[Coopération énergétique] Maurice et l’Inde scellent un partenariat pétrolier de long terme

Maurice et l’Inde ont procédé ce jeudi 20 août, à Port-Louis, à l’échange d’un Memorandum of Understanding (MoU) établissant un cadre de coopération bilatéral dans le secteur pétrolier et gazier, ainsi que d’un Sales and Purchase Agreement (SPA) garantissant à Maurice, sur le long terme, la fourniture d’essence, de diesel, de carburant aviation Jet A1 et de Marine Gas Oil. La cérémonie s’est tenue en présence du Premier ministre Navinchandra Ramgoolam et du ministre indien du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri.

Deux instruments, deux niveaux d’engagement

Le MoU, échangé entre le Supervising Officer du ministère du Commerce et de la Protection des consommateurs, Jean Daniel Philippe Labonne, et le haut-commissaire indien à Maurice, Anurag Srivastava, pose les bases de la coopération entre les deux gouvernements : approvisionnement en produits pétroliers sur une base de réciprocité, renforcement de la sécurité énergétique mauricienne, développement conjoint de projets dans les biocarburants, et élaboration de programmes de travail communs.

Le SPA, échangé entre le General Manager de la State Trading Corporation (STC), Suren Dayal, et le Chairperson de l’Indian Oil Corporation Ltd (IOCL), Arvinder Singh Sahney, donne un contenu opérationnel à cet engagement : il fixe les modalités commerciales selon lesquelles IOCL fournira à la STC, dans la durée, les produits pétroliers nécessaires à l’île — essence, diesel, carburant aviation et Marine Gas Oil — garantissant ainsi la continuité de l’approvisionnement en White Oil.

Navin Ramgoolam : « Ce partenariat nous permettra de protéger notre économie, de mettre nos citoyens à l’abri »

Dans son discours, le Premier ministre a salué l’engagement personnel de son homologue indien Narendra Modi et inscrit cet accord dans la continuité d’une relation qui, depuis 2025, s’est étendue à l’infrastructure, la santé, l’éducation, la sécurité maritime et le développement durable. « Aujourd’hui, nous ajoutons une autre dimension essentielle à ce partenariat stratégique, celle de la sécurité énergétique », a-t-il déclaré.

Navin Ramgoolam a resitué la genèse de cet accord : la question d’un approvisionnement pétrolier fiable avait été soulevée dès sa visite officielle en Inde, en septembre 2025, à l’invitation de Narendra Modi — bien avant le déclenchement du conflit entre l’Iran et les États-Unis — avant d’être finalisée en marge du Sommet sur l’intelligence artificielle à New Delhi, en février dernier. Il a rappelé qu’un arrangement comparable avait déjà existé par le passé sous l’ancien Premier ministre indien Manmohan Singh, avant d’être délaissé par le gouvernement sortant au profit d’achats effectués au Moyen-Orient via des intermédiaires auxquels, a-t-il affirmé, d’importantes commissions étaient versées.

Le chef du gouvernement a insisté sur le caractère opportun de cet accord dans un contexte de volatilité inédite des marchés énergétiques mondiaux : « Pour Maurice, ce MoU intervient à un moment particulièrement critique. Nous allons désormais disposer de la prévisibilité dont nous avons besoin pour notre approvisionnement. » Il a rappelé que Maurice, important la totalité de ses produits pétroliers, demeure exposée aux fluctuations des prix internationaux, aux tensions géopolitiques, aux perturbations des routes maritimes et aux réajustements des chaînes d’approvisionnement mondiales. « Si ces chocs externes échappent à notre contrôle, nous avons su faire preuve d’innovation pour trouver une alternative à ces facteurs qui nous affectent lourdement. Ce partenariat nous permettra de protéger notre économie, de mettre nos citoyens à l’abri des perturbations extérieures et de poursuivre notre trajectoire vers une croissance durable », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a également annoncé avoir autorisé l’implantation pleine et entière d’Indian Oil sur le marché mauricien, malgré une forte résistance de certains opérateurs pétroliers déjà établis dans le pays. Selon lui, cette coopération dépassera le seul cadre des hydrocarbures pour couvrir les biocarburants, le renforcement des capacités locales et d’autres projets énergétiques innovants — notamment une ferme solaire flottante d’environ 20 MW, développée avec l’appui indien au réservoir de Tamarin Falls. Il a conclu en réaffirmant la volonté de son gouvernement d’approfondir ce partenariat, fondé selon lui sur une histoire commune, des valeurs partagées et une confiance réciproque entre les deux nations.

Hardeep Singh Puri : « Une nouvelle expression d’une amitié véritablement spéciale »

De son côté, le ministre indien Hardeep Singh Puri a qualifié ces accords de témoignage de la confiance et de la fiabilité qui caractérisent le partenariat entre les deux pays, soulignant que l’Inde s’est toujours positionnée comme un fournisseur énergétique fiable pour Maurice. Il a précisé que la sécurité énergétique du pays reposera désormais sur un engagement d’approvisionnement quinquennal de l’Indian Oil Corporation, couvrant l’intégralité des besoins d’importation de Maurice.

Le ministre a par ailleurs indiqué qu’il s’agit du tout premier accord de ce type que la compagnie pétrolière publique indienne conclut en dehors de l’Asie du Sud — une distinction qu’il a présentée comme la marque des relations privilégiées entre les deux pays. « Cette étape dans notre partenariat énergétique est une nouvelle expression d’une amitié véritablement spéciale, appelée à se perpétuer à travers les générations », a-t-il déclaré.

Michaël Sik Yuen : « Si le MSM n’avait pas rompu cet accord à son arrivée au pouvoir, nous n’aurions pas eu à le renégocier »

Le ministre du Commerce et de la Protection des consommateurs, Michaël Sik Yuen, a pour sa part replacé cet accord dans le contexte des tensions internationales actuelles. « Aujourd’hui, il y a une guerre, et la plupart des pays n’ont même pas de contrôle là-dessus, nous la subissons », a-t-il déclaré, saluant la démarche entreprise par le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui avait entamé des discussions avec son homologue indien Narendra Modi avant même le déclenchement du conflit, en vue de conclure un accord entre les deux gouvernements ainsi qu’un second entre la STC et Indian Oil.

Le ministre a indiqué avoir évoqué le matin même avec le ministre indien la question de la visibilité sur l’issue du conflit, personne ne pouvant dire quand celui-ci prendra fin. « Je lui ai dit que chaque pays a un rôle à jouer, et que nous devons naviguer et travailler dans l’intérêt de la population », a-t-il ajouté, rappelant que certains pays connaissent aujourd’hui des problèmes d’approvisionnement — citant l’exemple de la France, où il a lui-même constaté, il y a quelques jours, des stations-service où l’argent ne suffit pas à garantir l’obtention de carburant.

Selon Michaël Sik Yuen, cet accord constitue avant tout une sécurité d’approvisionnement pour Maurice. Il a souligné que le volume consommé par l’île représente un tout petit marché pour Indian Oil, un groupe qui approvisionne non seulement plusieurs pays mais gère aussi 43 000 stations-service à travers le monde. « C’est énorme », a-t-il insisté, ajoutant que cela signifie qu’en cas de problème futur, Maurice n’aurait plus à connaître les inquiétudes vécues ces dernières semaines. Le ministre a également indiqué que la question du fuel oil a été abordée, la STC devant entamer des discussions avec Indian Oil afin d’envisager, dès l’année prochaine, un accord similaire pour ce produit.

Le ministre a enfin tenu à rappeler l’historique de cette coopération, évoquant un premier accord Government-to-Government signé en 2006 sous le gouvernement travailliste, à l’époque où le gouvernement indien avait désigné MRPL Bangalore comme fournisseur de Maurice, y compris pour le fuel oil. « Si le MSM n’avait pas rompu cet accord à son arrivée au pouvoir, nous n’aurions pas eu à le renégocier, et nous n’aurions pas connu tous ces problèmes », a-t-il affirmé.

Patrick Assirvaden : « Nous avons signé un accord avec l’Inde pour nous aider sur le projet de biofuel lancé aujourd’hui »

Dans le cadre de la visite officielle du ministre indien du Pétrole et du Gaz naturel, Shri Hardeep Singh Puri, ce vendredi 21 août, le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, s’est entretenu avec son homologue autour des enjeux liés aux biocarburants, à la bioénergie et à la transition énergétique mauricienne.

« Je suis très content d’avoir reçu le ministre indien à notre ministère. Nous travaillons sur un projet dont nous avons fait le lancement aujourd’hui : le biofuel. Nous avons évoqué la biomasse pour remplacer le charbon. Nous avons signé un accord avec l’Inde pour qu’ils nous accompagnent sur ce dossier, ils sont bien en avance sur nous », a déclaré Patrick Assirvaden.

Maurice, membre fondateur de la Global Biofuels Alliance depuis sa création en 2023, avait été retenue en 2024 comme premier pays pilote pour la mise en œuvre du cadre de politiques sur les biocarburants de l’Alliance. Ce cadre explore le potentiel énergétique de ressources locales telles que la bagasse, les résidus de canne, la biomasse ligneuse, les déchets organiques et les huiles de cuisson usagées, avec à la clé des perspectives en matière de production d’électricité renouvelable, de biogaz, d’éthanol et de biodiesel.

Le ministère entend désormais poursuivre les consultations avec les parties prenantes concernées et solliciter l’appui technique de la Global Biofuels Alliance afin de faire avancer les études de faisabilité et d’identifier les projets susceptibles d’être déployés à court et moyen terme.