au fait, il n’a pas choisi la facilité, mais le courage politique. Ce qui est rare et risqué à la fois. Profondément, il croit que l’avenir de Maurice peut être non seulement sauvé, mais transformé.

Ce que nous décrivons évoque un paradoxe politique classique : celui d’un gouvernement intrépide qui choisit de sacrifier sa popularité immédiate pour le bien à long terme. C’est l’antithèse du populisme — une forme de gouvernance tournée vers l’intérêt durable plutôt que vers l’approbation électorale à court terme. NcR agit contre le vent, convaincu que l’histoire finira par leur donner raison.

Dans une société d’hyper-communication, où les réactions sur les réseaux sociaux guident les discours, le courage politique est presque suicidaire. Il demande une vision claire ; une confiance forte dans l’intelligence collective à long terme et une capacité à encaisser l’impopularité.

Le problème ? L’effet des bonnes décisions met souvent des années à se manifester, tandis que la douleur est immédiate (perte de pouvoir d’achat, frustration, incertitude). Un tel gouvernement peut être perçu comme une cause perdue dans l’instant présent, car il va à contre-courant. Pourtant, il n’est pas irrationnel. Il incarne une forme d’espoir lucide : celle qu’une société peut mûrir, reconnaître ses erreurs passées, et accepter de souffrir pour mieux rebondir.

Navin Ramgoolam ne vient pas dire aux Mauriciens ce qu’ils ont envie d’entendre, mais ce qu’ils ont besoin d’entendre. Depuis trop longtemps, les gouvernements successifs ont différé l’inévitable, anesthésié les douleurs au lieu d’en soigner les causes. Ils ont évité les décisions difficiles, préférant le confort de la popularité à la rigueur du devoir. Ainsi, la population a été dopée pour qu’elle dépense, vive avec l’argent qu’elle n’avait pas. Résultat des courses : le surendettement, la chute brutale de la roupie et l’inflation ont pris le peuple par la gorge.

Le Premier ministre fait éclater la dure vérité : nous n’avons pas ce luxe. Aujourd’hui, nous faisons face à des défis qui ne peuvent être repoussés d’un mandat à l’autre. Le dérèglement climatique, le déséquilibre de nos finances publiques, la fracture de notre système éducatif, la désindustrialisation silencieuse, la crise de confiance entre l’État et les citoyens — tout cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que le PM a décidé d’y faire face, vraiment.

En substance, N. Ramgoolam veut lancer ceci aux Mauriciens: il prend des mesures qui vont demander des efforts à chacun. Des réformes profondes, parfois douloureuses. Elles ne seront pas populaires. Elles seront attaquées, caricaturées, instrumentalisées. Mais, il ne va pas cesser d’expliquer que le courage d’un gouvernement ne se mesure pas à l’enthousiasme des applaudissements, mais à sa capacité à préparer l’avenir quand tout pousse à flatter le présent. « Nous ne gouvernons pas pour l’élection suivante, mais pour la génération suivante. Il faudra du temps. Il faudra de la patience. Il faudra que nous fassions bloc. Mais ces efforts, si nous les assumons ensemble, paieront. Dans cinq ans, dans dix ans, notre pays sera plus résilient, plus juste, plus respecté. Et alors, peut-être, on dira de nous que nous avons évité le pire. Que nous avons choisi la lucidité, quand il était encore temps. »

Navin demande la confiance des Mauriciens, non pour lui et son équipe, mais pour ce que son gouvernement et la population peuvent bâtir ensemble. « Ce n’est pas une cause perdue. C’est une cause exigeante. Et c’est la nôtre », lance-t-il sans ambage.

C’est vrai que notre économie, longtemps portée par le tourisme, l’importation à bas coût et une relative stabilité, montre aujourd’hui ses fragilités. Les inégalités se creusent. Le coût de la vie pèse lourd. Notre modèle de développement, que nous avons hérité et consolidé au fil des années, a atteint ses limites.

Le PM a raison de ne pas fuir tous ces défis sus-mentionnés. Il ne gouvernera pas avec l’idée de plaire pour durer. Il gouvernera avec le devoir de préparer. Il n’est pas naïf de demander aux Mauriciens de tout approuver. Quoi qu’il insiste sur le fait que son action s’impose pour que Maurice ne devienne pas un pays qui regrette de ne pas avoir agi quand il en avait encore la possibilité.

Notre pays traverse une période délicate. Nous faisons face à des défis immenses – certains sont visibles, d’autres plus silencieux, mais tous exigent que nous regardions les choses en face.

RM