[Dettes des organismes publics et parapublics] Une ardoise de Rs 70 milliards laissée par l’ancien gouvernement

Les chiffres sont accablants. À la fin de 2024, les organismes parapublics et les entreprises d’État cumulaient Rs 70,2 milliards de dettes, contre Rs 21,3 milliards en 2014. En dix ans, l’ardoise a donc augmenté de près de Rs 49 milliards.

C’est l’héritage financier laissé par l’ancien gouvernement : des entités publiques lourdement endettées, une dépendance croissante aux emprunts et, au bout du compte, des milliards de roupies puisés dans les fonds publics pour éviter les défauts de paiement.

La réponse du Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, à une question parlementaire du député Raveen Jugurnauth met en lumière l’ampleur du désastre.

Dette des entités publiquesDécembre 2014Décembre 2024Hausse
Organismes parapublicsRs 6, 2 milliardsRs 15, 9 milliardsRs 9, 7 milliards
Organismes publicsRs 15, 1 milliardsRs 54, 3 milliardsRs 39, 2 milliards
TotalRs 21, 3 milliardsRs 70, 2 milliardsRs 48, 9 milliards

La dette des organismes parapublics a ainsi plus que doublé sous l’ancien régime. Celle des entreprises d’État a plus que triplé. Deux organismes illustrent à eux seuls cette dérive. La dette du Central Electricity Board est passée de Rs 3,4 milliards à Rs 10,3 milliards, tandis que celle de la State Trading Corporation a bondi de Rs 1,1 milliard à Rs 5,3 milliards.

Du côté des entreprises d’État, Metro Express Ltd, MauBank Holdings Ltd et Mauritius Telecom figurent parmi les principaux moteurs de cette explosion. La Development Bank of Mauritius, l’Industrial Finance Corporation of Mauritius et la State Investment Corporation ont également vu leur endettement augmenter après la mise en place de différents plans de soutien liés à la pandémie, financés par une ligne de crédit de la Banque de Maurice.

Le changement de gouvernement n’a évidemment pas fait disparaître cette dette. À fin juin 2026, cinq organismes parapublics devaient encore Rs 18,6 milliards, tandis que 20 entreprises d’État affichaient une dette de Rs 48,9 milliards. Au total, ces 25 entités cumulaient toujours Rs 67,5 milliards de dettes.

Rs 14,4 milliards pour éviter le pire

L’irresponsabilité financière a eu un coût direct pour la population. Depuis 2020, le Trésor public a dû mobiliser Rs 14,4 milliards principalement pour permettre à des entreprises d’État d’honorer leurs engagements.

Soutien accordéMontant
NPFL – prêts liés au remboursement des détenteurs du SCBGRs 7,9 milliards
NPFL – ligne de crédit pour les réclamations du SCBG et de Bramer Asset ManagementRs 3,6 milliards
Metro Express – intérêts sur la ligne de crédit de l’EXIM Bank of IndiaRs 1,5 milliard
MauBank Holdings – remboursement de ses dettesRs 1,4 milliard
TotalRs 14,4 milliards

Le dossier BAI résume à lui seul le gouffre entre les promesses de l’ancien régime et la réalité. Après la liquidation brutale du conglomérat, l’ancien Premier ministre et son ministre de la Bonne gouvernance avaient assuré que pas une seule roupie provenant des fonds publics ne serait utilisée pour un sauvetage. Or, Rs 11,5 milliards d’argent public ont finalement dû être mobilisés pour régler les engagements liés au Super Cash Back Gold et à Bramer Asset Management. La promesse du « pas un sou de fonds publics » s’est fracassée sur les chiffres.

Et la facture continue. Pour l’année financière en cours, une provision supplémentaire de Rs 1,9 milliard a été prévue afin d’aider Metro Express et MauBank Holdings à respecter leurs obligations financières.

Face à cette situation, plusieurs plans de redressement sont désormais en préparation. Metro Express devra améliorer son efficacité et diversifier ses revenus. Mauritius Post revoit son réseau et ses tarifs. MauBank mise sur le recouvrement des prêts impayés, la réduction des dépenses et la vente d’actifs non essentiels. La DBM doit, elle aussi, revoir ses procédures et mieux rentabiliser ses ressources.

Un comité sur l’efficacité du secteur public, présidé par le Premier ministre, sera également chargé de traquer les gaspillages, les doublons et les dépenses inutiles.

Le gouvernement hérite ainsi d’un double défi : réparer les dégâts tout en préservant les services publics essentiels. Les chiffres ne laissent aucune place au déni. L’ancien régime n’a pas seulement repoussé les problèmes : il en a transmis la facture à toute la population.

BAI : Le « pas un sou » devenu Rs 11,5 milliards

Le 2 avril 2015, la Banque de Maurice révoquait la licence de la Bramer Bank. Quelques semaines plus tard, la BAI et ses entités liées étaient placées sous administration spéciale. Le démantèlement du groupe était lancé sous prétexte d’un « ponzi scheme » qui n’a jamais été prouvé.

À l’époque, l’ancien gouvernement MSM promettait que pas une seule roupie provenant des fonds publics ne serait utilisée. Une assurance notamment donnée par l’ancien ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, au Parlement.

La réalité a été tout autre. Créée en mai 2015 et entièrement détenue par l’État, la « National Property Fund Ltd » avait précisément pour mission de rembourser les détenteurs du « Super Cash Back Gold » (SCBG) et les investisseurs de « Bramer Asset Management » (NPFL).

Au total, Rs 11,5 milliards d’argent public ont dû être mobilisés : Rs 7,9 milliards pour régler les prêts contractés afin de rembourser les détenteurs du SCBG, puis Rs 3,6 milliards pour honorer la ligne de crédit accordée par la Banque de Maurice. Le rapport de l’Audit avait d’ailleurs déjà confirmé l’injection de Rs 7,9 milliards dans la NPFL.

Et encore : ces Rs 11,5 milliards concernent uniquement le volet SCBG et « Bramer Asset Management » détaillé dans la réponse parlementaire du Premier ministre. La promesse du « pas un sou » s’est donc transformée en une facture de plusieurs milliards pour les contribuables. Une décision résultant d’une vendetta politique prise par l’ancien régime MSM, mais une ardoise laissée à toute la population.