[Débats budgétaires 2026-2027] Navin Ramgoolam annonce cinq mesures pour protéger les finances publiques après le gel du ciblage

Clôturant le débat budgétaire à l’Assemblée nationale ce vendredi, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a confirmé l’abandon du means testing dans la réforme des pensions, tout en détaillant cinq mesures destinées à en compenser l’impact sur les finances publiques. Il a défendu un budget conçu non pas comme « un exercice de convenance politique », mais comme « un exercice de responsabilité nationale », placé sous le signe du « devoir de vérité » : « Gouverner, c’est avant tout avoir le courage de dire ce qui est, avant de promettre ce qui sera. »

Cinq mesures pour limiter l’impact budgétaire

Le Premier ministre a justifié sa décision d’abandonner le ciblage par la nécessité d’entendre les inquiétudes exprimées par la population, tout en précisant que cela n’efface pas le problème de fond : « Le problème demeure. La pression démographique demeure. La pression budgétaire demeure. Le besoin de réforme demeure. Ce qui change, c’est la méthode. Ce qui reste, c’est la responsabilité. » Selon lui, le véritable choix se situe entre « une réforme maîtrisée aujourd’hui et une crise brutale demain ».

Il a détaillé cinq mesures concrètes destinées à compenser l’abandon du ciblage : un comité présidé par le Secrétaire au Cabinet pour réévaluer la priorisation des projets d’investissement ; un comité au ministère des Finances chargé d’examiner les dépenses de chaque ministère ; un comité de haut niveau pour une révision fondamentale du système fiscal, appuyé par des experts du FMI ; l’exploration de la cession d’actifs non stratégiques et l’introduction en Bourse de certaines entreprises publiques ; et une mise en œuvre progressive du futur National Pensions and Provident Fund. Il présidera lui-même, en complément, un comité de pilotage sur l’efficacité du secteur public, demandant à chaque ministère de soumettre un plan concret de réduction des doublons et du gaspillage.

Un héritage qu’il qualifie de calamiteux

Le Premier ministre est revenu sur l’état des finances publiques trouvé à l’arrivée de son gouvernement en novembre 2024, évoquant une économie « en soins intensifs », marquée par des pressions budgétaires croissantes, une dette en hausse et une inflation galopante. Il a cité les propos tenus à l’époque par l’ancien Deputy Prime Minister Paul Bérenger, qui décrivait alors un « désordre budgétaire total », une banque centrale transformée en « planche à billets » et des « crimes commis par Pravind Jugnauth et son complice Padayachy ». Pour Navin Ramgoolam, ce diagnostic n’est « pas de la politique partisane », mais relève de faits établis par le rapport sur l’état de l’économie publié à l’époque.

Pour étayer la nécessité de la réforme des pensions, il a rappelé que le gouvernement MSM avait porté la pension de base de Rs 9 000 à Rs 13 500 en 2019 sans considération de durabilité, avant de supprimer en 2020 les cotisations au National Pension Fund — créé en 1976 par Sir Seewoosagur Ramgoolam — au profit de la Contribution sociale généralisée (CSG), dont l’essentiel des fonds aurait depuis été détourné vers d’autres dépenses. Il a cité l’aveu de l’ancien ministre des Finances en 2023 : « Il ne reste donc rien par rapport aux contributions de la CSG. » Il a également rappelé que l’urgence de réformer la pension de base avait déjà été reconnue par Paul Bérenger dans son discours budgétaire de 2003, ainsi que par Pravind Jugnauth lui-même en 2016.

Une économie tournée vers l’IA, l’économie bleue et les infrastructures

Sur le volet économique, Navin Ramgoolam a défendu l’accent mis sur l’intelligence artificielle comme un choix stratégique plutôt qu’optionnel, citant une phrase de l’ancien Premier ministre français Gabriel Attal : « Si on rate la révolution de l’IA, nos enfants auront le choix entre servir du café aux Américains ou du thé aux Chinois. » Il a annoncé que 50 000 Mauriciens seront formés à l’usage pratique de l’IA d’ici l’an prochain. Il a également mis en avant le potentiel de l’économie bleue, avec un objectif de tripler la production locale de poissons à 15 000 tonnes en trois ans, ainsi que le soutien aux PME, qu’il considère comme l’épine dorsale de l’économie.

Le chef du gouvernement a évoqué le démarrage des travaux à la zone économique spéciale de Côte d’Or, ainsi que l’objectif de doubler les exportations de biens à 3 milliards de dollars en trois ans. Il a annoncé un programme d’infrastructures économiques de plus de Rs 70 milliards, touchant le port, le réseau routier et l’aéroport, ainsi que la relance du projet Maurice Île Durable, abandonné selon lui par le régime MSM après que le pays avait atteint 23,4 % d’énergies renouvelables, avant de retomber à moins de 17 %. Rs 6,4 milliards seront par ailleurs consacrées à l’amélioration de l’accès à l’eau sur les trois prochaines années.

Un budget centré sur la famille

Le Premier ministre a insisté sur le fait que les indicateurs macroéconomiques restent vains s’ils ne profitent pas directement aux familles, résumant cette philosophie par la formule « mettre l’humain au centre du développement ». Il a cité la hausse de Rs 2,6 milliards du budget combiné des deux ministères de l’Éducation, les Rs 824 millions consacrés aux infrastructures scolaires, ainsi que le retour du programme civique NICE. Il a également mentionné l’extension du congé de maternité à douze mois et du congé de paternité à six semaines, ainsi que les projets de logements sociaux et à revenus mixtes, incluant 1 000 unités destinées à la classe moyenne.

Sur la sécurité, il a annoncé la création prochaine d’une National Crime Agency, destinée à coordonner la lutte contre la criminalité organisée, la cybercriminalité, le blanchiment d’argent et le trafic de drogue. Sur le coût de la vie, il a défendu la mise en place du Purchasing Power Shield, incluant les achats groupés par la State Trading Corporation à marges plafonnées, ainsi qu’une enveloppe additionnelle de Rs 2 milliards pour le Price Stabilisation Fund.

Une réplique sans détour à l’opposition

Répondant aux critiques de l’opposition, qui se serait selon lui focalisée sur la pension à des fins purement politiques, Navin Ramgoolam a raillé le leader de l’opposition pour avoir cité le personnage de Gabbar Singh du film Sholay, lui opposant une référence au Bhagavad-Gita : « Karm kiye ja » (fais ton devoir). Il a conclu son intervention en affirmant que ce budget donne au pays des « fondations solides », appelant l’Assemblée à faire « le choix de la responsabilité plutôt que celui du déni. Le choix des réformes plutôt que celui de l’immobilisme. Le choix de l’avenir plutôt que celui de la facilité. »

Arianne Navarre-Marie : « Ce budget protège, autonomise et reconnaît »

La Deputy Prime Minister et ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, a apporté son plein soutien au Budget 2026-2027, qu’elle a présenté comme « un engagement de responsabilité et de solidarité, de rationalité économique et de justice sociale ». Revenant sur la controverse autour de la réforme des pensions, elle a dénoncé une certaine « hypocrisie politico-électorale » de ceux qui réclamaient cette réforme depuis des années avant de s’y opposer une fois qu’elle a été engagée, tout en reconnaissant que l’abandon du means test aura nécessairement des conséquences sur le déficit budgétaire et les dépenses d’investissement.

La ministre s’est longuement arrêtée sur l’extension du congé de maternité à un an, qu’elle a justifiée par l’importance des « mille premiers jours » dans le développement neurologique de l’enfant : « Quand ce budget propose un congé de maternité d’un an, il ne fait pas de cadeau aux femmes. Il fait un investissement dans le capital humain de demain. » Sur le congé menstruel d’un jour par mois, elle a tenu un propos sans détour face aux moqueries entendues : « Ne confondez pas votre chance avec une norme (…) ce n’est pas un privilège, c’est du respect. » Elle a également défendu le congé de paternité porté à six semaines, rappelant que la loi protège déjà les femmes contre toute discrimination à l’embauche liée à la maternité.

Sur la protection de l’enfance, la ministre a annoncé un nouveau Child Adoption Bill ainsi qu’une réforme attendue des structures résidentielles pour mineurs (RCI), reconnaissant que certains enfants y séjournent dans des conditions inadéquates : « Une réforme n’est plus une option. C’est un impératif moral. » Elle a indiqué que 372 enfants se trouvent actuellement dans ces structures, contre 122 désormais placés en famille d’accueil, et a salué une enveloppe de Rs 10 millions destinée à de nouveaux abris et à la formation des intervenants.

Arianne Navarre-Marie a par ailleurs salué l’instauration d’un quota minimal de 25 % de femmes dans les conseils d’administration des organismes paraétatiques, ainsi que la suppression de l’obligation du consentement du conjoint pour qu’une femme puisse emprunter de l’argent, qu’elle a qualifiée de mesure mettant fin à une forme de « tutelle ». Sur la lutte contre la drogue, elle a salué l’approche en trois volets annoncée par le gouvernement — prévention, démantèlement des réseaux et guérison — ainsi que les Rs 80 millions allouées à la National Agency for Drug Control. Elle a conclu en saluant un budget qui, selon elle, fait de l’égalité de genre « une politique à mettre en œuvre concrètement », plutôt qu’un simple idéal.

Dhaneswar Damry : « Le MSM et l’ancien Premier ministre, qui sont les véritables fardeaux du peuple »

Le Junior Minister des Finances, Dhaneswar Damry, a consacré l’essentiel de son intervention à démontrer, chiffres à l’appui, que le MSM et l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth sont responsables du poids actuel de la dette publique : « Notre gouvernement a reconstruit la confiance économique qui a été sévèrement ébranlée par le MSM et l’ancien Premier ministre, qui sont les véritables fardeaux du peuple. » Décortiquant la structure du déficit budgétaire, il a expliqué que le primary balance — c’est-à-dire les revenus moins les dépenses hors intérêts — est quasiment à l’équilibre pour l’exercice 2026-2027, ce qui signifie selon lui que l’essentiel du déficit provient des intérêts accumulés sur les dettes héritées des années précédentes.

Il a cité en exemple les dettes impayées de plus de Rs 3 milliards liées au Maradiva, ainsi que Rs 181,5 milliards injectées par le précédent gouvernement dans diverses institutions financières, des sommes qu’il accuse d’avoir profité à des proches du régime sans jamais être remboursées : « Qui rembourse ces intérêts aujourd’hui ? Vous, le peuple. » Il a martelé ce constat à plusieurs reprises au cours de son intervention : « Encore une fois, c’est le MSM et Pravind Jugnauth qui sont le véritable fardeau du peuple. Et ils ont l’audace de venir dire le contraire. »

Le ministre s’en est vivement pris à l’opposition sur la question d’une prétendue « escroquerie budgétaire », rappelant qu’un budget officiellement équilibré avait été présenté par le gouvernement MSM en pleine récession liée au Covid : « Aucun pays du monde n’a réussi à le faire, sauf Pravind Kumar Jugnauth et le MSM. Et ils osent parler d’escroquerie budgétaire. » Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une campagne de désinformation à son encontre : « J’ai plus de diffamation, j’ai plus de fake news, j’ai plus de hate news que même le Premier ministre aujourd’hui. (…) Toutes ces allégations, toutes ces diffamations sont fausses, dénuées de tout fondement. »

Sur le plan macroéconomique, Dhaneswar Damry a insisté sur l’évolution de la composition du déficit budgétaire, expliquant que le solde courant devient excédentaire tandis que le déficit se concentre désormais sur le compte capital, traduisant selon lui un basculement d’une économie de consommation vers une économie d’investissement : « C’est ce que nous voulions quand nous allions de l’économie de consommation à l’économie de l’investissement. »

Le ministre a conclu son intervention sur une note personnelle, évoquant son propre parcours à Goodlands, scolarisé dans une école publique et soigné dans un dispensaire grâce aux services sociaux gratuits, qu’il a présentés comme l’héritage de Sir Seewoosagur Ramgoolam à préserver pour les générations futures : « Je pense que nous voulons tous que nos enfants, leurs enfants et leurs enfants bénéficient de la protection sociale et de la croissance économique inclusive que le père de la nation nous a laissées. »

Fawzi Allymun : « Responsabilité et justice sociale »

Le Junior Minister des Collectivités locales, Fawzi Allymun, a décrit le Budget 2026-2027 comme « une feuille de route ambitieuse et visionnaire pour l’avenir de notre pays », s’inscrivant selon lui dans une démarche à la fois de continuité et de transformation face aux incertitudes du monde actuel. Il a salué la décision de Navin Ramgoolam de suspendre l’application du means testing dans la réforme des pensions, qu’il a qualifiée de marque d’écoute et de leadership : « Le Premier ministre a su entendre les préoccupations exprimées (…) mais surtout la voix du peuple mauricien. C’est quand on est au gouvernement qu’on peut faire bouger les choses, et non pas dans l’opposition. »

Sur son propre portefeuille, le ministre a insisté sur les réformes engagées pour « créer des collectivités locales modernes, efficaces et centrées sur les citoyens », évoquant le travail mené au sein d’un comité interministériel. Sur le volet environnemental, il a annoncé un renforcement des sanctions contre le dépôt sauvage de déchets, les amendes devant être augmentées « afin de responsabiliser chacun ».

Le Junior Minister s’est également arrêté sur le sport, qu’il présente comme un vecteur de cohésion sociale et un outil de lutte contre la drogue. Pour lui, investir dans la jeunesse à travers le sport « n’est donc pas un choix, mais un devoir ».

Sur la représentation féminine dans les collectivités locales, il a cité l’exemple des mairies, où « sur 10 maires et adjoints aux maires, nous avons 7 femmes ». Revenant sur l’héritage du précédent gouvernement, qu’il a qualifié de « catastrophique », marqué par « des années de mauvaise gestion des responsabilités budgétaires, de manque de vision stratégique », il a estimé que l’exécutif actuel avait choisi « la voie de la responsabilité plutôt que celle de la facilité », une orientation déjà payante selon lui pour rétablir « la confiance des investisseurs, des entreprises et des ménages ».

« Ce budget est porteur d’espoir. La voie est tracée sous la direction de notre Premier ministre. Ensemble, construisons une nation plus forte, plus prospère et plus juste. J’apporte mon soutien total et sans réserve à ce budget », a-t-il conclu.

Avinash Ramtohul : « Les sociétés qui refusent le progrès technologique ne l’évitent pas, elles prennent du retard »

Le ministre des Technologies de l’information, de la Communication et de l’Innovation, Avinash Ramtohul, a présenté le volet numérique du Budget 2026-2027 comme l’aboutissement de dix-huit mois de travail visant à bâtir « les fondations d’un écosystème d’intelligence artificielle fiable, inclusif et responsable ». S’appuyant sur les grandes ruptures technologiques du passé, il a averti que « les sociétés qui refusent le progrès technologique n’évitent pas le changement, elles prennent simplement du retard », plaidant pour une préparation des citoyens face à la transformation des emplois qu’entraînera l’intelligence artificielle.

Le ministre a détaillé un programme de formation d’envergure : 50 000 Mauriciens — répartis entre 8 000 enseignants, 12 000 élèves, 25 000 citoyens et 5 000 fonctionnaires — seront formés, accompagnés ou habilités à travers diverses initiatives liées à l’IA au cours de l’année à venir, ce qu’il a qualifié de « l’un des plus importants programmes nationaux de renforcement des compétences jamais entrepris dans le domaine technologique ». Sur la connectivité internationale, il a évoqué la participation de Maurice à l’initiative Google America-India Connect, ainsi que de nouveaux accords renforçant les liens avec l’Inde, l’Afrique du Sud et Singapour, avec à la clé une meilleure résilience du câble sous-marin du pays.

Côté administration publique, le ministre a annoncé la transformation de la plateforme Twake Email en un espace de travail numérique complet pour le gouvernement, intégrant un intranet personnalisé, des outils collaboratifs et un assistant virtuel basé sur l’IA, DIVA, destiné à faciliter l’accès des fonctionnaires à l’information et aux services. Il a toutefois reconnu que cette transformation numérique s’accompagne de risques croissants, citant la sophistication grandissante de la cybercriminalité et de la fraude en ligne, d’où la nécessité d’un cadre de cybersécurité robuste.

Reliant l’ensemble de ces mesures — de la plateforme nationale d’apprentissage de l’IA à la zone économique spéciale de Côte d’Or, en passant par la santé et l’administration publique —, Avinash Ramtohul a conclu que ce budget « investit avant tout dans les Mauriciens », en veillant à ce que la transition vers une économie fondée sur le savoir reste ancrée dans les principes de justice sociale et n’exclue personne.

Fabrice David : « Choisir le chemin exigeant mais nécessaire de la reconstruction nationale »

Le Junior Minister de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, Fabrice David, a salué un budget qui a, selon lui, « une qualité rare en politique » : « Il ne ment pas au pays. Il ne promet pas que tout sera facile, il ne prétend pas que l’on peut réparer en une année seulement ce qui a été abîmé pendant longtemps. il dit la vérité. Mais il ne s’arrête pas au diagnostic, il montre déjà les premiers signes du redressement. » Il a cité à l’appui le recul de l’inflation, la baisse du chômage, le renforcement des réserves et la reprise du tourisme, des signaux qui traduisent, selon lui, le sens même de la responsabilité : « Regarder la réalité en face, refuser les illusions faciles et choisir le chemin exigeant mais nécessaire de la reconstruction nationale. »

Le ministre a opposé cette approche à celle de l’ancien régime, rappelant qu’il y a quatre ans, interrogé sur les pôles de croissance du budget, le ministre des Finances de l’époque répondait « la construction de drains ». Aujourd’hui, a-t-il souligné, le Premier ministre et ministre des Finances évoque plutôt « l’intelligence artificielle, la FinTech, l’énergie renouvelable, l’économie bleue, l’emploi, l’innovation, la richesse et la croissance », une différence qu’il résume ainsi : « La vraie modernité, ce n’est pas seulement de construire des ouvrages ou des infrastructures, mais c’est de construire l’avenir. »

Revenant sur les grands défis démographiques du pays, il a estimé que le Premier ministre « ne réforme pas pour affaiblir l’État-providence, il réforme pour le sauver ». Il a également insisté sur l’investissement dans la jeunesse comme condition de la prospérité future, plaidant pour « armer nos jeunes de nouvelles compétences, nos PME de nouveaux outils, notre administration de nouvelles capacités ».

Sur son propre portefeuille, Fabrice David a annoncé que le budget de son ministère passe de Rs 4,5 à 5,2 milliards, dont 2,2 milliards pour la sécurité alimentaire et 1 milliard pour l’économie bleue et la pêche, à travers l’initiative « 25 by 35 » visant à réduire la dépendance alimentaire du pays. Il a conclu en saluant le retour du programme civique NICE et en rendant hommage au Premier ministre, qu’il associe à une vision de long terme : « Ce sont les eaux difficiles qui révèlent l’expérience, le courage, la vision et le leadership. »

Patrick Assirvaden : « Le système de pension non contributif a atteint un point de bascule »

Le ministre des Utilités publiques, Patrick Assirvaden, s’est penché sur le déséquilibre financier qui pèse sur la Central Water Authority : produire un mètre cube d’eau coûte aujourd’hui Rs 24, alors qu’il n’est vendu que Rs 14. Il a indiqué qu’un futur ajustement tarifaire distinguerait les usagers selon leur catégorie, sans affecter les ménages : « Il y aura des tarifs commercial, résidentiel, industriel. Ceux qui peuvent payer doivent pouvoir payer. » Sur l’état du réseau, il a évoqué un taux de pertes avoisinant 62 %, ainsi que 1 500 des 5 300 kilomètres de canalisations du pays vieux de plus de cinquante ans, justifiant le lancement d’un programme de remplacement des canalisations. Le contrat pour la construction du barrage de la Rivière des Anguilles sera quant à lui attribué en août, pour un début des travaux en décembre.

Le ministre a ensuite resitué le budget dans un contexte de tensions financières, citant le report d’une compensation de Rs 10 milliards liée au dossier des Chagos et la hausse du coût du fioul importé pour le CEB : « Nous faisons face à des défis budgétaires, surtout avec ce qui se passe au Moyen-Orient où nous subissons les conséquences. » Selon lui, le système de pension non contributif a atteint un point de bascule, sa pérennité étant « sérieusement remise en question » ; il a chiffré à Rs 9,4 milliards le déficit cumulé du fonds de pension des collectivités locales, sur un total de 74 organismes publics concernés, une situation qu’il attribue à la gestion de l’ancien gouvernement MSM dirigé par Pravind Jugnauth.

Côté énergie, une étude de faisabilité est en cours pour une centrale au gaz à Fort William, en réponse à une question du leader de l’opposition Joe Lesjongard : « Nous faisons une étude pour savoir si nous pouvons mettre en œuvre une centrale de 100 mégawatts à Fort Williams. » Le ministre a réaffirmé l’objectif de 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2035, rappelant au passage l’état des finances du CEB sous l’ancien régime : « On a dû augmenter le tarif d’électricité pour soutenir le CEB. Pravind Jugnauth et le MSM en sont responsables. »

Eshan Juman : « Le maître mot, c’est la solidarité »

Le député du Parti travailliste Eshan Juman a comparé la situation héritée par le gouvernement à une maison aux fondations fragilisées : pour lui, ce budget ne se contente pas de « colmater », mais cherche véritablement à consolider ces bases. Il a rappelé qu’au-delà du seul dossier des pensions, qui concentre l’attention, le document budgétaire s’étend sur 69 pages de mesures.

Sur la gestion de la controverse autour du ciblage des pensions, le député a salué la réactivité du Premier ministre, qui aurait pris le temps d’écouter les inquiétudes exprimées au sein de la majorité avant d’agir : « Il n’a pas répondu par le mépris. Il n’a pas prétendu détenir seule la vérité. Il a écouté, il a consulté, il a analysé. » Il affirme avoir personnellement plaidé pour une suppression pure et simple du ciblage plutôt qu’un simple ajustement.

« Le maître mot de ce budget, c’est la solidarité », a-t-il ajouté. Le député a ensuite multiplié les exemples de mesures qu’il présente comme un effort partagé entre élus et population : sa propre demande de réduction de salaire au plus fort de la crise des prix liée au conflit au Moyen-Orient, la suppression de la pension à vie des parlementaires désormais alignée sur l’âge de 65 ans, ou encore l’instauration d’une taxe sur les véhicules de fonction du président et du vice-président de la République. Il a également évoqué une possible suppression à terme du poste de vice-président.

Sur la santé, Eshan Juman a justifié la hausse de la taxe sur les produits sucrés par l’ampleur du diabète dans le pays, évoquant environ 200 000 patients diabétiques et de nombreuses amputations, ainsi que l’abaissement de 90 à 85 ans de l’âge requis pour les visites médicales à domicile. Il est aussi revenu sur la conversion de l’hôpital de Flacq pour la prise en charge des toxicomanes et l’ouverture prochaine d’un bureau de la Task Force anti-drogue.

Le député a par ailleurs cité l’investissement de Rs 47 milliards prévu pour le port et les travaux de modernisation de l’aéroport comme des projets tournés vers les générations futures plutôt que vers une échéance électorale. Il a conclu son intervention par un appel à l’unité autour d’un objectif sportif à long terme : voir Maurice disputer les phases finales de la Coupe du monde 2042.

Rubna Daureeawo : « Réparation, vérité et transition »

La députée Rubna Daureeawo a rappelé que la population attend avant tout une réponse concrète à une question simple : ce budget va-t-il améliorer son quotidien ? Elle a reconnu que toutes les promesses faites lors des dernières élections n’ont pu être tenues, mais a salué les efforts du Premier ministre pour honorer celles qui n’imposaient pas un fardeau financier trop lourd à l’économie, notamment autour de la restauration de la dignité des Mauriciens. Pour elle, gouverner en période d’incertitude exige de concilier prudence et compassion, sans toutefois reproduire les erreurs du passé : « Nous ne pouvons pas commettre les mêmes erreurs que le gouvernement précédent, qui dépensait au-delà de ses moyens. La seule option qui s’offre à nous aujourd’hui est de protéger les citoyens aujourd’hui sans hypothéquer leur avenir. »

La députée a salué les mesures destinées à alléger le coût de la vie, dont les achats groupés via la State Trading Corporation et le plafonnement des marges bénéficiaires, tout en appelant à une vigilance accrue sur la transparence des processus d’achat afin que ces mesures se traduisent réellement par des prix plus bas pour les consommateurs. Elle a par ailleurs salué les investissements dans l’intelligence artificielle, estimant qu’ils permettront de créer des emplois mieux rémunérés, tout en appelant le gouvernement à veiller à ce que l’expertise étrangère, nécessaire à court terme, vienne compléter les talents mauriciens plutôt que les remplacer, à travers un véritable transfert de compétences.

Sur le congé de maternité porté à douze mois, Rubna Daureeawo a nuancé son soutien, redoutant un effet pervers sur l’emploi des femmes si la mesure n’est pas bien encadrée. Elle a indiqué avoir elle-même interrogé des femmes entrepreneures, dont la majorité reconnaissait privilégier l’embauche d’hommes dans ce contexte, et a plaidé pour une approche fondée sur le partage des responsabilités parentales plutôt que sur des mesures ciblant uniquement les mères.

Représentant la circonscription n° 13, elle s’est réjouie du démarrage prochain des travaux du barrage de la Rivière des Anguilles, tout en plaidant pour la construction d’un complexe sportif dans le Sud, seule région du pays dépourvue de stade. Elle a conclu son intervention par un appel pressant au Premier ministre en faveur d’une politique de nominations fondée sur le mérite plutôt que sur la couleur politique, avant d’apporter son soutien global au budget, qu’elle a qualifié de « budget de réparation, de vérité et de transition ».