Le renvoi devenu inévitable de Vishuene Vythilingum de la tête de « MauBank » marque l’effondrement d’un système dénoncé au plus haut sommet de l’État. Derrière les bénéfices affichés par la banque se cachent des pertes abyssales, plus de Rs 5,1 milliards de prêts toxiques, des injections massives d’argent public et une série de contrats controversés liés à des proches de l’ancien régime MSM et de l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Du dossier explosif « Kuros » aux accusations de favoritisme politique, les révélations s’accumulent et rendent désormais inévitable une vaste opération de nettoyage au sein de l’institution bancaire publique.
Le départ de Vishuene Vythilingum de la direction générale de « MauBank » n’a rien d’un simple changement administratif. Derrière cette éviction se dessine le portrait d’une institution fragilisée par des années de gestion controversée sous le règne du MSM, de proximité politique incestueuse et de mauvaises décisions financières.
Nommé sous le régime du MSM pour un mandat de trois ans, Vishuene Vythilingum était considéré comme un proche de l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Cette proximité, souvent évoquée dans les cercles politiques et financiers, aurait largement influencé certaines orientations stratégiques de la banque. Aujourd’hui, plusieurs dossiers explosifs viennent alimenter les critiques contre l’ancien CEO et expliquer pourquoi son maintien à la tête de « MauBank » était devenu politiquement et financièrement intenable.
Une banque minée par des pertes colossales
À première vue, « MauBank Ltd » affichait pourtant un bénéfice comptable de Rs 829 millions en 2025. Mais derrière cette façade se cache une réalité beaucoup plus sombre. La société mère, « MauBank Holdings Ltd », accuse un déficit de Rs 202 millions et surtout des fonds propres négatifs de Rs 2,95 milliards, conséquence directe des pertes accumulées depuis 2015.
À l’Assemblée nationale mardi dernier, le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, a dressé un constat sévère, affirmant que « MauBank » était devenue au fil des années « a den of corruption and mismanagement ». Selon lui, la banque a hérité d’un portefeuille de prêts toxiques estimé à Rs 5,1 milliards, transféré en 2018 vers une structure distincte, « EAMC Ltd », afin de tenter d’assainir artificiellement les comptes.
Depuis 2015, l’État a dû injecter plus de Rs 4,1 milliards dans la holding bancaire, auxquels s’ajoute une nouvelle injection de Rs 1,1 milliard cette année pour permettre à l’institution de faire face à ses obligations financières, notamment un emprunt de 100 millions de dollars contracté auprès de la Banque africaine de développement.
Cette situation soulève une question fondamentale : comment une banque soutenue à coups de milliards d’argent public a-t-elle pu se retrouver dans un tel état ?
Le dossier Kuros : le prêt qui embarrasse
Le dossier le plus explosif reste sans doute celui de « Kuros Construction Ltd », devenu aujourd’hui le symbole des dérives dénoncées autour de l’ancienne direction.
Selon le Premier ministre, « Kuros » aurait bénéficié de prêts atteignant Rs 674,9 millions accordés par « MauBank » dans des conditions extrêmement controversées. L’entreprise aurait obtenu ces facilités financières sous l’influence du régime MSM et avec l’aval direct de Vishuene Vythilingum et de Premchand Mungur.
Le problème majeur réside dans les garanties entourant ce prêt. Pour obtenir ce financement colossal, « Kuros » aurait mis en garantie un terrain de 15 arpents à Bel-Ombre, un terrain appartenant déjà à l’État. Aucun actif personnel significatif n’aurait été engagé par les promoteurs. En d’autres mots, c’était encore l’argent public qui absorbait le risque. D’ailleurs, aujourd’hui, ce prêt est toujours en défaut de paiement, pas un seul sou n’ayant été remboursé. « This is the type of largesse which was common under the former regime at the MauBank Ltd. We all know who was pulling the strings from behind considering the nexus between Kuros and former Finance Minister Padayachy », a soutenu Navin Ramgoolam.
Ce n’est pas tout. Des sources internes évoquent qu’une partie importante des fonds accordés, près de Rs 488 millions, aurait été utilisée pour financer des projets de villas privées, notamment à Mont Choisy, ainsi que des transferts vers des comptes personnels liés aux dirigeants de l’entreprise. Dans le même temps, environ Rs 94 millions auraient été dirigées vers des projets de la NSLD qui n’ont jamais été achevés.
La situation est désormais critique : KPMM, la société holding de « Kuros », a été placée sous « receivership », tandis que « Kuros Construction » se trouve sous administration.
Le nom de Vishuene Vythilingum revient constamment dans ce dossier. Il semble qu’il suivait personnellement le dossier « Kuros » depuis le début et que de nombreuses informations relatives aux activités du groupe n’étaient connues que de lui.
Les liens avec le pouvoir MSM
L’autre élément qui fragilise considérablement l’ancien CEO concerne ses relations étroites avec le pouvoir politique de l’époque. Des faveurs accordées à certaines entreprises proches de Renganaden Padayachy sont ainsi évoquées avec persistance. Parmi elles figure « Verde Frontier Solutions Ltd », dirigée par Dirish Noonaram et Verna Pavaday, considérés comme proches de l’ancien ministre des Finances.
Sous la direction de Vishuene Vythilingum, « Verde » a été recrutée comme « Transaction Advisor » dans le cadre d’un projet de vente de « MauBank ». Même si cette vente n’a jamais abouti, l’entreprise a tout de même perçu Rs 17,9 millions. Verde a également obtenu un contrat de « Media Monitoring » payé Rs 13,6 millions par la banque. Au total, la société aurait touché Rs 31,5 millions pour seulement deux missions. Les documents indiquent que Vishuene Vythilingum aurait été le principal artisan de ces recrutements, agissant selon des instructions attribuées à Renganaden Padayachy.
Parallèlement, « Verde » aurait aussi reçu Rs 25,6 millions de la part de « Kuros Construction Ltd », renforçant les soupçons d’un réseau d’influence mêlant intérêts politiques, financiers et contractuels.
Une éviction devenue inévitable
Officiellement, le contrat de Vishuene Vythilingum devait prendre fin le 21 novembre 2026. Toutefois, en sus de ses décisions catastrophiques pour la santé de « MauBank », des considérations financières auraient également accéléré son départ. Un maintien au-delà du 1er juin 2026 aurait obligé « MauBank » à lui verser plusieurs millions de roupies sous forme de bonus de performance. Il aurait donc été jugé plus rentable pour la banque de mettre fin à son contrat avant cette échéance. Mais au-delà de la question financière, c’est surtout


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