[Mort d’Andy Selmour] Le rapport qui condamne tout un système hérité du passé

Pendant plus de six mois, la mort d’Andy Selmour a secoué l’opinion publique et placé le système carcéral sous les projecteurs. Décédé le 9 décembre 2025 alors qu’il était détenu à la prison de Melrose, ce père de famille de 33 ans est rapidement devenu le visage d’une affaire qui allait dépasser le simple cadre d’un décès en détention.

Vendredi, le gouvernement a fait un choix qui mérite d’être souligné. Bien que cette tragédie se soit produite sous sa gestion actuelle, il a décidé de rendre public le rapport du ‘Board of Inquiry’ présidé par l’ancien juge de la Cour suprême Paul Lam Shang Leen et d’en déposer officiellement une copie à l’Assemblée nationale, conformément à la ‘Public Inquiries Act’. Un exercice de transparence rarement observé sur un dossier aussi sensible. Et les conclusions sont sans appel.

Le rapport ne se limite pas à établir les circonstances entourant la mort d’Andy Selmour. Il met à nu les défaillances profondes d’un système pénitentiaire décrit comme étant en perte de repères. Le ‘Board of Inquiry’ relève une pénurie chronique de personnel, une démotivation grandissante des agents, des problèmes d’indiscipline, un trafic de drogue au sein des établissements pénitentiaires, des allégations de corruption, l’échec des programmes de réhabilitation, des lacunes importantes dans la prise en charge médicale, l’absence de protocoles d’urgence ainsi que de graves faiblesses dans la gestion des prisons et les mécanismes de contrôle. En d’autres termes, le décès d’Andy Selmour apparaît comme le symptôme d’un système fragilisé depuis longtemps, et non comme un incident isolé.

Le constat du Board est particulièrement sévère. Les commissaires estiment que cette tragédie a révélé de « profondes faiblesses institutionnelles » et rappellent qu’une réforme durable ne pourra réussir qu’à travers une volonté politique forte, une véritable culture de responsabilité et un engagement constant de l’ensemble des acteurs du système de justice pénale.

Les recommandations sont à la hauteur du diagnostic. Elles prévoient notamment le renforcement immédiat des effectifs à Melrose, une refonte de la gouvernance des prisons, une meilleure classification des détenus, des programmes modernes de réhabilitation et de formation, un durcissement de la lutte contre la corruption et le trafic de drogue, l’instauration de protocoles médicaux d’urgence, un meilleur accompagnement psychologique, la création de mécanismes indépendants de plaintes et un renforcement des organes de contrôle. Le rapport recommande également la création d’un ‘Criminal Justice Committee’ chargé de s’attaquer aux problèmes de surpopulation carcérale, aux lenteurs judiciaires et aux autres dysfonctionnements structurels.

Le gouvernement ne s’est pas contenté d’accuser réception du rapport. Il a annoncé la mise en place d’un comité présidé par le Secrétaire aux Affaires intérieures afin d’examiner chacune des recommandations et d’en assurer la mise en œuvre.

Au-delà de son contenu, la publication de ce rapport constitue un signal politique fort. En choisissant de rendre publiques les conclusions d’une enquête indépendante sur un décès survenu sous sa gestion, le gouvernement confirme sa volonté de privilégier la transparence plutôt que l’opacité. Il expose sans détour les failles d’un système hérité du passé et ouvre le débat sur une réforme attendue depuis de nombreuses années.

L’affaire Andy Selmour restera sans doute comme l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire récente des prisons mauriciennes. D’autant que les révélations et les témoignages ont nourri une vive polémique pendant des mois. Les circonstances du drame, les blessures relevées lors de l’autopsie, les interrogations sur la prise en charge médicale, les conditions de détention et le fonctionnement même de l’administration pénitentiaire ont suscité une profonde émotion dans le pays.

La visite de Touria Prayag, alors membre de la ‘National Human Rights Commission’ (NHRC), à la prison de Melrose de sa propre initiative, avait également alimenté un débat national sur sa conformité, les responsabilités des différentes institutions et les mécanismes de contrôle des prisons. La pression politique et médiatique s’était progressivement accentuée autour de la direction des prisons, jusqu’au départ du Commissaire des prisons, Dev Jokhoo.

Mais si les recommandations du ‘Board of Inquiry’ sont effectivement appliquées, ce drame pourrait aussi devenir le point de départ d’une transformation profonde du système carcéral, fondée sur davantage de responsabilité, de professionnalisme, de respect des droits humains et de réhabilitation.