Grandes enquêtes, réformes et dossiers sensibles : l’année judiciaire s’annonce décisive

De grandes enquêtes déjà engagées se poursuivront en 2026, après une année 2025 marquée par plusieurs dossiers retentissants ayant occupé le devant de la scène judiciaire et politique. Parmi eux, l’enquête ayant conduit à l’arrestation de l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth demeure l’une des plus marquantes. Le 15 février 2025, ce dernier avait été interpellé dans le cadre d’une enquête menée par la Financial Crimes Commission, à la suite de la saisie de 114 millions de roupies en devises étrangères sur l’homme d’affaires Josian Deelawon, dans le nord du pays. Lors de son arrestation, ce dernier avait allégué que l’argent lui aurait été remis par Pravind Jugnauth, par l’intermédiaire d’une tierce personne.

Bientôt un an après cet épisode, l’enquête se poursuit. Selon des sources proches de la FCC, les investigations devraient être bouclées au cours de cette année, avant que le dossier ne soit transmis au bureau du Directeur des poursuites publiques. Plusieurs étapes d’enquête ont déjà été franchies, incluant des auditions, des vérifications financières et l’analyse de flux monétaires. Ce dossier reste suivi de près, compte tenu de l’importance des montants en jeu et du profil des personnes concernées.

Parallèlement, d’autres affaires d’envergure, ouvertes ou relancées en 2025, devraient connaître des développements significatifs en 2026. L’affaire dite « Reward Money » figure parmi les dossiers les plus emblématiques. Cette enquête avait notamment conduit à l’arrestation de l’ancien commissaire de police, Anil Kumar Dip, ainsi que de l’ex-patron de la Special Striking Team, le surintendant Ashik Jagai. Une dizaine de suspects avaient été interpellés dans le cadre de cette affaire, tandis que près d’une cinquantaine de témoins avaient été entendus par les enquêteurs. Les investigations avaient porté sur l’attribution et l’utilisation de fonds liés à des récompenses policières, donnant lieu à de multiples interrogatoires et saisies de documents.

Toujours sur le volet des enquêtes impliquant d’anciens hauts responsables, les investigations concernant les anciens ministres Renganaden Padayachy et Maneesh Gobin figurent également parmi les dossiers appelés à aboutir en 2026. Ces enquêtes, menées par différentes unités spécialisées, portent sur des décisions et des transactions remontant à leurs périodes respectives d’exercice ministériel. Les autorités judiciaires poursuivent leurs travaux, avec l’audition de témoins et l’examen de pièces financières et administratives.

Un autre dossier sensible, celui de Ravatomanga, reste également à l’agenda des enquêteurs. Les investigations se poursuivent afin de faire la lumière sur les faits reprochés et les circuits financiers concernés. Ce dossier s’inscrit dans un ensemble plus large d’enquêtes financières menées par les autorités, dans un contexte de renforcement des mécanismes de lutte contre la criminalité économique.

Dans le même temps, les Casernes centrales intensifient leurs efforts pour faire progresser l’enquête sur l’affaire Kistnen. Ce dossier, qui avait suscité une vive émotion et de nombreuses interrogations, continue de mobiliser les enquêteurs. De nouveaux éléments sont analysés, et plusieurs pistes restent explorées dans le but de faire avancer l’enquête et d’établir les responsabilités.

Deux autres enquêtes d’envergure devraient, quant à elles, aboutir en 2026. Il s’agit du dossier Menlo Park, dans lequel l’ancien ministre des Finances avait été arrêté par la FCC, ainsi que de l’enquête menée par l’Anti Money Laundering Unit du Central CID concernant les prêts accordés par la Mauritius Investment Corporation. Cette dernière porte sur les conditions d’octroi de financements à certaines entreprises, avec un examen approfondi des procédures, des décisions prises et des bénéficiaires.

Au-delà des enquêtes en cours, l’année 2026 devrait également être marquée par des évolutions institutionnelles majeures. La création de la National Crime Agency figure parmi les priorités annoncées. Cette nouvelle entité sera placée sous la direction d’un expert étranger, chargé de piloter les grandes enquêtes sensibles et de coordonner les actions des différentes unités spécialisées. L’objectif affiché est de renforcer les capacités d’enquête et d’améliorer l’efficacité dans le traitement des dossiers complexes.

Des réformes importantes sont également attendues au sein de la force policière. Le Police and Criminal Justice Bill devrait être présenté à l’Assemblée nationale au cours de l’année. Ce projet de loi prévoit notamment l’abolition du système d’accusations provisoires, une mesure qui entraînerait des changements significatifs dans les procédures pénales. D’autres dispositions visent à moderniser le cadre légal encadrant les enquêtes, les arrestations et les poursuites, dans un contexte de réforme plus large du système de justice pénale.

Ainsi, entre la poursuite de grandes enquêtes ouvertes ces dernières années et la mise en place de nouvelles structures institutionnelles, l’année 2026 s’annonce chargée pour les autorités judiciaires et policières. Plusieurs dossiers très suivis devraient connaître des avancées décisives, tandis que les réformes annoncées pourraient redéfinir le fonctionnement des institutions chargées de faire respecter la loi.