Faites attention à la médisance

Dans notre petit pays, les musulmans sont en général très conscients des péchés majeurs comme le Shirk, l’adultère, le vol et la consommation de boissons alcoolisées. Et il y a certains péchés qui sont parfois minimisés ou sous-estimés par nos coreligionnaires. L’un des péchés graves qui est souvent sous-estimé est la médisance, le Ghibat. Certaines mauvaises langues nous diront même que l’activité « faire palabre » est possiblement l’un des sports favoris des Mauriciens.

Pour éviter de commettre la médisance, il nous faut avant tout nous programmer à toujours souhaiter le bien à son prochain. Il ne faut jamais nourrir des pensées malsaines à l’égard de qui que ce soit ni lui causer du tort. La jalousie et l’envie envers les autres infligent une blessure profonde à l’âme d’autrui. C’est un acte de destruction silencieuse qui ronge le tissu social et éthique de la communauté musulmane. Chaque mot prononcé en l’absence de quelqu’un peut être un coup porté à son honneur, une atteinte à sa dignité qui résonne bien au-delà du moment présent. Et très souvent, les personnes médisantes portent ces accusations sans aucune preuve concrète. Certains vont même inventer des mensonges pour nuire à la réputation de l’autre personne.

Le Qu’raan utilise une métaphore terrifiante pour décrire l’horreur de la médisance, une métaphore qui transperce le cœur des croyants. Dans la Sourate Al-Hujurat, Allah interroge : « L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? » Cette comparaison assimile donc la médisance à un acte de cannibalisme spirituel, où l’on consume littéralement l’honneur et la réputation de son prochain.

Un Hadith rapporté par Hazrat Anas ibn Malik (R.A.) décrit explicitement cette vision : des personnes se mutilant elles-mêmes, représentant ceux qui ont fait du mal par leurs paroles. Hazrat Jibril (A.S.) expliqua au Prophète (pssl) que ces âmes sont celles qui « mangeaient la chair des autres et portaient atteinte à leur honneur ».

Médire dépasse la simple critique. Il s’agit d’une atteinte à l’intégrité spirituelle qui va bien au-delà des mots prononcés. ‘Amr ibn Al-’As allait jusqu’à affirmer qu’il valait mieux manger la chair d’une charogne que de médire d’un musulman. Un témoignage qui souligne le dégoût profond que l’Islam nourrit envers cette pratique.

Dans un Hadith très célèbre, le Prophète (pssl) a averti les musulmans quand il a dit : « Savez-vous qui est le plus pauvre (Muflis) ou le plus ruiné, au Jour du Jugement ? » Et il expliqua que ce sera un croyant qui arrivera avec beaucoup de Salaat, de jeûnes, d’aumônes et de Hajjs, mais cette personne avait transgressé les droits des autres sur terre : elle a insulté ou calomnié (déshonoré) untel. Elle a volé ou consommé illégalement l’argent d’un autre. Elle a versé le sang ou frappé injustement. Alors, ceci va lui arriver :

Ses bonnes actions (prières, jeûnes, aumônes) seront données à ses victimes pour réparer le tort causé.

Si ses bonnes actions s’épuisent avant que tous ses torts ne soient réparés, les péchés de ses victimes seront transférés sur lui.

Une fois déchargé de ses bonnes actions et chargé des péchés des autres, il sera jeté en Enfer.

Ce Hadith n’a pas pour but de nous terroriser, mais plutôt d’éveiller les consciences sur le poids de chacune de nos paroles, car une mauvaise utilisation de la langue peut causer des dégâts considérables.

Il n’est pas trop tard pour nous ressaisir. Allah offre l’opportunité à Ses serviteurs de se repentir de leurs péchés, peu importe leur nature. Si nous savons pertinemment que nous avons abusé de quelqu’un, la moindre des choses, c’est d’offrir des excuses sincères et de rechercher le pardon de ces gens. Il ne faut plus jamais recommencer ces vilaines habitudes.

Beaucoup de muftis autoproclamés s’amusent à calomnier des gens sur Internet, car ils voient Shirk ou Bi’dat partout. Ils doivent savoir que leurs fausses accusations se retourneront contre eux-mêmes. Quand on n’a pas l’éducation islamique complète, il ne faut jamais faire de commentaires sur ce qu’on ne maîtrise pas. Il vaut mieux garder le silence si on ne sait pas. Qu’Allah nous donne Tawfeek pour mettre en pratique.

Abdus Saboor Mohamed Saleh