[Domaine Les Pailles : l’héritage d’un Smart City qui vire au scandale] 97 arpents de terres d’État, Rs 574 millions d’actifs… et un projet qui s’est effondré

  • Absence de due diligence, milliards promis jamais investis, retraits controversés, gouvernance défaillante et enquête de la FCC : le dossier Les Pailles expose une succession de décisions qui ont privé lÉtat du contrôle de lun de ses sites les plus stratégiques.

Présenté en 2015 par l’ancien régime comme l’un des plus ambitieux projets immobiliers du pays, le Smart City de Domaine Les Pailles est aujourd’hui décrit par le Premier ministre comme un cas emblématique de mauvaise gestion. Au cœur du dossier : un partenaire étranger qui n’a jamais respecté ses engagements financiers, des mécanismes de contrôle progressivement démantelés, des millions retirés des comptes de la société, des obligations contractuelles ignorées et un patrimoine public qui a échappé au contrôle de l’État. Dix ans après son lancement, le projet fait désormais l’objet d’actions en justice et d’une enquête de la ‘Financial Crimes Commission’ (FCC).

Le premier élément qui frappe est l’absence totale de vérification préalable. Selon les informations communiquées au Parlement, aucune ‘due diligence n’aurait été effectuée ni sur la société ‘Yihai International Investment Management Ltd, ni sur son propriétaire, le ressortissant chinois Li Hai, avant la signature de l’accord d’actionnaires en août 2015. Pourtant, l’État lui confiait un projet portant sur près de 97 arpents de terrain et des infrastructures publiques évalués à Rs 573,7 millions. Le partenaire privé, qui devait injecter environ Rs 1,2 milliard, n’a finalement versé que Rs440 millions, laissant une large partie de ses engagements lettre morte.

Le dossier révèle ensuite un changement majeur dans la gouvernance. Alors que toutes les dépenses devaient initialement être cosignées par un représentant de la ‘State Investment Corporation’ (SIC), une résolution adoptée en 2018 a permis à Li Hai de signer seul tous les chèques jusqu’à Rs 10 millions.

Conséquence : entre mars et mai 2022, près de Rs 107 millions ont été retirés du compte de Yihai à travers une série de chèques, dont plusieurs d’un montant de Rs 9,43 millions chacun. Un mécanisme qui a permis au principal actionnaire de vider les comptes de la société pratiquement sans contrôle.

Un projet quasiment à larrêt

Sur le terrain, le contraste est saisissant. Le projet prévoyait 135 villas, 1 029 appartements, un hôtel, une école, une clinique, des bâtiments commerciaux et un parc thématique modernisé.

Dix ans plus tard, seules quatre villas et un immeuble de 29 appartements ont été achevés. Les comptes audités n’ont plus été déposés depuis 2019, les frais de gestion dus à ‘Guibies Properties’ restent impayés, les dividendes garantis de Rs 500 millions n’ont jamais été versés à la SIC et plusieurs conditions du certificat Smart City auraient été violées.

Au-delà du retard du projet, le gouvernement met en avant un enjeu plus fondamental : la perte de contrôle sur un site stratégique. Selon le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, il ne s’agissait pas d’un simple bail, mais d’un transfert pur et simple des terrains et bâtiments à la société Yihai, désormais contrôlée majoritairement par un investisseur étranger qui n’a pas respecté ses engagements contractuels. Une situation qualifiée de particulièrement préoccupante pour un domaine historique appartenant au patrimoine national.

Le dossier bascule devant la justice

Face à l’accumulation des manquements, la SIC a engagé plusieurs procédures judiciaires afin d’empêcher la vente des villas et appartements et de limiter les droits de vote du partenaire privé. Parallèlement, ‘Guibies Properties a résilié le contrat de gestion du centre équestre, tandis que l’‘Economic Development Board (EDB) envisage désormais le retrait du certificat Smart City.

Sur le plan pénal, la FCC enquête sur des allégations de fraude, de détournement de fonds et de blanchiment d’argent visant Li Hai. Ses avoirs ainsi que ceux de Yihai ont été gelés par la Cour suprême. La SIC a également déposé sa propre plainte en mai 2026. L’enquête porte aussi sur le rôle joué par Anoop Nilamber, ancien représentant de la SIC au sein de Yihai.

Au-delà des procédures judiciaires, le dossier Domaine Les Pailles pose une interrogation politique plus large : comment un projet impliquant près de cent arpents de terres d’État et plusieurs centaines de millions de roupies d’actifs a-t-il pu être engagé sans vérification approfondie du partenaire, voir ses mécanismes de contrôle progressivement assouplis, puis accumuler autant de manquements pendant plusieurs années sans intervention décisive ? C’est précisément ce que les enquêtes en cours devront établir.