[Entre la FCC et le CCID] Le MSM rattrapé par ses dossiers

Pravind Jugnauth, Maneesh Gobin et Alan Ganoo sont convoqués par la FCC. Deepak Balgobin a, lui, été entendu par le CCID vendredi. En quelques jours, quatre figures de l’ancien gouvernement MSM se retrouvent face aux enquêteurs dans deux affaires distinctes. Le parti crie à la persécution politique. Les institutions, elles, suivent les dossiers et disent travailler en toute indépendance.

Pravind Jugnauth, Maneesh Gobin, Alan Ganoo et Deepak Balgobin. Il y a encore peu, tout ce beau monde occupait des maroquins ministériels au sommet de l’État. Aujourd’hui, ils doivent s’expliquer devant la ‘Financial Crimes Commission’ (FCC) ou la police. Même si une convocation n’est pas encore une condamnation, elle n’est pas non plus un incident anodin : elle signifie que des décisions prises sous leur gouvernement appellent désormais des réponses.

Pravind Jugnauth, Maneesh Gobin et Alan Ganoo ont été convoqués par la FCC dans l’affaire MMG. Deepak Balgobin, lui, a été entendu par le CCID comme témoin, et non « under warning » comme il a tenu à le préciser, dans une enquête distincte sur les équipements d’écoute téléphonique. Les dossiers de l’ancien régime remontent désormais jusqu’à ses principaux responsables.

MMG : l’épineux dossier de Rs 30 milliards

Dans l’affaire MMG, l’enquête porte sur l’attribution par la « State Trading Corporation » (STC), en 2023, d’un contrat d’approvisionnement en produits pétroliers estimé à Rs 30 milliards. Selon la FCC, l’évolution des investigations et les éléments recueillis au fil des auditions l’ont conduite à examiner le rôle présumé de plusieurs anciens responsables gouvernementaux dans le processus d’attribution.

Pravind Jugnauth, alors Premier ministre, Maneesh Gobin, ancien Attorney General, et Alan Ganoo, ancien ministre du Transport, ont ainsi reçu leur convocation le 20 juillet. Ils devaient être entendus le 23 juillet. Ce sont leurs représentants légaux qui ont informé la Commission, la veille, de leur indisponibilité et demandé que les auditions soient reportées à la semaine suivante. Le « timing suspect » dénoncé par le MSM se heurte donc à un fait simple : une partie du calendrier a été déplacée à la demande de ses propres hommes de loi.

L’enquête ne date d’ailleurs pas d’hier. La FCC affirme avoir déjà entendu 53 personnes, comme témoins ou suspects, dans un dossier comportant des ramifications internationales. Renganaden Padayachy et Soodesh Callichurn, respectivement anciens ministres des Finances et du Commerce, avaient été arrêtés en juin sous une accusation provisoire liée à l’usage allégué de leurs fonctions pour favoriser MMG. Ce qui montrent que l’enquête suit une chaîne de responsabilités et ne surgit pas au gré d’un meeting politique, comme veut le faire croire le MSM.

Le MSM préfère pourtant déplacer le procès. Dans un communiqué publié le 24 juillet, le parti s’interroge sur de présumées fuites dans la presse et demande si la FCC mène une enquête ou une opération de communication. Il invoque même l’impopularité supposée du gouvernement pour nourrir la thèse d’un agenda partisan. C’est une ligne de défense commode : plutôt que de répondre sur le fond du contrat, on attaque le calendrier, les médias et l’institution.

La FCC avait pourtant déjà posé les faits dans son communiqué du 23 juillet. Elle rejette « avec la plus grande fermeté » toute accusation de calcul politique, affirme agir en toute indépendance et explique que la période des auditions découle à la fois de la progression de l’enquête et du report sollicité par les avocats. Le MSM est en droit de demander des explications sur toute fuite éventuelle. Mais il ne peut transformer l’institution entière en accusée pour éviter la question centrale : comment et pourquoi ce marché de Rs 30 milliards a-t-il été attribué ?

Écoutes : Deepak Balgobin entendu comme témoin

À l’autre bout de cette valse institutionnelle, Deepak Balgobin s’est présenté vendredi matin aux Casernes centrales. L’ancien ministre des Technologies a été entendu par le CCID comme témoin dans l’enquête sur les équipements d’écoute téléphonique. Les enquêteurs cherchent notamment à établir qui a autorisé l’acquisition de ces équipements et si les procédures réglementaires ont été respectées lors de leur achat et de leur utilisation.

À sa sortie, Deepak Balgobin a indiqué avoir fourni des informations sur une loi introduite lorsqu’il dirigeait le ministère des TIC. Il a ensuite trouvé « drôle » que sa convocation coïncide avec la préparation d’un meeting du MSM à Flacq, oubliant qu’un meeting politique n’accorde aucune immunité de calendrier. Les institutions ne peuvent suspendre leur travail chaque fois qu’un ancien parti au pouvoir monte une estrade.

L’affaire est lourde. Le 4 février 2025, le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, avait déclaré à l’Assemblée nationale, en se fondant sur les conclusions préliminaires d’experts internationaux, que plus de 110 millions de dollars avaient été consacrés au système et que la société PertSol aurait reçu environ 7,5 millions de dollars par an pour sa maintenance. Il avait aussi décrit un dispositif capable d’intercepter et d’enregistrer des communications à grande échelle. Ce sont précisément des affirmations aussi graves que l’enquête policière doit confirmer, préciser ou écarter.

Les institutions ne sont pas au banc des accusés

Juridiquement, les responsabilités de chacun restent à établir. Politiquement, l’ancien pouvoir ne peut faire comme si ces décisions avaient été prises ailleurs. Le MSM a dirigé le pays pendant dix ans ; ses ministres ont porté les lois, supervisé les organismes publics et défendu les contrats. On ne peut revendiquer les réalisations quand les rubans sont coupés, puis devenir spectateur lorsque les comptes sont demandés.

C’est là la faute politique du MSM : avoir gouverné dans l’opacité sur des dossiers majeurs, puis crier à la persécution lorsque les institutions tentent d’en reconstituer le processus. Le parti peut défendre ses dirigeants, contester les procédures et exiger le respect de la présomption d’innocence. Il ne peut délégitimer les enquêteurs parce que les questions remontent désormais jusqu’au sommet de l’ancien régime.

La FCC et la police ne font, à ce stade, que leur travail : enquêter, entendre et confronter les versions, avant que la justice décide. Celle-ci ne se rend ni au Sun Trust ni dans les meetings. Personne ne doit annoncer une culpabilité avant le procès, ni intimider les institutions. Le MSM peut crier au complot. Les dossiers, eux, réclament des réponses.