[En attendant les élections générales du 10 novembre 2024] Un vent de changement souffle sur le pays

Avec la dissolution de l’Assemblée nationale le vendredi 4 octobre, les Mauriciens reprennent leur destin en main. Le 10 novembre prochain, 1 002 875 électeurs voteront pour un nouveau gouvernement qui dirigera le pays pour les cinq prochaines années, jusqu’en 2029 selon la Constitution du pays. Deux choix s’offrent à eux : la continuité ou le changement. L’un impliquera le maintien au pouvoir de Pravind Jugnauth et de son équipe et l’autre sera caractérisé par l’élection d’un nouveau régime, dont le prétendant principal est l’Alliance du Changement, menée par le Dr Navin Ramgoolam. Mais déjà, nombreux sont les Mauriciens et observateurs qui disent noter un vent de changement sur le pays…

Pravind Jugnauth : Trahison sur trahison

Pas de long discours. Pas de grand bilan. Dans son message de quelques minutes à la nation vendredi, Pravind Jugnauth, le visage crispé, s’est contenté de dire l’essentiel. Il a demandé à la population de voter dans l’ordre et la discipline et a enjoint la presse de jouer son rôle correctement. Le Premier ministre sortant, il faut le dire, a choisi le moment opportun pour demander au Président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale. Car la veille, il avait déjà fait une annonce qu’il pense pouvoir changer la donne en sa faveur : la reconnaissance de la souveraineté de Maurice sur les Chagos par les Britanniques. Sauf que la braderie de Diego Garcia pourrait finalement jouer contre lui. Et au SVICC dimanche dernier, il a annoncé que pension de retraite passerait à Rs 20 000 si son gouvernement est réélu. Une carte qu’il avait aussi jouée en 2014 et en 2019 respectivement. Mais nos aînés pourront ne pas mordre à cet hameçon encore, avec la perte accélérée du pouvoir d’achat dont ils ont été témoins durant ces dernières années. 

Pravind Jugnauth misera sur son bilan après 10 ans au pouvoir. Metro Express, infrastructures routières, hôpitaux publics et même Chagos… Mais ce bilan n’est pas si élogieux qu’il le prétend. En tant que Premier ministre, il est le premier responsable de la mauvaise gestion du pays, des scandales interminables, de la dilapidation des fonds publics, du massacre de la démocratie et du dysfonctionnement des institutions dénoncé sous son gouvernement, pas depuis 2019 mais depuis 2014. S’il pensait pouvoir redorer son blason en changeant ses joueurs en 2019, il a lamentablement failli, puisque le présent régime a fait pire que le précédent sur tous les plans. Cette fois-ci, le contexte est différent. Même s’il écarte de nouveau la plupart de ses pions actuels pour les remplacer par du sang neuf pour les prochaines élections, sa tâche s’avérera plus ardue, d’autant que les élections de 2019 étaient elles-mêmes teintées d’irrégularités.

Pravind Jugnauth a été personnellement secoué par des scandales, dont Angus Road et le Sniffing Gate. Qui plus est, la gestion des dossiers tombant sous la tutelle du Prime Minister’s Office (PMO) laisse grandement à désirer. Le law and order est chaotique, la corruption galopante alors que la drogue est plus que jamais ravageuse, malgré l’intention affichée du Premier ministre de « kas le rein trafiquants », comme en témoigne l’affaire Franklin, tractopelle et l’arrestation du « zenfan lakaz » du PMO, sans compter les cas de planting devenus monnaie courante. Sur le plan de la démocratie, l’institution de la ‘Financial Crimes Commission’ (FCC), les attaques frontales du bureau du Commissaire de police contre celui du DPP et la façon dont les travaux de l’Assemblée nationale étaient menés principalement par l’ex-Speaker Sooroojdev Phokeer prouvent que notre démocratie ne tient qu’à un fil, comme le souligne le rapport V-Dem.

En tant que chef du gouvernement, il laisse également un bilan douteux, ayant toléré la plupart des scandales ayant éclaboussé ses ministres. Le plus grand scandale reste incontestablement les Emergency Procurements survenus durant la pandémie Covid-19. Hyperpharm, Pack & Blister, Bo Digital, contrats aux quincailleries, bijouteries et amie d’enfance… Le peuple n’oubliera pas de sitôt comment les caisses de l’État ont été vidées au profit des proches du régime pendant qu’il était lui-même confiné. La mort des 11 dialysés restera aussi gravée dans nos mémoires, le rapport du Fact Finding Committee n’étant jamais rendu public. À cette liste s’ajoutent aussi le Saint-Louis Gate dont on ne connait toujours pas le sort réservé à Ivan Collendavelloo malgré sa révocation il y a plus de quatre ans, le Stag Party, la révocation de l’ex-ministre Vikram Hurdoyal dont on ignore toujours les raisons, le renvoi des élections municipales à trois reprises, la promesse non-tenue de l’eau 24/7, les problèmes d’inondations récurrents malgré des investissements colossaux, la dépréciation et la dévaluation de la roupie… Bref, la liste est longue.

Malgré les récents développements, le dossier Chagos, avec la vente de Diego Garcia, laisse un goût extrêmement amer. Le meurtre Kistnen, principal agent du MSM dans la circonscription du Premier ministre au no. 8, reste cependant le plus grand point noir du bilan de Pravind Jugnauth.

Hors-texte

L’alliance Lepep (bis) finalisée

Une photo postée par Pravind Jugnauth sur sa page Facebook le montre en compagnie de ses autres partenaires, dont Xavier Duval, Steven Obeegadoo, Alan Ganoo et Ivan Collendavelloo. Elle est accompagnée des hashtags « Ansam » et « lalliancelepep ». Ce qui dévoile enfin l’alliance entre le gouvernement sortant et le PMSD. Tout laisse croire que cette nouvelle alliance sera baptisée l’Alliance Lepep. Ce qui a un air de déjà-vu, le gouvernement dont faisait partie le PMSD en 2014 étant également connue comme l’Alliance Lepep.