[Crise de l’eau] Les réserves baissent, l’urgence monte

Les réserves baissent et la marge de manœuvre se réduit. Face au faible niveau des réservoirs et aux prévisions de temps sec, un comité de crise, présidé par le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a été constitué pour examiner les mesures urgentes à prendre. Le Conseil des ministres en a pris note le vendredi 2 octobre. L’enjeu est immédiat : préserver l’approvisionnement et préparer la réponse à une éventuelle aggravation de la situation.

À Mare-aux-Vacoas, le taux de remplissage s’établissait à 36,6 % le 2 octobre. L’apport quotidien du réservoir à la station de traitement de La Marie est tombé à 71 000 mètres cubes, contre 110 000 en temps normal. Cette baisse pèse directement sur les volumes disponibles pour la distribution. La « Central Water Authority » (CWA) travaille ainsi sur un plan d’urgence pour gérer les prochaines semaines.

Les dernières données météorologiques renforcent la nécessité d’anticiper. En septembre, Maurice a reçu 78 millimètres de pluie, soit 92 % de la moyenne à long terme. Ces précipitations, proches de la normale, n’ont pas empêché les réserves de continuer à diminuer. Pour octobre, les services météorologiques prévoient des pluies inférieures à la normale, estimées à 60 millimètres, soit 80 % de la moyenne habituelle, ainsi que des températures supérieures à la normale sur l’ensemble de l’île.

Dans ce contexte, la direction de la CWA envisage plusieurs scénarios selon l’évolution des réserves. Un renforcement des restrictions et un nouvel ajustement des horaires de distribution restent possibles. Selon les projections de la « Water Resources Commission » (WRC), Mare-aux-Vacoas pourrait atteindre le seuil critique de 20 % vers la fin novembre. Cette perspective demeure conditionnelle, mais elle impose de préparer dès maintenant les mesures de secours.

À ce niveau, les difficultés dépasseraient la seule quantité d’eau disponible. La direction explique qu’une présence accrue de boue compliquerait le traitement et pourrait réduire considérablement la capacité de production d’eau potable. La CWA cherche donc à limiter la baisse des réserves avant que ce seuil ne soit atteint.

Parmi les dispositifs envisagés figure le recours aux camions-citernes pour soutenir les établissements essentiels, notamment les hôpitaux, les écoles et les maisons de retraite, en cas de forte dégradation de l’approvisionnement. La direction évoque une trentaine de camions et la possibilité de faire appel à des opérateurs privés. Dans le Nord, elle travaille également avec l’« Irrigation Authority » (IA) pour mieux concilier les besoins domestiques et agricoles, en tenant compte des planteurs comme des consommateurs.

La préservation des réserves passe aussi par le respect des restrictions sur les usages de l’eau potable. Les mesures annoncées en août concernent notamment le remplissage des piscines, les centres de lavage de véhicules et l’utilisation de nettoyeurs à haute pression pour les véhicules, bâtiments, cours et allées. La direction de la CWA indique s’appuyer sur la collaboration de la police pour faire respecter ces règles et lutter contre le gaspillage.

L’action doit également porter sur les pertes dans le réseau. La CWA poursuit le remplacement des anciennes conduites et la modernisation de ses équipements de détection des fuites. Sa direction fait état d’un projet pilote mené avec l’aide du Japon et précise que l’utilisation d’images satellitaires et de l’intelligence artificielle reste à l’étude. Ces outils ne sont donc pas encore pleinement opérationnels.

À plus long terme, la diversification des ressources fait partie des pistes examinées. Le dessalement est à l’étude au niveau du ministère, selon la direction de la CWA. Il s’inscrit dans une réflexion sur la dépendance du pays aux réservoirs, aux nappes souterraines et aux précipitations.

La constitution du comité de crise intervient ainsi à un moment où les réserves appellent une vigilance accrue. Préserver l’eau disponible, organiser les secours et réduire les pertes sont les principaux axes de la réponse en préparation. Leur mise en œuvre dépendra de l’évolution des ressources et des besoins d’approvisionnement.