L’importance d’être bon envers son frère

Dans un Hadith Shareef très célèbre, le Prophète Muhammad (pssl) a dit : « Aucun d’entre vous ne sera véritablement croyant jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » (Bukhari et Muslim)

Que veut dire aimer pour son frère ce qu’on aimerait pour soi-même ? Et quelles sont les limites dans cet amour qu’on doit avoir pour son frère ? Quoique ce Hadith fasse référence à un croyant musulman et son frère en Islam, cela s’applique aussi à ceux qui sont frères de sang. Et qu’en est-il de ceux qui se sont fâchés avec leurs propres frères sur des questions banales ou des disputes sur l’héritage ?

Aimer pour son frère ce qu’on aime pour soi-même est une chose difficile, à moins que l’on aime son frère en toute sincérité. Personne ne doute que ce niveau d’amour est difficile à atteindre, mais il n’est pas impossible tant que l’on est toujours conscient qu’aimer pour son frère ce que l’on aime pour soi-même est l’une des conditions de la Foi. En effet, c’est une attitude naturelle du musulman sincère qui comprend vraiment l’Islam. Notre histoire regorge de plusieurs exemples, anciens et contemporains, montrant comment les vrais musulmans aimaient pour leurs frères ce qu’ils aimaient pour eux-mêmes. Il y a deux histoires frappantes qui nous viennent à l’esprit quand on aborde ce sujet.

D’abord, l’histoire du très grand Sahabi-e-Rassool, Hazrat Abdullah bin ‘Awf (R.A). On se rappellera que quand bon nombre de Sahabas avaient émigré vers Madinah Shareef pour suivre le Prophète (pssl) et obéir à ses instructions, ils avaient tout quitté à Makkah Shareef et ils étaient donc dans une position difficile. Le Noble Prophète (pssl) avait, dans sa grande sagesse, mis à deux un Mecquois et un des Ansaar, faisant ainsi un binôme afin que les Ansaar puissent aider leurs frères émigrants (Muhaajireen-e-Makkah) à s’intégrer dans la société médinoise. Ainsi, Hazrat Abdullah bin ‘Awf avait été mis avec un Ansar qui l’emmena donc chez lui et lui donna une chambre. Dans son zèle d’amour, le Sahaba Ansar dit à Hazrat Abdullah bin ‘Awf : « J’ai deux femmes et, si tu le désires, je divorcerai de l’une d’elles pour la marier avec toi. Choisis donc celle qui te plaît le plus ! » Les Sahabas s’aimaient entre eux à ce point que l’homme voulait rendre son frère heureux et était même prêt à lui céder l’une de ses épouses. Mais l’Islam est une religion de la pudeur et Hazrat Abdullah bin ‘Awf (R.A) sourit et lui répondit que ce ne serait pas nécessaire et demanda à ce qu’on lui indique le chemin du marché afin qu’il puisse faire redémarrer son commerce, car c’était vraiment un grand commerçant.

Autre exemple édifiant, c’est le récit que raconta un jeune garçon présent sur un terrain de bataille pour donner à boire aux blessés. Plusieurs Sahabas étaient au sol en agonie après avoir reçu un coup d’épée fatal et n’ayant que quelques minutes pour vivre. En allant vers un des Shaheeds mourant pour lui offrir à boire, celui-ci entendit son frère pousser une voix faible : « De l’eau, de l’eau ! » et le Sahabi de dire à l’enfant : « Va donner à boire à mon frère d’abord. » Arrivé auprès de cet autre blessé, l’enfant ne put constater qu’il avait déjà rendu l’âme. Revenant sur ses pas pour donner à boire, il constata que l’homme venait de mourir aussi.

Dans ces moments-là, comment ne pas s’incliner devant un tel sacrifice et autant d’abnégation ? Quel est ce sentiment si fort qu’au moment même où on est près de passer de vie à trépas, on pense à son prochain, à son frère musulman, au lieu de soi-même ?

Malheureusement, aujourd’hui, nous vivons à une époque où c’est chacun pour soi et on s’en fiche carrément du sort de nos frères. On se dispute pour des petites choses insignifiantes et on ne s’adresse plus la parole pendant des années. Dans plusieurs familles aujourd’hui, les frères s’entredéchirent pour des sous, sur des questions d’héritage. Personne ne veut faire des compromis, quitte à ce que tout le monde en sorte perdant. Ils nourrissent de la haine pour leurs propres frères et parfois ils osent même lever la main sur leurs aînés pour courir après le Dunya. Tout problème a une solution. Il suffirait pour cela de trouver un terrain d’entente ou de faire appel à des professionnels pour faire un partage juste. Il existe des médiateurs pour faire primer la raison et assurer que chacun puisse obtenir la part qu’il mérite selon la loi.

Hazrat Abû Hurayra (R.A) disait souvent cette phrase du Prophète (pssl) : « Le croyant est le miroir de son frère. Le croyant est le frère du croyant. Il le protège contre sa ruine et il protège son dos. » (Bukhari)

Qu’Allah puisse mettre de l’amour dans le cœur de tous les frères. Aameen.

Abdus Saboor Mohamed Saleh