[Consultations pré-budgétaires] Le secteur privé plaide pour que l’État soit un véritable “enabler” 

– Dhaneshwar Damry, Junior Minister aux Finances : « Vers le renforcement des partenariats public-privé, en particulier dans quatre domaines stratégiques liés à la connectivité : les infrastructures aéroportuaires, portuaires, numériques et financières »

Le secteur privé plaide pour que l’État joue pleinement son rôle de facilitateur,  un véritable « enabler », afin de créer un environnement propice à l’investissement et à la croissance. Lors de la troisième journée des consultations prébudgétaires 2026-2027 hier, le président de Business Mauritius, Arnaud Lagesse, a insisté sur la nécessité d’adopter une approche plus intelligente pour attirer touristes et investisseurs dans un contexte de crise mondiale, identifiant comme priorités le port, l’aéroport, la sécurité alimentaire et l’intelligence artificielle.

Le président de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry, Patrice Marie, a quant à lui mis en avant l’importance du dialogue entre gouvernement et secteur privé pour trouver des solutions en temps de crise, évoquant notamment la hausse du fret, la pénurie de devises étrangères sur le marché local et la nécessité de soutenir les PME et de simplifier les procédures d’exportation et de licences.

Le représentant de l’Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius, Shateeaum Sewpaul, a pour sa part insisté sur l’investissement dans la connectivité, la requalification des travailleurs, l’attraction des jeunes talents et la création de plateformes d’exportation de services.

Le président de l’Association Professionnelle des Transitaires de l’île Maurice, Kevin Carpanen, a pointé les difficultés logistiques de son secteur et les délais dans l’obtention d’autorisations administratives, plaidant notamment pour la création d’un guichet unique intégré (Single Window Integrated Facility).

Enfin, le président de la Building and Civil Engineering Contractors Association, Ravi Gutty, a soulevé la question de la révision des contrats à prix fixes, du manque de main-d’œuvre locale et des lourdeurs liées au recrutement de travailleurs étrangers. Il a proposé la création d’un Construction Price Control Fund pour les matières premières importées ainsi qu’un Construction Innovation Fund destiné à encourager la digitalisation et la recherche et développement dans le secteur.

Pour sa part, le Junior Minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, a mis en avant la qualité des échanges avec les représentants du secteur privé. Il a décrit cette rencontre comme constructive et prometteuse, laissant entrevoir des retombées positives pour l’économie. « Ce fut une rencontre très cordiale, avec beaucoup de retombées positives », a-t-il déclaré.

Il ressort de ces discussions une convergence de vues entre le gouvernement et les acteurs économiques : tous s’accordent sur l’urgence de stimuler les investissements pour générer des emplois et soutenir un développement plus inclusif.

Cependant, cette ambition se heurte à une contrainte majeure : la marge de manœuvre budgétaire de l’État reste limitée. Cette situation s’explique notamment par un contexte économique international difficile et par le poids de la dette publique, qui avait atteint environ 90 % du PIB sous l’ancien régime, contre 60 % auparavant.

Dans ce contexte, les propositions avancées s’orientent vers le renforcement des partenariats public-privé, en particulier dans quatre domaines stratégiques liés à la connectivité : les infrastructures aéroportuaires, portuaires, numériques et financières.

Selon Dhaneshwar Damry, ces secteurs représentent des leviers essentiels capables de dynamiser l’activité économique et de soutenir la relance du pays.

Femmes entrepreneures, associations de consommateurs, planteurs et éleveurs

PME, coopératives agricoles, opérateurs touristiques, associations de consommateurs, concessionnaires automobiles et représentantes de femmes entrepreneures ont tour à tour exposé leurs priorités mercredi et jeudi.

Femmes entrepreneures

Le 1er mai, des représentantes d’associations féminines ont exposé leurs priorités. Rehema Fatuma Koylash, présidente du National Women Entrepreneur Council, a réclamé un cadre juridique plus solide pour l’accès au financement et une meilleure utilisation des dispositifs existants, en demandant que le budget donne la priorité aux entreprises dirigées par des femmes dans les secteurs stratégiques. Shireen Motala, du Shelter for Women and Children in Distress, a plaidé pour des taux d’intérêt réduits sur les prêts aux associations d’aide sociale et l’installation de panneaux solaires dans les centres d’hébergement. Bhavisha Balgobin, du National Women’s Council, a quant à elle demandé la suppression de l’exigence de la signature du conjoint masculin pour les demandes de prêt — une mesure symbolique forte en faveur de l’indépendance financière des femmes.

Fiscalité et pouvoir d’achat

Les représentants des associations de consommateurs ont mis la pression fiscale et le coût de la vie au cœur des débats. Raffick Sufurhally, président de la Mauritius Taxpayers Association, a proposé de permettre le partage des déductions fiscales entre conjoints dans les foyers avec enfants, d’alléger la fiscalité sur les véhicules hybrides et électriques et d’exonérer les pensions de vieillesse de l’impôt sur le revenu. Il a rappelé que le système fiscal mauricien ne compte plus, depuis 2024, que deux tranches d’imposition, à 10 % et 20 %.

Jayen Chellum, secrétaire général de l’ACIM, a réclamé la suppression de la TVA sur les produits alimentaires essentiels et la création d’une agence dédiée à la sécurité alimentaire. Claude Canabady, de la Consumers’ Eye Association, a proposé une taxe sur les produits de luxe pour financer l’aide sociale et l’instauration d’un médiateur dans le secteur de la santé.

Agriculture

Petits planteurs et éleveurs ont mis en avant la sécurité alimentaire, le développement de fertilisants alternatifs par compostage, la pénurie de mécaniciens qualifiés et les difficultés d’irrigation. Les coopératives ont réclamé des investissements dans le stockage frigorifique et un acompte d’au moins 80 % du revenu minimum garanti aux planteurs de canne à sucre. PME et startups ont plaidé pour la pérennisation du National SME Incubator Scheme et le renforcement des partenariats public-privé.

Tourisme

Les opérateurs ont appelé à davantage de transparence sur les investissements sectoriels, à un renforcement de la sécurité des visiteurs et à une diversification de l’offre — staycations, workations, économie des seniors. La régularisation du secteur informel et l’adoption du photovoltaïque dans les hôtels figuraient également parmi les propositions.

Véhicules électriques

Les concessionnaires ont tiré la sonnette d’alarme : les mesures du précédent budget ont entraîné une chute de 68 % des ventes de véhicules électriques. Ils ont plaidé pour un retour aux incitations fiscales, dans un contexte de hausse des prix du carburant liée aux tensions au Moyen-Orient.