[Conférence de presse] Huit mois au gouvernement : Paul Bérenger revient sur les défis et les priorités

Huit mois après l’arrivée au pouvoir de l’Alliance du Changement, le Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, a dressé un état des lieux sans langue de bois. S’il n’occupe aucun portefeuille ministériel, cela ne l’a pas empêché, affirme-t-il, de s’impliquer activement dans plusieurs dossiers stratégiques du gouvernement. De la crise énergétique à la situation d’Air Mauritius, en passant par les Chagos, Rodrigues et les tensions ministérielles internes, Paul Bérenger a balayé un large spectre de sujets.

Un DPM sans ministère, mais pas inactif

Il a d’entrée clarifié un point souvent soulevé : son absence de portefeuille. « Certains croient qu’un DPM sans ministère n’a rien à faire. C’est faux », a-t-il lancé d’un ton ferme. Il dit avoir consacré une grande partie de son temps à deux priorités majeures : la préparation du Budget 2025, présenté dans un contexte économique difficile, et le suivi du dossier des Chagos.

Sans s’attribuer les mérites, le leader du MMM insiste sur l’effort collectif fourni pour défendre la souveraineté mauricienne sur l’archipel, tout en soulignant les défis logistiques encore non résolus. « Nous devons aller plus loin, renforcer notre présence, protéger ce territoire. Mais les moyens font défaut », déplore-t-il, en évoquant notamment l’absence d’un navire adéquat pour les missions sur place.

Hausse des prix : Un fonds pour amortir les chocs

Abordant la question du coût de la vie, Paul Bérenger a reconnu que la hausse des prix sur le marché local est étroitement liée aux fluctuations internationales, en particulier dans les secteurs de l’alimentation et de l’énergie. Il a souligné que des subventions ciblées restent indispensables pour amortir ces hausses, tout en avertissant que leur généralisation pourrait alourdir davantage le déficit budgétaire. Il a par ailleurs mis en avant la mise en place d’un fonds spécial de Rs 10 milliards, visant à protéger les ménages des effets de l’inflation, tout en précisant que, pour l’heure, seuls Rs 2 milliards ont été mobilisés dans le cadre du Budget 2025/2026.

Énergie : « Le risque de blackout est réel »

L’un des sujets les plus préoccupants abordés par Paul Bérenger reste la crise énergétique qui menace le pays. Il ne cache pas son inquiétude : les infrastructures vieillissantes, le manque d’anticipation des besoins et une consommation galopante ont conduit à une situation critique. « On n’est pas loin d’un scénario à la sud-africaine. Si rien n’est fait, des ‘rotating black-outs’ pourraient devenir inévitables d’ici la fin de l’année », prévient-il.

Il ajoute que certains hôtels, face à l’instabilité du réseau, ont dû installer leurs propres générateurs, une solution coûteuse et insoutenable à long terme. Selon lui, seules des réformes structurelles combinées à une stratégie de stockage de l’énergie pourraient sortir le pays de l’impasse.

Air Mauritius : Une orientation stratégique attendue

Évoquant la situation d’Air Mauritius, Paul Bérenger a rappelé qu’il s’était déjà prononcé sur la question il y a plusieurs mois. Il estime qu’une clarification sur l’orientation à prendre serait souhaitable dans les meilleurs délais, compte tenu du rôle stratégique que joue la compagnie nationale dans l’économie. Sans critiquer directement, il a souligné l’importance de prendre les décisions nécessaires pour assurer sa viabilité à long terme.

Drogue : Une lutte à poursuivre sans relâche

Dans son intervention, le leader des Mauves a aussi insisté sur l’importance d’une réponse ferme à la montée des drogues dures et synthétiques. Il affirme avoir contribué à l’élaboration de nouvelles législations, en collaboration avec le bureau du procureur général et d’autres instances. « C’est une priorité nationale. Le pays ne peut pas se permettre de reculer », martèle-t-il.

Rodrigues et Agalega : Paul Bérenger pour des élections

Très critique envers la gestion régionale de Rodrigues, Paul Bérenger n’a pas mâché ses mots : il dénonce un climat d’instabilité et une gouvernance qu’il juge défaillante. « C’est un échec. Dans l’intérêt des Rodriguais, il faut organiser des élections régionales. » Il suggère aussi d’appliquer la même logique à Agalega, selon lui largement négligée sous le précédent gouvernement.

Climat interne : Tensions, mais pas de remaniement en vue

S’il admet que des frictions ont existé au sein du gouvernement, notamment entre la ministre Arianne Navarre-Marie et sa Junior Minister Anishta Babooram, Paul Bérenger préfère relativiser. « Ce sont des choses qui arrivent. » Il rejette toutefois l’idée d’un remaniement immédiat, estimant qu’il n’est pas nécessaire à ce stade.

Chagos, Pelindaba et désinformation

Enfin, Paul Bérenger a dénoncé ce qu’il appelle une campagne de désinformation orchestrée par certains médias étrangers autour du Traité de Pelindaba et de la position de Maurice sur les Chagos. Il réaffirme que les droits souverains du pays ne sont pas négociables et appelle à une vigilance accrue face à ce qu’il considère comme des tentatives de nuire à l’image du pays.

Une posture de vigilance, un appel à l’action

À travers cet exercice de bilan, Paul Bérenger a voulu se démarquer par une posture de lucidité et d’alerte, assumant pleinement son rôle de DPM sans se cacher derrière des responsabilités formelles. « On n’a pas de temps à perdre », semble-t-il dire en filigrane.

Anishta Babooram change de ministère et rejoint la Santé

Par décret présidentiel, et sur avis du Premier ministre, Anishta Babooram a été officiellement nommée Junior Minister au ministère de la Santé et du Bien-être ce jeudi 7 août. Elle secondera désormais le ministre Anil Bachoo, quittant ainsi le ministère de l’Égalité des genres. Ce changement intervient après une période marquée par des divergences de fonctionnement au sein de son précédent ministère.

Du côté du ministère de la Santé, l’accueil est enthousiaste. Anil Bachoo s’est dit heureux de collaborer avec une jeune élue « dynamique et engagée », saluant ses qualités humaines et son parcours au sein du parti travailliste. Anishta Babooram, issue de la Young Labour Academy, a, de son côté, exprimé sa gratitude et son enthousiasme à l’idée de relever ce nouveau défi.