[OPINION] Après les dérives, le redressement

Depuis plusieurs mois, le gouvernement de Navin Ramgoolam essuie critiques, impatience populaire et attaques politiques autour de ses choix économiques. Certaines mesures ont été impopulaires, notamment sur la pension, tandis que d’autres ont été dénoncées comme de « l’austérité ». Pourtant, derrière le bruit, une réalité commence doucement à émerger : les réformes engagées produisent leurs premiers résultats. Et ce ne sont pas les ministres qui le disent, mais des institutions internationales comme le FMI et Moody’s.

L’agence de notation Moody’s parle désormais des « premiers progrès tangibles » réalisés par Maurice dans sa consolidation budgétaire. Le constat est clair : sur les huit premiers mois de l’exercice fiscal en cours, les revenus de l’État ont augmenté de 7,8 %, tandis que les dépenses publiques ont diminué de 3,9 %. Résultat : le déficit budgétaire, qui atteignait 9,3 % du PIB sous le précédent exercice, a été ramené autour de 5,5 % du PIB. Ce n’est pas un détail technique. C’est une correction majeure de trajectoire.

Autrement dit, Maurice commence enfin à sortir progressivement d’une logique dangereuse où l’État dépensait largement au-dessus de ses moyens. Bien sûr, cela ne se fait pas sans douleur politique. Certaines mesures ont été impopulaires, notamment autour de la pension. Le mécontentement existe. Il est réel. Mais il faut aussi avoir le courage de dire une vérité simple : un pays ne peut pas se redresser durablement sans discipline budgétaire.

Et c’est précisément là que réside la différence entre la gestion actuelle et celle du précédent gouvernement MSM. Pendant des années, Pravind Jugnauth et Renganaden Padayachy ont entretenu une illusion économique fondée sur la dépense facile, l’endettement massif et une politique monétaire extrêmement risquée. Le symbole le plus frappant reste le transfert colossal de Rs 60 milliards de la Banque de Maurice vers le gouvernement en 2020. Autrement dit, on avait affaibli le bilan de la Banque centrale pour financer l’État.

À l’époque, cette opération avait été vendue comme une mesure exceptionnelle pour soutenir l’économie. En réalité, elle a profondément fragilisé les fondations financières du pays. Une partie de cet argent a servi à financer des dépenses publiques courantes et à faire fonctionner l’État avec de l’argent créé artificiellement. Politiquement, c’était séduisant. Distribuer de l’argent, injecter massivement des liquidités, multiplier les aides et les annonces populaires : tout cela donne l’impression d’une économie prospère. Mais économiquement, cela revient souvent à repousser la facture à plus tard.

Car imprimer de l’argent sans augmentation réelle de la richesse produite finit toujours par produire les mêmes effets : inflation, affaiblissement de la monnaie et perte progressive du pouvoir d’achat. La roupie s’était fortement dépréciée, rendant les importations plus coûteuses. Les prix des produits alimentaires, du carburant et des biens essentiels avaient explosé. Les réserves et la solidité financière de la Banque de Maurice avaient également été affaiblies après ces transferts massifs.

C’est exactement ce que Maurice a vécu. Et ce n’est pas tout. Sous l’ancien régime, les zones d’ombre se sont accumulées, comme le prouvent les prêts toxiques par la « Mauritius Investment Corporation » (MIC). À la MauBank, le tableau est également accablant. Selon les révélations du Premier ministre au Parlement, la banque avait hérité d’un portefeuille de prêts toxiques d’environ Rs 5,1 milliards, transféré en 2018 à une compagnie sœur, « EAMC Ltd », pour assainir son bilan. Il a aussi été question d’un prêt de Rs 675 millions accordé à « Kuros Construction Ltd » sans garanties suffisantes, dette qui resterait impayée.

Même constat du côté des Casinos de Maurice. Le gouvernement envisage désormais un désengagement après près de Rs 2 milliards de pertes accumulées entre 2015 et 2025. Navin Ramgoolam a aussi évoqué un 14e mois de bonus accordé sous l’ancien régime à la veille des élections, mais antidaté de deux ans. Voilà donc l’héritage réel du MSM : une économie maquillée par la dépense, une Banque centrale mise à contribution, des institutions publiques fragilisées, des prêts douteux, des pertes massives et une facture laissée au gouvernement suivant.

Dans ce contexte, il est trop facile aujourd’hui de dénoncer l’« austérité » sans rappeler pourquoi elle est devenue nécessaire. Le gouvernement Ramgoolam n’a pas le luxe de gouverner dans l’illusion. Il doit réparer, stabiliser, rassurer les marchés et protéger les plus vulnérables en même temps. Gouverner, c’est aussi éviter que les générations futures paient le prix de décisions irresponsables.

Cela ne signifie pas abandonner la population. Au contraire. Malgré les contraintes budgétaires, le gouvernement tente de maintenir plusieurs mécanismes de protection du pouvoir d’achat, notamment à travers les fonds de stabilisation destinés à amortir les hausses des prix internationaux sur certains produits essentiels. L’objectif est désormais plus équilibré : restaurer les finances publiques sans casser la cohésion sociale.

Évidemment, tout n’est pas réglé. La dette publique reste élevée. Le choc pétrolier mondial et les incertitudes autour du dossier Chagos continuent de peser lourdement sur l’économie. Mais il faut reconnaître une chose : pour la première fois depuis longtemps, Maurice semble reprendre le chemin de la crédibilité économique. Et cela exige forcément des choix difficiles.

Le plus facile aurait été de continuer à emprunter, imprimer et distribuer. Le plus difficile est de dire la vérité au pays : après des années d’excès, le redressement demande des sacrifices temporaires pour éviter des difficultés beaucoup plus graves demain. Les critiques continueront. Les attaques politiques aussi. Mais pendant que certains font encore de la politique à coups de slogans, les institutions internationales, elles, regardent les chiffres. Et les chiffres commencent enfin à évoluer dans la bonne direction.