Le besoin de préserver les liens de sang

De nos jours, on parle beaucoup du taux de divorce qui ne cesse de grimper dans la communauté musulmane et même ailleurs. Certes, c’est un phénomène de société qu’il faut prendre en compte et pour lequel il faut trouver des solutions, comme les formations au mariage, etc. Mais il y a aussi un autre phénomène que l’on peut parfois ignorer, car nous n’avons pas les statistiques pour mesurer l’ampleur du désastre. De plus en plus, nous voyons une cassure au niveau de la famille elle-même ; les relations entre frères et sœurs ou entre enfants et parents ne sont plus comme avant. Pour des raisons diverses, les gens s’embrouillent et les disputes explosent au point que la relation est brisée à jamais. Il y a de nombreux cas où un frère n’a pas adressé la parole à son frère pendant plus de 30 ou 40 ans. Dans d’autres situations, un parent a déshérité son enfant pour des raisons que l’on n’arrive pas à comprendre. Et pourtant, en Islam, les liens du sang sont sacrés.

On appelle cela Silat ar-Rahim. Maintenir ces relations familiales est un devoir religieux majeur qui renforce la cohésion sociale, tandis que les rompre constitue un péché grave menaçant la miséricorde et le pardon divins. En arabe, le terme désignant les liens de parenté (Ar-Rahim) provient de la même racine que le nom d’Allah, Ar-Rahmaan (le Tout Miséricordieux). Cela illustre à quel point la préservation de la famille est liée à la miséricorde divine. D’ailleurs, le Saint Qur’aan ordonne formellement de préserver les liens de parenté et met en garde ceux qui les rompent. « Craignez de rompre les liens du sang. Certes, Allah vous observe parfaitement. » (S4 : V1)

« Et donne au proche parent ce qui lui est dû, ainsi qu’au pauvre et au voyageur (en détresse). Et ne gaspille pas indûment. » (S17 : V26)

De plus, Allah nous met en garde contre la rupture des relations familiales. Il dit à ce propos : « (Mais) ceux qui violent leur pacte avec Allah après l’avoir engagé, et rompent ce qu’Allah a commandé d’unir, et commettent le désordre sur terre, auront la malédiction et la mauvaise demeure. » (S13 : V25)

Nous devons donc prendre au sérieux cet avertissement divin et corriger nos fautes avant qu’il ne soit trop tard. Rompre les liens de sang peut nous priver de la récompense divine accordée, au Jour du Jugement, à ceux qui consolident les liens familiaux. Nous pourrons aussi être privés d’autres bienfaits dans la vie terrestre, tels que la longévité et la richesse. Le Saint Prophète (pssl) a dit : « Quiconque veut avoir beaucoup de richesse et une longue vie doit consolider ses liens familiaux. » (Boukhari (5986) et Mouslim (2557))

Il est temps que l’on réalise que rompre les liens du sang est qualifié de grand péché. Les textes sacrés indiquent que les actions d’une personne qui coupe les ponts avec sa famille risquent de ne pas être agréées. L’Islam encourage des actions concrètes et bienveillantes envers les proches (parents, enfants, frères et sœurs, oncles, tantes et cousins). Cela se traduit par le fait de garder un contact régulier avec ses proches, de prendre de leurs nouvelles, de leur rendre visite et d’échanger des salutations. Cela veut aussi dire qu’il faut les soutenir s’ils sont dans le besoin. Il faut aider les plus faibles et conseiller avec douceur.

Parfois, on peut se sentir blessé par les agissements de nos proches envers nous. Et souvent, ils sont vraiment fautifs et négligents en ce qui concerne nos droits. Il ne faut pas leur en tenir rigueur, mais faire preuve d’indulgence face aux erreurs des proches et privilégier la réconciliation en cas de conflit.

Il peut aussi s’avérer qu’en dépit de nos efforts pour une réconciliation, l’autre partie campe sur sa position et refuse tout compromis. Un homme avait dit au Prophète (pssl) : « J’ai des proches qui rompent les liens de sang qui nous unissent à chaque fois que je tente de les rétablir, qui me font du mal à chaque fois que j’essaie de leur faire du bien, qui m’ignorent pendant que je pense à eux. » Le Prophète (pssl) lui dit : « Si ce que tu dis est vrai, c’est comme s’ils se brûlaient avec des braises. Et tant que tu continueras ainsi, Allah t’apportera aide et assistance. » (Sahih Muslim)

Dans bien des cas, on verra aussi que certains conflits entre frères et sœurs, ou entre frères, sont alimentés par des « metteur choola », ces gens sans scrupules qui aiment jeter de l’huile sur le feu au lieu de travailler à réconcilier les gens. Il est donc aussi important, en cas de brouille entre proches, de chercher la source des malentendus. Il ne faut pas être aveugle devant les ruses de ceux qui profitent de la situation de désordre dans la famille. Aujourd’hui, les gens sont remplis de jalousie et sont devenus si égoïstes qu’ils sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. Ils n’ont pas peur de la punition divine, car alimenter une division entre frères pour briser les liens du sang est vraiment un très grand péché. Qui peut avaler une braise ardente ? Il est temps de réfléchir à nos actions.

Abdus Saboor Mohamed Saleh