[Khutbah – La réflexion du vendredi] La Hijrah : une stratégie pour établir l’autorité

Louanges à Allah (swt) et salutations au Prophète Muhammad (ﷺ)

« Et dis : ‘Ô mon Seigneur ; accorde-moi une entrée honorable et accorde-moi une sortie honorable ; et accorde moi de Ta part, un pouvoir rassurant » Surah Isra (17), verset 80

Pendant que nous assistons, impuissants, au déferlement continu du génocide et à son extension en Cisjordanie, où les colons israéliens s’acharnent contre les Palestiniens, la conscience musulmane reste paralysée. La tentative échouée de l’Occident de subjuguer l’Iran, ainsi que les attaques au Liban et en Cisjordanie, auraient dû nous inciter à mieux comprendre les implications de la Hijrah : un mouvement révolutionnaire, une émancipation non seulement de l’individu, mais aussi de la conscience.

Le mois de Muharram, qui marque aussi le début du calendrier islamique, devrait nous inviter à réfléchir aux enjeux politiques de la Hijrah. L’objectif stratégique du Prophète d’émigrer vers Madina, comme le soutient l’ancien journaliste d’Al Jazeera, Wadah Khanfar, dans son livre The First Spring, est clairement expliquée dans le verset du Qur’an cité plus haut.

Le but de l’émigration vers le territoire de la vérité et de l’honneur, nous explique-t-il, était de trouver une autorité qui pourrait soutenir le message. L’autorité comprend, ici, une convention sociale et politique qui permettrait au nouveau pouvoir de se développer et de s’installer durablement.

Le Prophète Muhammad (ﷺ) était conscient qu’il était porteur d’un message universel qui perdurerait jusqu’à la fin des temps. Si Makkah refusait d’en être l’autorité qui permettrait la réalisation de la mission, il lui fallait émigrer ailleurs. Placé dans ce contexte, la Hijah n’était pas que l’exode d’un groupe de personnes ou le moyen de gens persécutés de rechercher la sécurité, elle fut le point de départ d’un projet visant à créer une autorité qui serait capable de réaliser les dimensions universelles et perpétuelles de la mission. Elle offrait au Prophète Muhammad (ﷺ) une base pour manifester la vérité et éliminer la fausseté. Un tel projet nécessitait une fondation solide, une société intégrée et un leadership respecté.   

La Hijrah représente une étape définitive de la mission du Messager d’Allah ﷺ et de l’histoire de l’Islam. Elle marque la séparation entre deux périodes : celle, mecquoise, où les musulmans étaient persécutés et torturés par les Quraysh ; et celle, médinoise, où les Musulmans furent reconnus comme une entité à part entière, capable de fonder un État sur la base de la législation d’Allah.

La Hijrah marqua l’abandon du kufr

L’émigration, pour les savants et les activistes, marqua l’abandon définitif du polythéisme pour l’adoption du Tawheed (l’unicité de Dieu), l’abandon du kufr pour l’Islam, de l’immoralité pour la moralité, de la désobéissance pour l’obéissance et la soumission à la volonté d’Allah, et de l’ignorance pour la connaissance.

« Et dis : ‘La vérité est venue et l’erreur a disparu. Car l’erreur est destinée à disparaitre’ » Surah al Isra (17), verset 81

La Hijrah marqua aussi la démarcation entre la persécution et la liberté et l’autorité ; entre un mouvement sous-terrain craignant même d’accomplir les prières ouvertement et un État islamique invincible.

Elle marqua aussi et surtout la reconnaissance, par les Arabes et les peuples voisins, de l’Islam comme une idéologie avec laquelle il fallait compter.

L’émigration vers Madinah (Yathrib à l’époque) survint dans un contexte où le Prophète ﷺ et les Musulmans ne purent plus supporter la persécution. Makkah devenait un lieu menaçant et défavorable à la da’wah du Prophète ﷺ surtout après certains événements marquants dans la vie de celui-ci, à savoir : le boycott, le décès d’Abou Talib, celui de Khadija (ra), l’accueil hostile à Ta’if et enfin la tentative d’assassinat contre le Prophète ﷺ.

Muhammad (saw), un fin stratège

La Hijrah permit aux Musulmans de s’imposer comme un pouvoir politique, avec la mise en application de la législation islamique, et à l’Islam de se faire accepter comme un mode de vie complet prescrit par le Créateur. La Hijrah fut ainsi une émancipation politique, l’Islam pouvant désormais être vécu comme une idéologie, celle où le pouvoir appartient exclusivement au Créateur et où le Musulman assume son rôle de vice gérant.

La Hijrah vit aussi une transformation totale du rôle du Prophète Muhammad ﷺ. De l’enseignant et du prédicateur, il devint, après l’émigration, le chef d’État, le commandant des armées et le fondateur de l’empire le plus puissant qui menaçait l’existence même des puissances de l’époque.

« Ceux qui ont cru, émigré et lutté de leurs biens et de leurs personnes dans le sentier d’Allah, ainsi que ceux qui leur ont donné refuge et secours, ceux-là sont des alliés les uns des autres. » Surah Al Anfal (8), verset 72

Allah (swt) nous exhorte à comprendre le sacrifice qu’ont subi ceux qui ont émigré. Ce ne fut pas qu’un déplacement physique d’un lieu à un autre. Il s’agissait, pour ceux qui avaient émigré, de l’abandon des relations familiales, de la stabilité de leur commerce, de la stabilité de leur carrière et des aspirations mondaines. Ils ont émigré après un nouvel espoir, celui d’une société différente de ce qu’ils avaient vécu à Makkah, celui d’une société où ils étaient confrontés à la domination constante et l’injustice.  

La Hijrah fut aussi une opportunité de construire une société plus équitable, plus juste, une société où le faible n’est pas exploité, débarrassée des aristocrates de Makkah et leur dominance. Ils n’étaient plus contraints d’accepter leurs anciens maitres. L’aristocratie mecquoise n’avait plus de contrôle sur leur destinée. Ce moment révolutionnaire vit ainsi l’émancipation de l’individu.

Emancipation de la conscience

Au-delà de cette émancipation de l’individu, il fut aussi question de l’émancipation de la conscience. Le Musulman choisissait de se soumettre à Allah (swt) exclusivement, vivant une émancipation de l’intérieur, de l’âme de chaque individu.   

De plus, sur le plan sociétal, l’État islamique fut fondé sur le concept de la fraternité liant les Ansars aux Muhajiroun par un lien inébranlable. La stabilité et la tranquillité retrouvées permirent aux Musulmans de propager l’Islam et son système de justice et de gouvernance au-delà de l’Arabie.

Toutefois, le message principal de la Hijrah demeure le fait que le Musulman est celui qui se démarque de toutes formes de kufr et de shirk pour le tawheed ou l’Islam parfait, la piété et la sincérité.

Sur le plan individuel, la Hijrah nous enseigne que le Musulman a le devoir d’inviter ses coreligionnaires à la pratique parfaite du deen et les non-Musulmans à l’Islam. Il  ne peut pas se contenter de vivre l’Islam comme une religion privée. Il est de son devoir de s’engager afin de faire prévaloir l’Islam comme une référence dans tous les aspects de sa vie.

« C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la guidée et le deen (idéologie) véridique, afin qu’elle triomphe sur toute autre idéologie, quelque répulsion qu’en aient les idolâtres. » Surah At Tawbah (9), verset 33

Pour que cela soit réalisé, selon l’exemple des Muhajiroun, il nous faut une décolonisation de la conscience, une transformation de notre mentalité de colonisés, rejetant l’Islam que nous imposent les sionistes, juifs ou arabes, avec leurs Accords d’Abraham. Il nous faut être vigilant quant aux tendances colonisatrices et leurs menaces. Il s’agit de comprendre que l’Islam est un message libérateur appelant à la résistance, à la prise de position contre l’islamophobie, le génocide et la colonisation des cerveaux. 

Qu’Allah (swt) nous guide et nous aide.

Mosadeq Sahebdin