[Enquête sur la mort de Jacquelin Juliette] La recevabilité des « Moutass Leaks » au centre des débats

L’enquête judiciaire sur la mort de Steve Jacquelin Juliette, 36 ans, a pris des allures de confrontation ce vendredi 22 août au tribunal de Pamplemousses. Alors que la magistrate Neela Ramdewor-Naugah doit décider le 18 septembre si les fameux Moutass Leaks peuvent être admis comme preuve, les débats ont révélé des contradictions troublantes et une bataille juridique sans merci.

Un témoin clé sous pression

Pendant plus de trois heures, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, chef du département médico-légal de la police, a dû répondre aux questions du représentant du DPP, Me Nataraj Muneesamy. Selon le médecin, Jacquelin Juliette n’est pas mort des suites de brutalités policières mais d’une grave pathologie cardiaque : une occlusion de 95 % des artères coronaires, aggravée par une ancienne crise cardiaque. Pourtant, il a reconnu avoir constaté quatre blessures récentes sur le corps, situées aux jambes et au dos, des lésions « pas fraîches » mais qui restent difficiles à expliquer dans le cadre d’une simple défaillance cardiaque.

L’affaire s’est corsée lorsqu’on lui a rappelé un appel de 43 secondes, le jour même de l’autopsie, avec un numéro attribué à l’ancien commissaire de police Anil Kumar Dip. Le médecin a répondu qu’il ne s’en souvenait pas, tout en admettant qu’un tel échange pouvait avoir eu lieu. Sa ligne de défense : il ne reçoit « d’instructions de personne ».

Les ‘Moutass Leaks’ divisent la cour

Mais c’est l’entrée en scène des enregistrements dits Moutass Leaks qui a électrisé l’audience. Ces audios, attribués à Anil Kumar Dip et au Dr Gungadin, laissent entendre qu’il y aurait eu une tentative de dissimulation sur la cause du décès.

La défense est montée au créneau. Me Shailesh Seebaruth, représentant le médecin légiste, a dénoncé une violation des règles de recevabilité, rappelant que tout enregistrement doit être authentifié. Me Ivan Collendavelloo, aux côtés de l’ex-CP, est allé plus loin, citant un précédent de la Cour suprême pour affirmer que diffuser ces audios sans preuve de leur origine porterait gravement atteinte aux droits de son client.

La poursuite, elle, estime que la question de l’authenticité ne doit pas éclipser le contenu. Me Muneesamy a martelé que ces bandes avaient déjà été entendues en cour et pouvaient éclairer les zones d’ombre de ce dossier sensible.

Une décision cruciale attendue

À la sortie de la salle, Me Rama Valayden, avocat de la famille Juliette, a haussé le ton : « Nous attendons ce ruling avec impatience », a-t-il lancé, persuadé que cette décision aura un poids décisif sur la suite du dossier.

L’audience a finalement été suspendue. Le 18 septembre, la magistrate dira si les Moutass Leaks — explosifs pour certains, irrecevables pour d’autres — feront partie ou non de l’enquête. En attendant, l’ancien commissaire de police Anil Kumar Dip, convoqué par assignation, n’a toujours pas été entendu.