[DistributeX] La piste d’une pyramide de Ponzi de 169 membres se précise

L’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC) sur les activités de la plateforme DistributeX prend de l’ampleur. Au fil des auditions et de l’exploitation des appareils électroniques saisis, les enquêteurs tentent désormais de retracer avec précision le mécanisme de recrutement mis en place autour de cette plateforme, soupçonnée de fonctionner selon un système de Ponzi ou une pyramide financière. Une analyse effectuée sur le téléphone portable d’un représentant déjà interrogé dans le cadre de cette affaire aurait notamment permis de remonter jusqu’à une chaîne de recrutement ayant conduit à l’intégration de 169 personnes au sein d’une communauté baptisée « One Community ».

Plusieurs protagonistes ont déjà été entendus par la FCC et une vingtaine d’autres personnes devraient prochainement être convoquées. Parmi elles figurent notamment des clients qui, après avoir rejoint la plateforme, seraient ensuite devenus des agents chargés, directement ou indirectement, d’attirer de nouveaux membres.

L’objectif des enquêteurs est désormais de comprendre comment cette structure s’est développée à Maurice, d’identifier les personnes qui en assuraient la promotion et surtout de déterminer la nature exacte des transactions effectuées dans le cadre des activités de DistributeX. L’origine et la destination des fonds collectés constituent également l’un des principaux volets des investigations.

Les enquêteurs disposent déjà d’une liste d’individus soupçonnés d’avoir participé à la diffusion de liens et de codes permettant à de nouvelles personnes d’accéder à la plateforme. L’analyse du téléphone portable de l’un des représentants entendus par la FCC aurait permis de mettre en évidence un premier maillon de cette chaîne.

Selon les éléments recueillis, cet homme aurait partagé un lien ainsi qu’un code d’accès avec onze personnes. Ces dernières auraient ensuite, à leur tour, transmis ces informations à d’autres personnes. De partage en partage, le réseau se serait progressivement étendu. Cette chaîne aurait finalement permis le recrutement de 169 membres.

C’est précisément ce mécanisme de propagation qui retient désormais toute l’attention de la Financial Crimes Commission. Les enquêteurs veulent établir si les personnes ayant rejoint la plateforme étaient de simples participants ou si certaines d’entre elles avaient ensuite joué un rôle actif dans le recrutement de nouveaux membres, avec à la clé des commissions ou d’autres formes de rémunération.

Les membres de cette communauté, connue sous le nom de « One Community », auraient été invités à effectuer une contribution financière initiale afin d’intégrer le système. En contrepartie, des gains leur auraient été promis pour leur participation à diverses activités en ligne liées aux cryptomonnaies.

Mais le recrutement de nouveaux membres aurait également occupé une place importante dans le fonctionnement du réseau. Les participants auraient été encouragés à inviter des proches, des connaissances ou d’autres personnes à rejoindre la plateforme, avec la possibilité de percevoir des commissions liées au parrainage.

C’est justement cette combinaison entre contribution financière, promesses de gains et encouragement au recrutement qui nourrit les soupçons des autorités. À ce stade, aucune conclusion définitive n’a toutefois été tirée sur la nature exacte des activités de l’ensemble des personnes impliquées. L’enquête devra notamment permettre de déterminer si les gains promis reposaient sur de véritables activités économiques ou s’ils étaient, en tout ou en partie, alimentés par les contributions versées par les nouveaux membres.

La FCC poursuit parallèlement l’exploitation des éléments obtenus lors d’une perquisition menée à Surinam, au domicile de l’un des protagonistes. Des documents et des appareils électroniques avaient été saisis au cours de cette opération. Les enquêteurs auraient également obtenu des éléments liés à un portefeuille électronique, ou « crypto wallet », qui aurait été utilisé dans le cadre des activités faisant l’objet de l’enquête.

L’analyse de ce portefeuille électronique pourrait s’avérer déterminante. Elle pourrait permettre aux enquêteurs de retracer certains mouvements d’actifs virtuels et de mieux comprendre le circuit emprunté par les fonds versés par les membres. La question de l’identité des bénéficiaires des transactions, ainsi que celle de la destination finale des sommes collectées, fait partie des zones d’ombre que les enquêteurs cherchent à éclaircir.

L’affaire DistributeX ne se limite toutefois pas à l’enquête menée par la FCC. L’Anti-Money Laundering Unit du Central CID mène également, en parallèle, ses propres investigations sur les activités de la plateforme. Cette enquête policière s’intéresse notamment aux personnes soupçonnées d’avoir assuré la promotion et l’organisation du réseau à Maurice.

Rappelons que l’alerte autour de DistributeX avait été donnée dès le 30 avril dernier par la Financial Services Commission. Dans un Investor Alert, le régulateur avait indiqué que l’entité, ses représentants et ses groupes de promoteurs n’étaient pas agréés ni réglementés par la FSC. Cette mise en garde avait été suivie de vérifications sur les activités de la plateforme et sur les fonds susceptibles d’avoir été engagés par des Mauriciens.

Au cours des dernières semaines, les autorités ont multiplié les mises en garde. La police a notamment appelé le public à faire preuve de prudence et à éviter d’engager des fonds ou des actifs virtuels sur la plateforme et les sites ou applications qui lui sont associés pendant que les investigations se poursuivent.

Les informations recueillies par les autorités font également état de réunions organisées afin de présenter la plateforme et d’attirer de nouveaux participants. Selon les premiers éléments rendus publics, une contribution initiale d’environ Rs 7 000 aurait notamment été demandée à certains membres, en échange de la promesse de gains liés à des activités en ligne présentées comme étant associées aux cryptomonnaies. Le système de parrainage et les commissions promises pour le recrutement de nouveaux participants font également partie des aspects examinés dans le cadre des différentes enquêtes.

Les prochaines auditions devraient permettre à la FCC de remonter davantage la chaîne. Les enquêteurs chercheront notamment à déterminer qui a recruté qui, à quel moment les différents participants ont rejoint le système et si certains membres ont bénéficié de commissions pour avoir élargi le réseau.

L’enquête pourrait ainsi prendre une dimension beaucoup plus large. À partir des onze personnes identifiées grâce au téléphone portable du représentant, les enquêteurs espèrent reconstituer l’ensemble de l’arborescence ayant conduit au recrutement des 169 membres déjà recensés. D’autres noms pourraient également émerger au fur et à mesure de l’analyse des téléphones, documents et données électroniques saisis.

Pour les autorités, l’enjeu est désormais de faire toute la lumière sur ce qui pourrait constituer un vaste mécanisme de recrutement en chaîne. Derrière les liens partagés, les codes d’accès et les promesses de gains, les enquêteurs cherchent à déterminer si DistributeX cachait réellement un système dans lequel l’arrivée de nouveaux membres était devenue essentielle à la circulation de l’argent et aux revenus promis aux participants.

Les auditions à venir et l’analyse des données électroniques devraient donc être déterminantes. La FCC devra établir le rôle exact de chaque protagoniste, retracer les mouvements financiers et déterminer si les soupçons d’un système de Ponzi ou d’une pyramide financière sont fondés. En parallèle, l’enquête du Central CID se poursuit sur les activités de ceux qui auraient contribué à implanter et à développer le réseau à Maurice.

Une chose est certaine : avec une chaîne de recrutement qui compterait déjà au moins 169 membres et une vingtaine de nouvelles personnes susceptibles d’être entendues, l’affaire DistributeX est loin d’avoir livré tous ses secrets.