[Démocratie parlementaire] L’indécence des complices d’hier qui donnent aujourd’hui des leçons

L’opposition parlementaire nous offre un spectacle aussi affligeant qu’édifiant : celui de voir d’anciens complices de dérives démocratiques se transformer soudainement en gardiens de la vertu parlementaire. L’incident autour de la délégation mauricienne au Parlement panafricain révèle une fois de plus l’hypocrisie crasse qui caractérise les deux membres de l’opposition, repêchés grâce au ‘Best Loser System’ (BLS).

Il faut une dose considérable d’audace pour que Joe Lesjongard, aujourd’hui leader de l’opposition, vienne faire la morale au gouvernement actuel sur la démocratie parlementaire. Cet homme qui, en tant que ministre sous le régime MSM, était un complice silencieux – voire actif – des dérives autoritaires de l’ancien Speaker Sooroojdev Phokeer, ose aujourd’hui se poser en défenseur des principes démocratiques.

Avons-nous oublié les expulsions arbitraires d’honorables membres de l’opposition de l’époque ? Les suspensions injustifiées qui ont transformé notre Assemblée nationale en théâtre de l’absurde ? Ces actes, qui ont bafoué les règles les plus élémentaires du parlementarisme, se sont déroulés sous les yeux complaisants de Lesjongard, alors aux commandes du pouvoir exécutif. Son silence d’alors résonne aujourd’hui comme un aveu de culpabilité.

Mais l’ironie ne s’arrête pas là. Ce même homme qui prétend donner des leçons sur notre représentativité dans les instances internationales était aux affaires quand Maurice a failli être suspendu de la SADC pour avoir échoué à honorer une dette de Rs 515 millions destinée à financer le ‘SADC Defence Pact’. C’est le gouvernement actuel qui a dû réparer les pots cassés et éviter à notre pays cette humiliation internationale. Quel crédit peut-on accorder aux remontrances de celui qui a contribué à ternir notre image sur la scène régionale ?

Si l’attitude de Joe Lesjongard relève de l’amnésie sélective, celle d’Adrien Duval frise l’indécence. Cet homme qui a occupé le fauteuil de Speaker pendant seulement 78 jours s’est offert le luxe de trois missions à l’étranger, engloutissant près de Rs 750 000 des deniers publics. Un coût de près de Rs 10 000 par jour de mandat ! Voilà un record de prodigalité qui mériterait de figurer dans le ‘Guinness Book’.

Comment celui qui a transformé sa brève fonction en voyage d’agrément permanent peut-il aujourd’hui se poser en gardien des finances publiques et de la bonne gouvernance ? Cette imposture morale est d’autant plus révoltante qu’elle émane de quelqu’un qui n’a jamais eu à rendre de comptes sur ses dépenses somptuaires.

L’ironie a atteint son paroxysme lors même de la séance parlementaire du 25 juillet. Après le statement du Premier ministre, Adrien Duval a tenté de soulever un point de droit et de faire une déclaration, en violation flagrante des Standing Orders qui ne le permettent pas après un statement ministériel. Malgré les tentatives de la Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra pour le rappeler à l’ordre, il a persisté dans sa démarche irrégulière sans être expulsé. Voilà bien le paradoxe : celui qui vient donner des leçons sur le respect de la démocratie parlementaire bafoue lui-même les règles élémentaires de l’Assemblée, tout en bénéficiant de la tolérance d’un gouvernement qui, contrairement à ses prédécesseurs, respecte véritablement les principes démocratiques.

Parlement panafricain

Le PM dénonce l’antipatriotisme de l’opposition

Dans une déclaration faite à l’Assemblée nationale le vendredi 25 juillet 2025, le Premier ministre n’a pas mâché ses mots à l’égard de Joe Lesjongard qui a écrit au Parlement panafricain pour dénoncer la composition de la délégation mauricienne.

Citant l’Article 4 (3) du Protocole établissant le Parlement panafricain à l’effet que « les représentants de chaque État membre doivent refléter la diversité des opinions politiques de chaque Parlement national ou autre organe délibératif » et l’Article 4 (2) qui stipule que « chaque État membre sera représenté au Parlement panafricain par cinq membres, dont au moins une femme », il a rappelé que la députée Anabelle Savabaddy faisait partie de la délégation.

« Il convient de garder à l’esprit que, selon la tradition et la pratique établie, le leader de l’opposition ne fait partie d’aucune délégation nationale aux réunions parlementaires régionales ou internationales », a soutenu le Dr Navin Ramgoolam. Et d’ajouter que « le quatrième membre de Port-Louis Nord/Montagne Longue n’a pas exprimé le souhait de faire partie de la délégation nationale au Parlement panafricain qui, comme je viens de le mentionner, tient ses séances à Midrand, en Afrique du Sud. Il a plutôt préféré être considéré pour l’Union interparlementaire, l’UIP qui se réunit à Genève, en Suisse ».

Le Premier ministre a poursuivi en soulignant que « le troisième membre, qui ne siège pas sur les bancs du gouvernement, siège comme membre indépendant et n’appartient donc à aucun parti politique, ne peut donc pas être dit avoir des opinions politiques divergentes, ayant été élu sur la plateforme de l’Alliance que je dirige. Permettez-moi de rappeler ici qu’en tant que membre siégeant alors dans l’opposition, il a servi pendant deux mandats complets comme membre de la délégation nationale au Parlement panafricain, c’est-à-dire de mai 2015 à octobre 2019, et encore de mai 2020 à octobre 2024 ».

Le Dr Navin Ramgoolam a également dénoncé « l’humiliation auquel ses honorables membres élus ont été soumis, par le refus injustifié et totalement injustifiable du Comité d’accréditation du Parlement panafricain de les accréditer ». Le Premier ministre dit avoir ainsi exigé qu’ils reviennent. Il affirme avoir envoyé une lettre de protestation énergique au Président de la Commission de l’Union africaine à Addis-Abeba.