[Menaces contre des journalistes devant la FCC] Des tensions qui ravivent de mauvais souvenirs

« Taler to mort ». Ces trois mots, lancés à l’encontre du rédacteur-en-chef de « Channel News », Taariq Hussein Doreemeeah, résument à eux seuls le climat qui a régné lundi soir devant les locaux de la ‘Financial Crimes Commission’ (FCC). Alors que l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth était entendu dans le cadre de l’enquête sur l’affaire MMG, plusieurs journalistes venus couvrir l’événement ont été insultés, pris à partie et menacés par des sympathisants du MSM.

Les vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des scènes particulièrement préoccupantes. Des professionnels des médias, dont le seul tort était d’exercer leur métier, se retrouvent au cœur d’un climat d’hostilité rarement observé ces dernières années. Parmi les menaces proférées figure le glaçant « taler to mort », adressé au rédacteur-en-chef de Channel News.

Plus troublant encore, ces intimidations se sont déroulées sous les yeux de plusieurs figures connues du MSM, notamment les anciens parlementaires Salim Abbas Mamode et Kailesh Jagutpal. Aucun appel au calme n’a été constaté au moment où la tension montait d’un cran.

Deux jours plus tard, la police est passée à l’action. Teeruth Prasad Degnarain, présenté comme un agent actif du MSM dans la circonscription no.8, a été interpellé par la CID de Moka à la suite d’une plainte déposée par Bruneau Laurette. Il a comparu devant la justice avant d’être remis en liberté conditionnelle contre une caution de Rs 5 000 et une reconnaissance de dette de Rs 20 000. L’enquête se poursuit afin de faire toute la lumière sur les incidents survenus devant la FCC.

Au-delà des développements judiciaires, ces images réveillent des souvenirs que beaucoup espéraient révolus. Car ce n’est pas la première fois que des journalistes deviennent la cible de partisans du MSM. Le 2 mai 2009, une manifestation organisée devant les locaux de « L’Express » et de « Radio One » avait dégénéré. Des vitres avaient été brisées, des exemplaires du journal incendiés et des menaces proférées contre des journalistes. À l’issue de cette affaire, Showkutally Soodhun avait été condamné pour rassemblement illégal et propos menaçants.

Plus récemment encore, sous le précédent gouvernement MSM, plusieurs journalistes avaient été convoqués, interrogés ou arrêtés dans l’exercice de leurs fonctions. Des perquisitions controversées, des pressions répétées contre certains médias, ainsi que les coupures d’internet lors des manifestations de 2024, avaient alimenté les critiques des organisations de défense de la liberté de la presse, tant à Maurice qu’à l’international.

Les événements de lundi soir s’inscrivent dans ce contexte et ravivent les inquiétudes sur la sécurité des journalistes appelés à couvrir des dossiers sensibles. Dans une démocratie, les médias doivent pouvoir informer librement, sans craindre les insultes, les intimidations ou les menaces de mort.

L’enquête devra désormais établir les responsabilités individuelles. Une chose est toutefois déjà certaine : les scènes observées devant la FCC ont franchi une ligne rouge. Lorsqu’un journaliste est menacé pour avoir simplement fait son travail, ce n’est pas seulement un professionnel qui est visé. C’est le droit du public à être informé qui est attaqué, et, avec lui, l’un des fondements essentiels de toute démocratie.