[Extension de l’AGOA] Une bouffée d’oxygène pour les exportations mauriciennes

La Chambre des représentants des États-Unis a approuvé, le 1er septembre 2026, l’extension de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028. Le texte, déjà adopté par le Sénat américain le 8 août dernier, attend désormais la signature du président des États-Unis pour entrer pleinement en vigueur.

Dans un communiqué publié le 2 septembre, le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international salue une décision porteuse d’avantages concrets pour Maurice et l’ensemble de l’Afrique subsaharienne éligible au dispositif. Le principal bénéfice mis en avant est celui de la prévisibilité : en sécurisant l’accès préférentiel au marché américain jusqu’en 2028, l’extension permet aux entreprises exportatrices et à leurs partenaires américains de prendre des décisions d’investissement et d’approvisionnement avec davantage de certitude, à un moment où le commerce mondial reste marqué par une concurrence exacerbée et de fortes incertitudes tarifaires.

L’industrie textile mauricienne compte parmi les principales bénéficiaires de cette prolongation, notamment grâce à une disposition spécifique connue sous le nom de Third Country Fabric (TCF). Ce mécanisme donne aux fabricants la possibilité de s’approvisionner en tissus auprès de fournisseurs extérieurs à Maurice tout en exportant leurs vêtements finis vers les États-Unis, sans perdre l’avantage douanier lié à l’AGOA — un montage qui reste toutefois soumis à un encadrement précis. Sa reconduction jusqu’en 2028, inscrite dans le texte voté par le Congrès, écarte pour la filière de l’habillement le risque d’une rupture brutale de cet avantage, à condition que le président américain appose sa signature.

Sur le terrain, cette prolongation se traduit déjà par des signes encourageants, selon Lilowtee Rajmun-Jooseery, directrice de la Mauritius Export Association (MEXA). « On a déjà commencé à voir les clients retourner vers la région. Un très bon signe », observe-t-elle. Elle rappelle par ailleurs que 2026 aura été marquée par une double bonne nouvelle pour les exportateurs mauriciens : outre l’extension de l’AGOA, qui garantit un accès sans droit de douane au marché américain, Maurice n’a fait l’objet d’aucun tarif douanier supplémentaire lors du renouvellement des tarifs américains décidé par l’administration Trump en juin dernier.

Le ministère rappelle par ailleurs que Maurice n’est pas restée passive dans ce dossier. Le pays a adressé deux soumissions officielles au bureau du Représentant américain au Commerce (USTR), en mai puis en juillet 2026, pour plaider en faveur du renouvellement de l’AGOA, en insistant sur son importance pour le bien-être socio-économique de Maurice et de la région.

Entré en vigueur en mai 2000, l’AGOA constitue depuis plus de vingt ans un levier majeur pour les exportations africaines vers les États-Unis, en accordant aux pays bénéficiaires d’Afrique subsaharienne un accès préférentiel, notamment hors droits de douane, à une large gamme de produits. Le dispositif demeure, selon le ministère, une pierre angulaire de l’engagement commercial entre les deux continents.

Autre atout souligné par le communiqué : le calendrier. L’extension jusqu’en 2028 intervient à un moment jugé particulièrement opportun, alors que Maurice s’apprête à accueillir, du 6 au 9 décembre prochain, la 18ème édition du U.S.-Africa Business Summit. Cet événement devrait offrir une plateforme supplémentaire pour approfondir les relations commerciales et d’investissement entre l’Afrique et les États-Unis, et ainsi maximiser les retombées de l’AGOA pour les opérateurs économiques mauriciens.

Le gouvernement mauricien réaffirme, à travers ce communiqué, son engagement à consolider les échanges bilatéraux avec les États-Unis, à exploiter pleinement les opportunités offertes par l’AGOA et à promouvoir la diversification des exportations, au bénéfice des entreprises et des travailleurs du pays.

Ibrahim Malleck, économiste, plaide pour un véritable moteur de croissance

Pour l’économiste Ibrahim Malleck, cette extension arrive à point nommé dans un contexte commercial mondial de plus en plus instable. « Nous avons de la chance que ça ait été reconduit », affirme-t-il, citant en exemple les tensions actuelles entre les États-Unis et le Canada — « une guerre ouverte commerciale, à des extrêmes qu’on n’a jamais vus », selon ses termes. Dans ce climat tendu, souligne-t-il, « nous avons réussi à sauvegarder ces préférences ».

L’économiste y voit surtout une fenêtre stratégique bienvenue pour le pays. « Cela nous donne le temps de faire des planifications », estime-t-il, un délai que Maurice devrait mettre à profit pour diversifier ses marchés d’exportation au-delà des seuls États-Unis. Il rappelle à cet égard le poids déjà significatif de ce marché pour l’économie mauricienne : les exportations vers les États-Unis, notamment portées par les animaux vivants destinés aux secteurs pharmaceutique et médical, représentent aujourd’hui environ 8 à 10 % des exportations totales de biens de Maurice, soit près de Rs 8 à 10 milliards en 2025.

Ibrahim Malleck replace également cette avancée dans une perspective historique. Il rappelle que Maurice a toujours bénéficié de préférences commerciales sur ses marchés d’exportation, des accords de Lomé pour le sucre dans les années 1970 au Multifibre Arrangement pour le textile, et aujourd’hui l’AGOA — une continuité qu’il juge logique pour « un petit pays exportateur comme nous, très loin des marchés d’exportation comme l’Europe ». Il insiste toutefois sur le fait que le véritable moteur de croissance à long terme reste entre les mains de Maurice elle-même : « Ce qui va vraiment nous aider, c’est l’efficience dans notre production et la compétitivité, qui va nous rendre plus attrayants pour nos acheteurs potentiels. »

Sur le U.S.-Africa Business Summit que Maurice accueillera en décembre, l’économiste y voit une occasion précieuse d’élargir encore les horizons commerciaux du pays. « C’est une bonne occasion pour parler commerce, pour parler coopération », estime-t-il, rappelant que le marché américain, avec sa population de plus de 300 millions de personnes, représente un vaste potentiel encore largement inexploité par les entreprises mauriciennes. Il entrevoit notamment des perspectives autour de l’export de produits à plus forte valeur ajoutée, une piste qui pourrait renforcer les compétences locales et créer de nouveaux débouchés pour les jeunes Mauriciens. Selon lui, l’objectif devrait être de faire grimper la part du marché américain dans les exportations totales de Maurice, aujourd’hui autour de 10 %, à 15 % : « Si on peut pousser ces 8 à 10 % à 15 % et augmenter nos influx en dollars, ce serait une grande victoire. »