[Insécurité] Suhail Lidialam : « La police est sur le terrain tous les jours »

Les récents faits divers, notamment le meurtre du commerçant Mark Yeung Shi Yin, propriétaire de Mark’s Aquarium à Baie-du-Tombeau, ont ravivé les inquiétudes autour de la criminalité à Maurice. Cambriolages violents, agressions, règlements de compte… Ces événements, relayés en boucle sur les réseaux sociaux, nourrissent une peur diffuse : celle d’une société où la violence s’installe dans le quotidien. Pourtant, les données officielles racontent une autre histoire.

L’assistant-surintendant de police Suhail Lidialam, responsable du Police Press Office, donne son point de vue : « On parle beaucoup d’un sentiment d’insécurité, mais ce n’est pas parce que la police ne fait pas assez. La police est sur le terrain tous les jours, 24 heures sur 24. Nos officiers sont déployés jour et nuit et nous faisons notre maximum. »

Les chiffres parlent

Les chiffres communiqués vendredi à l’Assemblée nationale par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, viennent confirmer cette tendance. Depuis janvier 2025, la police a recensé 4 247 cas d’agressions simples, 112 agressions avec préméditation, 104 agressions contre des policiers, 24 tentatives de meurtre et 24 meurtres. Le Premier ministre a précisé que 25 cas d’agressions mortelles ont été enregistrés sur la période, dont 24 déjà élucidés, soit un taux de résolution de 96 %. « Malgré l’impression qui circule, les statistiques montrent clairement une tendance à la baisse par rapport aux années précédentes », a-t-il déclaré. « Les autorités coordonnent efficacement leurs efforts sur le terrain. Dans la majorité des cas, les affaires sont résolues dans un délai de 48 heures. »

À titre d’exemple, le meurtre de Mark Yeung Shi Yin, qui avait choqué l’opinion, a été élucidé en moins de 24 heures par la Major Crime Investigation Team (MCIT). « C’est la preuve que la police agit avec rapidité et professionnalisme », a ajouté le Premier ministre, tout en saluant le travail du nouveau commissaire de police qui, selon lui, « a redonné discipline et intégrité à la force policière ».

Le nombre d’arrestations depuis janvier s’élève à 1 185, dont 108 récidivistes et 100 suspects ayant commis des infractions alors qu’ils étaient en liberté conditionnelle ou sous caution.

Le rôle des réseaux sociaux dans le sentiment d’insécurité

Pour le responsable du PPO, c’est surtout la vitesse de l’information qui déforme la réalité. « Aujourd’hui, tout le monde peut partager une vidéo, une plainte ou un message sans vérifier. Cela amplifie ce sentiment d’insécurité, alors que la plupart des cas sont isolés ou déjà résolus », explique-t-il. Il déplore également les fuites d’informations confidentielles qui circulent sur WhatsApp avant même la fin des enquêtes : « Ce n’est pas légal, et tout officier qui transmet des informations confidentielles devra répondre de ses actes. »

Si la circulation rapide de l’information favorise la transparence, elle nourrit aussi une forme de psychose collective où chaque incident isolé devient symbole d’un désordre supposé.

Des efforts accrus sur la prévention et la communication

Suhail Lidialam, récemment nommé, veut par ailleurs renforcer la communication entre la police et les médias pour éviter les rumeurs et rétablir la confiance : « Je travaille à structurer la diffusion de l’information pour que les journalistes puissent être informés plus rapidement et de manière fiable. Nous voulons communiquer davantage sur nos opérations, nos arrestations et nos saisies, sans compromettre les enquêtes. » Selon lui, la prévention sera également au cœur des priorités : « Nous allons accentuer la sensibilisation du public sur les précautions à prendre, que ce soit à la maison ou dans les lieux publics. »

Le rapport de Statistics Mauritius paru en juin 2025 pointe également des tendances plus profondes : si la criminalité générale recule, les crimes violents se concentrent davantage dans la sphère familiale. En 2024, 40 % des homicides et plus de 60 % des agressions ont été commis dans des foyers, souvent entre proches. Ces drames reflètent moins un danger dans la rue qu’un malaise social et psychologique grandissant, lié à des tensions économiques, à la drogue et à la désagrégation du lien familial.

Un pays toujours sûr

Encore une fois, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Maurice demeure la destination la plus sûre d’Afrique. Selon l’Indice Mondial de la Paix 2024, le pays occupe la 22e place mondiale avec un score de 1,546, se classant ainsi premier sur le continent africain.

Ce résultat confirme que, malgré des faits divers très médiatisés, le niveau de sécurité à Maurice reste élevé et la stabilité du pays reconnue à l’international. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a d’ailleurs insisté sur la nécessité de rétablir l’indépendance de la police, affirmant que cette institution n’agit plus sous influence politique. « Le temps où la police recevait ses ordres de résidences privées est révolu », a-t-il déclaré, en allusion à une époque pas si lointaine où les décisions opérationnelles étaient dictées depuis l’extérieur des canaux officiels. « Nous restaurons discipline, intégrité et efficacité au sein de la force policière. Un crime, c’est déjà un crime de trop dans une société civilisée, mais notre devoir est de montrer que l’État de droit fonctionne. »

Les défis sont réels, reconnaît Suhail Lidialam, mais ils ne traduisent pas une explosion de la violence.
Derrière la peur, c’est surtout une société en mutation qui s’exprime — une société connectée, où les émotions circulent plus vite que les faits. « Les défis sont là, mais la police est formée pour y faire face. Nos équipes sont sur le terrain, jour et nuit, à affronter la situation », conclut l’ASP.