Le Premier ministre a consacré mardi un long développement à l’Assemblée nationale aux répercussions du conflit au Moyen-Orient sur l’économie mauricienne, détaillant les mesures d’urgence engagées sur plusieurs fronts.
« Dès le premier jour, il était évident que cette guerre allait créer des turbulences mondiales aux répercussions économiques dévastatrices, particulièrement pour des pays très vulnérables comme Maurice », a déclaré le Premier ministre. Pour une petite économie ouverte, importatrice nette d’énergie et de denrées alimentaires, le choc est considérable. Le gouvernement a mobilisé un Comité de coordination macroéconomique — regroupant le bureau du Premier ministre, le ministère des Finances, la Banque de Maurice, Statistics Mauritius et l’Economic Development Board — pour évaluer l’impact du conflit selon différents scénarios.
Les projections sont préoccupantes. La croissance du PIB, initialement attendue à 3,4 % pour 2026, pourrait reculer à 3,2 % en cas de résolution rapide du conflit, et tomber sous les 3 % si les hostilités se prolongent. L’inflation, estimée à 4 % en début d’année, « pourrait grimper jusqu’à 6 %, selon l’évolution des prix mondiaux du pétrole et des autres matières premières ». Le déficit du compte courant pourrait se creuser de 4,8 % à environ 6 % du PIB. Combiné au manque à gagner de 10 milliards de roupies lié au retard de ratification du traité sur les Chagos, « le déficit budgétaire pourrait s’alourdir jusqu’à 2 % du PIB supplémentaires ».
Le tourisme figure parmi les secteurs les plus exposés. Les arrivées touristiques, projetées à 1,45 million pour 2026, « dépendront de la sévérité et de la durée du conflit », a averti le Premier ministre. Pour amortir le choc, Air Mauritius ouvrira des vols supplémentaires vers Paris — un en mars, trois en avril — représentant plus de 2 300 sièges additionnels. La Banque de Maurice intervient par ailleurs sur le marché des changes pour contenir les pressions sur la roupie.
Sur le plan consulaire, 228 ressortissants mauriciens ont contacté le ministère des Affaires étrangères via la cellule de crise mise en place dès janvier 2026. « Nous devions agir rapidement, et nous l’avons fait », a souligné le Premier ministre. Des alertes aux voyageurs ont été émises les 28 février et 9 mars 2026, déconseillant tout déplacement non essentiel en Iran et dans les pays du Golfe. Au total, plusieurs dizaines de Mauriciens ont été rapatriés : 20 pèlerins ont quitté Djeddah le 2 mars, 39 autres sont rentrés via Nairobi le lendemain. À la demande personnelle du Premier ministre, Emirates a affrété trois vols spéciaux sur la liaison Dubaï-Maurice entre le 5 et le 7 mars, permettant le retour d’environ 80 % des 72 Mauriciens enregistrés à Dubaï. Un ressortissant en Iran a été acheminé via la Turquie, un autre en Israël évacué grâce au concours des autorités indiennes via la Jordanie.
Sur le front pétrolier, le prix du baril de Brent a bondi de 60 dollars environ en début d’année à près de 100 dollars actuellement. Malgré cette pression, les prix à la pompe sont restés stables à Maurice. Au 16 mars, les réserves nationales s’établissaient à environ 13 jours de stocks d’essence, 23 jours de diesel, 21 jours de Jet A1 et 17 jours de fioul marin, avec des livraisons programmées en mars et avril. Pour sécuriser l’approvisionnement à long terme, le Premier ministre a annoncé un accord avec New Delhi pour l’achat direct de produits pétroliers via Indian Oil Corporation, « afin d’éliminer les coûts supplémentaires liés aux intermédiaires inutiles ». Il a imputé au gouvernement précédent la rupture d’un accord similaire avec la Mangalore Refinery avant 2014, dénonçant « une action unilatérale et irresponsable ».
Sur le front alimentaire, les prix internationaux des matières premières ont progressé de 1 à 3 % depuis le début du conflit. Le gouvernement maintient un dispositif de contrôle des prix portant sur 30 produits sous régime de marge maximale et 13 denrées essentielles à prix fixes réglementés. Un Fonds de stabilisation des prix doté de 10 milliards de roupies assure des subventions ciblées sur les produits de première nécessité. Le ministère de la Santé dispose d’un stock tampon de médicaments couvrant au moins six mois.
« La situation actuelle va peser sur nos prévisions budgétaires et réduire encore notre marge de manœuvre », a reconnu le Premier ministre, qui a néanmoins assuré que le gouvernement se tient « prêt à réagir rapidement et à ajuster son orientation afin de préserver la stabilité macroéconomique, soutenir la croissance et protéger le pouvoir d’achat des Mauriciens ».
HORS TEXTES
Chagos : le retard de ratification creuse le déficit mauricien de 1,3 % du PIB
Le Premier ministre a reconnu mardi devant l’Assemblée nationale qu’un manque à gagner de Rs 10 milliards pèse sur les finances publiques, en raison du blocage britannique sur le traité.
Le 22 mai 2025, Maurice et le Royaume-Uni ont signé un accord sur l’archipel des Chagos, par lequel Londres reconnaît la souveraineté mauricienne sur l’ensemble de l’archipel, y compris Diego Garcia. En contrepartie, Maurice autorise le Royaume-Uni à continuer d’opérer sa base militaire sur l’île.
Mais pour entrer en vigueur, ce traité doit être ratifié par les deux parties. Or le Parlement britannique n’a pas encore adopté le projet de loi nécessaire à cette ratification. Résultat : aucun versement financier prévu par l’accord ne peut être effectué.
Le gouvernement mauricien avait inscrit Rs 10 milliards de recettes dans le budget 2025-2026, en anticipant une ratification dans les délais. Ce pari n’ayant pas été tenu, le manque à gagner est désormais certain pour cet exercice fiscal. Le Premier ministre a indiqué que le déficit budgétaire s’en trouvera alourdi d’autant, soit l’équivalent de 1,3 % du PIB, entraînant mécaniquement une hausse de la dette publique du même ordre. La balance des paiements subira également des pressions supplémentaires sur le marché des changes.
Face à ce déséquilibre, le ministère des Finances a engagé plusieurs mesures : resserrement du contrôle des dépenses courantes, répriorisation des projets d’investissement au profit des plus structurants, encadrement renforcé des organismes publics et optimisation des liquidités disponibles dans le secteur public afin de limiter les nouveaux emprunts.
Navin Ramgoolam a conclu en exprimant l’espoir d’une ratification « dans les meilleurs délais » par le Royaume-Uni.
Encadrement et transparence : la police mauricienne modernise son arsenal
Le Premier ministre a également fait le point sur la modernisation des équipements de la police, en réponse à une question parlementaire sur les tasers, les caméras corporelles et les caméras embarquées.
Un comité technique mis en place par le commissaire de police planche depuis plusieurs mois sur l’introduction de nouveaux équipements au sein de la Police Force. Les travaux avancent sur trois fronts distincts.
Le comité technique a recommandé l’introduction de tasers pour les agents en première ligne, présentés comme une alternative moins létale aux armes à feu. Les travaux portent désormais sur l’élaboration des directives opérationnelles et du cadre légal nécessaires à leur déploiement. Le nombre d’unités à acquérir et le calendrier précis n’ont pas encore été communiqués.
Plutôt que d’acquérir des caméras dédiées, la police a opté pour des radios multimédia intégrant une fonction caméra, utilisées en guise de caméras-piétons. Un programme de formation a déjà permis de former 250 agents issus de différentes unités. D’ici la fin du mois de mars, ces équipements devraient être déployés auprès des policiers les plus exposés aux agressions et aux incidents susceptibles de donner lieu à des plaintes.
Les procédures opérationnelles standard encadrant leur usage sont en voie de finalisation.
Le système de radiocommunication à bord des véhicules de police sera prochainement mis à niveau pour inclure des caméras avec capacité d’enregistrement vidéo. Le projet est décrit comme étant en phase de finalisation, sans qu’une date précise ait été avancée.
Drogues synthétiques : 822 consommateurs et 910 dealers ou trafiquants arrêtés en dix-huit mois
Le Premier ministre a livré un bilan chiffré de la lutte contre les drogues synthétiques, couvrant la période de septembre 2024 à mars 2026. En dix-huit mois, la police a arrêté 822 consommateurs de drogues synthétiques. Les zones les plus touchées sont le Haut-Plaines Wilhems, Grand Port et le Nord de Port-Louis.
Du côté des revendeurs, le bilan est de 879 dealers et 31 trafiquants interpellés sur la même période. La distinction entre les deux catégories repose sur la valeur marchande des produits saisis : en dessous d’un million de roupies, le suspect est qualifié de dealer ; au-delà, de trafiquant.
Concernant les laboratoires clandestins, la police a perquisitionné plusieurs locaux où du matériel utilisé pour mélanger des dérivés chimiques et fabriquer des drogues synthétiques a été saisi. Aucun chiffre précis sur le nombre de sites démantelés n’a cependant été communiqué.
Eau à Rodrigues : Rs 310 millions déboursés sur un milliard promis
Le Premier ministre a détaillé mardi l’état d’avancement du financement des infrastructures hydrauliques de Rodrigues, en réponse à une question parlementaire.
La Mauritius Investment Corporation Ltd (MIC) a accepté d’allouer un milliard de roupies au développement du secteur de l’eau à Rodrigues, bien que cela sorte de son mandat habituel, orienté vers le rendement sur investissement dans des entreprises stratégiques.
Sur les Rs 540 millions alloués en première phase, 310 millions ont été effectivement versés à ce jour à la Rodrigues Public Utilities Corporation Ltd, la société créée par l’Assemblée régionale de Rodrigues. Les 230 millions restants doivent être déboursés d’ici la fin de l’exercice financier 2025-2026.
Pour accélérer ce versement, la Rodrigues Public Utilities Corporation Ltd a été invitée à soumettre dans les meilleurs délais l’ensemble des documents requis par la MIC pour le traitement des demandes.
Les Rs 460 millions restants seront consacrés à des projets terrestres d’approvisionnement en eau. Ces projets ont été définis par la Rodrigues Public Utilities Corporation Ltd, mais leur financement sera conditionné à la signature d’un nouvel accord avec la MIC.
Les investissements concernent l’installation de nouvelles usines de dessalement, la construction de réservoirs, l’amélioration du réseau de distribution et l’extension des capacités de stockage sur l’île.
MIC : 57,8 milliards investis, des remboursements qui tardent
Interpellé mardi à l’Assemblée nationale sur la gestion de la Mauritius Investment Corporation Ltd (MIC), le Premier ministre a dressé un tableau contrasté de l’institution. Au total, la MIC a engagé Rs 57,8 milliards depuis sa création, répartis entre prises de participation (27,7 milliards), obligations (22 milliards), acquisitions foncières (7,8 milliards) et capital-investissement (300 millions).
Sur la question des producteurs indépendants d’électricité (IPP), la réponse est nuancée. La MIC ne leur a consenti aucun financement en direct. Elle a en revanche acquis des terrains auprès de compagnies gravitant dans leur orbite et souscrit des instruments financiers dans des entités apparentées — pour un total de Rs 12,8 milliards entre 2020 et 2024.
Face à cette exposition considérable, la nouvelle direction de la Banque de Maurice a décidé d’arrêter tout nouveau financement et d’enclencher une stratégie de désinvestissement. Dix-neuf compagnies ont à ce jour honoré leurs obligations, pour un total de Rs 6,7 milliards. Il en reste 15,2 milliards à recouvrer, dont seulement 135 millions sont attendus cette année. La MIC a signifié sans ambiguïté à ses débiteurs qu’aucun délai supplémentaire ne sera toléré à l’échéance.
Le cas le plus préoccupant concerne quatre compagnies — BSP School of Accountancy & Management Ltd, Kuros Construction Solutions Ltd, Dhyanavartam Ltd et Star Knitwear Group Ltd — qui doivent collectivement environ Rs 2,36 milliards, sans qu’aucune échéance de remboursement ne soit en vue. Deux d’entre elles, Star Knitwear et BSP School of Accountancy & Management Ltd, ont été placées sous séquestre, compromettant sérieusement les perspectives de recouvrement.
Le Premier ministre n’a pas manqué de pointer la responsabilité du gouvernement précédent dans cette situation. « Nous ne savons toujours pas quand ces fonds seront remboursés », a reconnu le Premier ministre, ajoutant que certaines de ces compagnies « sont déjà en receivership ». « Cela en dit long sur la gestion des fonds publics par le gouvernement précédent », a-t-il conclu.
Saisie de 119 kg d’héroïne au port : le procès fixé à 2027, le suspect en détention depuis 2017
Interpellé mardi à l’Assemblée nationale sur une affaire de trafic de drogue au terminal à conteneurs de Port-Louis, le Premier ministre a livré une chronologie accablante d’une procédure judiciaire qui s’étire depuis près de dix ans.
Tout commence le 9 mars 2017, lorsqu’une opération conjointe de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) et de l’unité anti-narcotiques de la Mauritius Revenue Authority aboutit à la saisie de 118 paquets de drogue suspectée d’être de l’héroïne, pesant environ 119,6 kg et estimés à Rs 1,8 milliard. La cargaison avait été acheminée à bord du navire MSC Ivana depuis l’Afrique du Sud, arrivé au port le 4 mars 2017.
Huit suspects sont arrêtés entre mars et mai 2017, dont un certain M. N.K., provisoirement inculpé de trafic de drogue avec circonstances aggravantes et blanchiment d’argent. Depuis le 15 avril 2017, il est maintenu en détention policière — soit près de neuf ans à ce jour.
L’enquête s’est révélée particulièrement complexe, impliquant des ramifications internationales. Une assistance judiciaire mutuelle a été sollicitée auprès de l’Afrique du Sud et du Royaume-Uni, dont les preuves documentaires n’ont été obtenues qu’en août 2021 et février 2022 respectivement. Le dossier n’a été transmis au Bureau du Directeur des poursuites publiques qu’en août 2023, avant d’être porté devant la Cour d’Assises en avril 2024. Le procès est fixé au 17 mai 2027.
Parmi les autres accusés, deux ont déjà été condamnés à trois ans de travaux forcés pour blanchiment d’argent, en 2018 et 2020. Un troisième est toujours poursuivi devant la Cour intermédiaire. Un suspect, M. H.K.R., reste introuvable : relâché faute de preuves lors de l’enquête initiale, il a été signalé disparu par la suite.
Face à cette situation, le Premier ministre a annoncé son intention de légiférer pour encadrer les délais de jugement. « Les affaires doivent être tranchées dans un délai raisonnable, quelle que soit leur complexité », a-t-il déclaré.


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