[Élections mairales] Sept femmes aux commandes des villes, une première historique

C’est une page d’histoire que Maurice a tournée cette semaine. Samedi 23 et lundi 25 mai, les conseillers municipaux des cinq villes du pays ont élu leurs nouveaux maires et adjoints aux maires. Résultat inédit depuis l’indépendance : sept femmes occupent désormais simultanément des postes de maires ou d’adjointes aux maires dans l’ensemble des mairies du pays. Une première absolue, qui tombe à point nommé en cette semaine de fête des mères —  ce dimanche 31 mai — et qui concrétise l’une des promesses de l’Alliance du Changement, celle de donner aux femmes une place plus grande dans les instances décisionnelles. De Port-Louis à Curepipe, en passant par Vacoas/Phoenix, Quatre-Bornes et Beau-Bassin/Rose Hill, elles sont désormais aux commandes. Portrait croisé.

Port-Louis

Christelle Pondard : « Une avancée politique extraordinaire »

Maire de Port-Louis, Christelle Pondard avoue avoir été agréablement surprise par sa nomination. « Je n’attendais pas cette décision, je suis très contente d’avoir été choisie », confie-t-elle, remerciant chaleureusement le Premier ministre pour la confiance placée en elle pour diriger la capitale.

Sur les sept femmes aux commandes des villes du pays, elle n’hésite pas à parler d’« avancée politique extraordinaire ». « Ça nous prouve qu’on a notre place dans la société, que les postes clés ne sont pas destinés qu’aux hommes », dit-elle, citant en écho d’autres nominations féminines récentes : une femme à la tête de la Banque de Maurice, une femme vice-Premier ministre. Une dynamique qu’elle perçoit comme un signal fort envoyé à toute une génération.

Côté priorités, la mairesse de Port-Louis place la santé publique en tête de ses préoccupations. La prolifération des rats, les maladies qui en découlent et les terrains abandonnés constituent selon elle les chantiers les plus urgents. « On a déjà commencé un travail au marché central, mais il faut aussi retrouver les propriétaires de terrains laissés à l’abandon pour les faire nettoyer », explique-t-elle.

Son message à la population est celui d’une mairesse consciente que Port-Louis est « la vitrine du pays ». « Chaque touriste qui arrive à Maurice visite la capitale. Gardons notre ville propre, pour nous protéger des maladies mais aussi pour l’image que nous renvoyons au monde. »

Mehzabeen Caramtali : « Deux femmes aux commandes de la capitale, c’est une première »

Adjointe au maire de Port-Louis, Mehzabeen Caramtali vit ce moment comme une page d’histoire. « La mairesse Christelle Pondard et moi, nous avons fait l’histoire : deux femmes aux commandes de la capitale, c’est une première », dit-elle avec fierté. Une émotion d’autant plus personnelle qu’elle la vit en tant que mère. « Je suis mère d’un jeune de 17 ans, Zain, et je sais ce que cela représente », confie-t-elle, voyant dans ces sept nominations féminines « un symbole fort de confiance, de responsabilité et de leadership ».

Pour elle, le message dépasse largement le symbole. « C’est un beau message pour la jeune génération : avec du travail, de la persévérance et des valeurs solides, les femmes ont toute leur place dans les instances décisionnelles. » Une conviction qu’elle porte aussi dans son discours de prestation de serment, où elle s’est engagée à œuvrer pour une ville « moderne, propre, inclusive et dynamique », en portant une attention particulière aux plus vulnérables — femmes victimes de violences, familles touchées par la drogue — et en renforçant les partenariats entre secteurs public et privé.

Son message à la population est celui de l’unité. « Port-Louis est une ville riche par sa diversité, son histoire et sa culture. Ensemble, nous devons préserver cette richesse », lance-t-elle, appelant chaque citoyen à s’impliquer. « Chaque geste compte, que ce soit pour préserver l’environnement, soutenir nos jeunes ou promouvoir le vivre-ensemble. Nous voulons être proches de la population, à l’écoute, et travailler dans l’intérêt de tous. »

Curepipe

Tashyana Latchmana Pillay : « Cela montre l’exemple de l’émancipation »

Mairesse de Curepipe à seulement 30 ans, Tashyana Latchmana Pillay assume ses nouvelles fonctions avec une énergie revendiquée. « Je suis très motivée et très fière », déclare-t-elle, soulignant d’emblée que la ville est désormais dirigée par trois femmes : elle-même, son adjointe Diana Ami, et la Chief Executive Mme Narsinghen. « C’est une fierté et cela montre l’exemple de l’émancipation », dit-elle, rappelant que son parti, le MMM, a toujours lutté pour cela.

Sur la coïncidence avec la fête des mères, elle ne manque pas de relief. « Une maman a beaucoup de responsabilités. À la maison, dans son ménage et avec les enfants, sa priorité, c’est que tout aille bien. C’est pareil ici : c’est le résultat final qui compte. » Elle ajoute qu’une femme « peut avoir plus de compréhension dans beaucoup de situations, envers les employés, envers les personnes qui viennent avec des doléances. L’instinct maternel va faire qu’une femme livre un peu plus. »

Côté priorités, le programme est dense pour ces 365 jours de mandat. Tashyana Latchmana Pillay veut une ville « plus propre, plus dynamique et plus sûre ». Sur la sécurité, elle a d’ores et déjà contacté le Commissaire de police dès son premier jour en poste, alertant sur les problèmes de marchands ambulants et de drogue dans le centre-ville. « Si nous n’avons pas un coup de main de la police, nous ne pourrons pas avancer », dit-elle. Pour le dynamisme, elle mise sur des journées familiales, le sport et des performances d’artistes locaux. Quant à la propreté, elle entend conjuguer action municipale — nettoyage des drains et des terrains en friche pour lutter contre la prolifération des rats — et éducation civique. « Je ne pense pas qu’on garderait notre maison sale. C’est pareil pour notre ville. »

Son message final est à son image : direct et personnel. « Je suis jeune, je suis femme, je suis maman de deux enfants et encore étudiante à l’université. Nous devons tous avoir une vision, un but, une ambition. Donnez-moi votre confiance ainsi qu’un coup de main — les deux marchent ensemble. »

Diana Ami : « Un plaisir et une fierté »

Adjointe-maire de Curepipe depuis l’an dernier, Marie Diana Ami repart pour une année supplémentaire dans ses fonctions. « C’est un plaisir et c’est une fierté », confie-t-elle, remerciant au passage le Premier ministre et les trois ministres de la circonscription « pour la confiance accordée encore une fois ». Une continuité qu’elle entend mettre à profit pour approfondir les chantiers déjà engagés.

Sur la coïncidence entre ces nominations féminines et la fête des mères, elle ne cache pas sa satisfaction. « Ça montre que la femme mauricienne a bel et bien sa place », dit-elle. « C’est un très beau cadeau qu’on fait à notre pays. » Et d’ajouter, avec conviction : « Nous les femmes, on a une vision différente, et parfois on a ce cœur de maman pour comprendre les choses différemment. » Côté priorités, Diana Ami entend s’attaquer à la prolifération des rats, un problème qui gangrène plusieurs quartiers de la ville. Mais pour elle, la solution passe autant par la sensibilisation que par l’action municipale. « C’est facile de blâmer la municipalité, mais qu’en est-il de la population elle-même ? » interpelle-t-elle, appelant les Curepipiens à ne plus transformer terrains vagues et espaces abandonnés en dépotoires sauvages. Le message est clair : la propreté de la ville est une responsabilité partagée.

Vacoas/Phoenix

Christelle Legrand, adjointe : « Une reconnaissance du travail effectué »

Investie en tant qu’adjointe au maire de Vacoas/Phoenix, Christel Legrand ne cache pas son émotion. « Ça me touche, car c’est une reconnaissance du travail effectué pendant un an », confie-t-elle. Une fierté doublée d’un sentiment de responsabilité, alors que sept femmes prennent simultanément les rênes des villes du pays — une « vraie première à Maurice », répète-t-elle, saluant un Premier ministre qui « a tenu sa promesse ».

Mère avant tout, elle voit dans cette configuration inédite bien plus qu’un symbole. « Je suis en contact avec beaucoup de femmes qui ont des idées mais aussi des doléances. Je pense que cela va nous aider à avancer. » Pour les mois à venir, elle entend poursuivre le programme d’infrastructures engagé l’année dernière, tout en y ajoutant sa propre empreinte : des cours gratuits dans les centres culturels et communautaires pour les femmes au foyer, et des activités sportives pour les jeunes, « pour qu’ils ne tombent pas dans le fléau de la drogue ».

Son message à la population est simple et direct : « Faites confiance aux femmes et aux hommes élus. Nous allons miser sur la proximité, aller sur le terrain, écouter — et travailler à partir de là. »

Quatre-Bornes


Indira Devi Narrainen-Kayala, adjointe : « Un honneur pour les femmes et les mamans »

Nouvellement investie comme adjointe au maire de Quatre-Bornes, Indira Devi Narrainen-Kayala voit dans cette nomination une reconnaissance après des années d’engagement politique. « Après toutes ces années à être fidèle, patiente et présente pour le parti, aujourd’hui je suis arrivée là où je suis », confie-t-elle avec émotion, tout en remerciant le Premier ministre pour la confiance accordée. À ses yeux, voir sept femmes accéder simultanément aux plus hautes responsabilités municipales du pays représente « un honneur pour les femmes et les mamans », particulièrement à quelques jours de la fête des mères.

Maman d’un garçon de six ans, elle reconnaît que concilier vie familiale, politique et responsabilités municipales demande une grande organisation. Pour les mois à venir, Indira Devi Narrainen-Kayala entend assurer la continuité du travail entrepris au sein de la municipalité tout en travaillant avec le nouveau maire sur les priorités de développement de la ville. Infrastructures, proximité avec les habitants et écoute des doléances figurent parmi ses principaux engagements. « Les attentes sont grandes, mais nous allons faire le maximum possible pour les citadins », assure-t-elle, se disant également ouverte aux critiques, suggestions et commentaires de la population.

Beau-Bassin/Rose-Hill

Gina Poonoosamy : « Un service à l’humanité »

Reconduite dans ses fonctions d’adjointe au maire de Beau-Bassin/Rose Hill, Gina Poonoosamy, également fondatrice de l’école Anou Grandi pour les enfants en situation de handicap, aborde ce nouveau mandat avec la même philosophie qui la guide depuis le début : le service. « Pour moi, c’est un service à l’humanité », dit-elle simplement, précisant qu’elle avait elle-même demandé à céder sa place à quelqu’un d’autre. « On m’a rechoisi et je continue de servir », confie-t-elle, avec l’attachement particulier de quelqu’un qui a grandi dans sa ville.

Sur les sept femmes aux commandes des villes du pays, elle livre une réflexion qui va bien au-delà du symbole politique. « Il est temps de reconnaître la valeur de la femme. Le CEO de la maison, c’est bien la femme », lance-t-elle avec conviction. Et d’élargir le propos : « La femme peut être mère célibataire, femme sans enfant, gérante, Première ministre, présidente, reine — l’histoire nous l’a démontré. » En cette semaine de fête des mères, elle tient à saluer toutes celles qui élèvent leurs enfants, seules ou entourées. « C’est la maman qui donne les valeurs nécessaires pour que l’enfant puisse s’épanouir dans notre société. »

Ses priorités pour les mois à venir ? Elle les résume en trois mots : « Servir, servir, servir. » Et son message aux habitants de Beau-Bassin/Rose Hill est tout aussi direct : « Soyez des citadins responsables. Ne jetez pas vos ordures n’importe où. Appelez la municipalité — il y a des services pour tout cela. »