[Opinion] L’Alliance du Changement : Un bilan concret, malgré certaines divergences

Dans le paysage politique, il est tentant, surtout pour les oiseaux de mauvais augure, de scruter chaque déclaration, chaque nuance de position entre les partenaires de l’Alliance du Changement pour y déceler les prémices d’une crise gouvernementale. Cette propension à l’analyse microscopique des divergences relève davantage de la fantaisie des “chatwas” que de l’évaluation objective de la performance gouvernementale. Car après tout, qu’est-ce qu’une alliance politique sinon un savant équilibre entre des sensibilités différentes unies autour d’un projet commun ?

Les divergences au sein de l’Alliance du Changement ne constituent pas un dysfonctionnement mais plutôt le signe d’une démocratie interne saine. Contrairement aux pratiques d’un passé récent où la pensée unique, confinée à Lakwizinn, prévalait, nous assistons aujourd’hui à des différences d’opinion et débats constructifs entre partenaires qui, tout en gardant leurs spécificités idéologiques, convergent sur l’essentiel : transformer Maurice pour amener le changement promis. Cette diversité d’approches, loin d’affaiblir l’action gouvernementale, l’enrichit. C’est le propre des coalitions démocratiques modernes que de cultiver cette capacité au dialogue interne.

Plutôt que de nous complaire dans l’analyse stérile des micro-tensions, concentrons-nous sur les réalisations concrètes de ces neuf premiers mois de gouvernance. Le bilan est éloquent et témoigne d’une dynamique de changement bien réelle, quoi qu’en disent des éternels insatisfaits. Après des années de centralisation excessive, les institutions mauriciennes ont retrouvé leur autonomie. La police fonctionne sans ingérence politique, les pouvoirs du directeur des poursuites publiques ont été restitués grâce aux amendements à la ‘Financial Crimes Commission Act’, et même la MBC traite l’information avec impartialité, offrant une tribune équitable à l’opposition.

Le Parlement lui-même illustre ce renouveau démocratique. Avec 35 séances depuis novembre 2024, 190 réponses du Premier ministre aux questions parlementaires et 19 projets de loi votés, l’institution législative a retrouvé sa vitalité. Fini les suspensions arbitraires et les procédures truquées qui caractérisaient l’ère précédente.

Sur le front du pouvoir d’achat, le gouvernement n’a pas versé dans la démagogie des promesses creuses. Un fonds de Rs 2 milliards a été constitué pour stabiliser les prix, accompagné de mesures ciblées comme l’exonération de TVA sur les produits de consommation courante ou la baisse significative du prix du beurre et de la margarine dans un premier temps et ensuite sur les cinq produits essentiels, dont le lait en poudre, l’huile de soja, le lait pour nourrissons, les couches pour bébés, et le fromage.

L’arsenal législatif adopté en huit mois impressionne par sa cohérence. Le ‘Legal Aid and Legal Assistance Act’ élargit l’accès à la justice gratuite, tandis que les amendements à la ‘Financial Crimes Commission Act’ renforcent la lutte contre la criminalité financière. Ces réformes, loin d’être cosmétiques, transforment concrètement le système judiciaire mauricien.

Le retour aux anciens critères d’admission en Grade 12, la tenue des Assises de l’Éducation, le remplacement du programme d’autonomisation défaillant qui laissait plus de 2000 étudiants sur le carreau, et l’introduction du créole mauricien en Grade 11 marquent une rupture avec les politiques éducatives précédentes.

Au-delà des mesures immédiates, le gouvernement dessine les contours d’une Maurice modernisée. Le lancement du ‘Digital Government Blueprint’ – « A Bridge To the Future », la stratégie des services financiers 2025-2030, ou encore le projet « Manufacturing 4.0 » pour accompagner les PME dans l’intégration des technologies de pointe révèlent une ambition de transformation structurelle.

Cette performance collective transcende les sensibilités partisanes. Elle démontre que lorsqu’une alliance politique parvient à maintenir le cap sur ses priorités essentielles – restauration démocratique, justice sociale, modernisation économique – les divergences de surface deviennent secondaires.

Plutôt que de faire fausse route sur les supposées tensions internes, reconnaissons la maturité d’une alliance qui, en moins d’un an, a engagé Maurice sur la voie du renouveau démocratique et du développement durable. Les Mauriciens, dans leur sagesse, sauront distinguer entre les querelles de chapelle et la substance de l’action gouvernementale. Car au final, ce qui compte n’est pas l’uniformité artificielle des discours, mais la convergence réelle sur les réformes qui transforment positivement le quotidien de nos concitoyens.

L’Alliance du Changement, par ses réalisations concrètes, prouve qu’elle mérite qu’on la juge sur ses actes plutôt que sur ses divergences d’opinion. C’est là, précisément, la marque d’une gouvernance mature et démocratique.