[OPINION] Pension : Les pyromanes du MSM jouent aujourd’hui aux pompiers

Après avoir creusé la dette, supprimé le NPF et reconnu eux-mêmes l’urgence d’une réforme, les anciens pilleurs du MSM tentent aujourd’hui d’exploiter l’inquiétude légitime des Mauriciens. La pension mérite mieux que leur amnésie sélective.

Il y a des acquis auxquels on ne touche pas sans provoquer une onde de choc. Non parce qu’ils seraient intouchables par principe, mais parce qu’ils sont profondément ancrés dans notre histoire collective. La pension universelle en fait partie. Elle n’est pas seulement un versement mensuel. Elle représente, pour des milliers de Mauriciens, la dignité après une vie de sacrifices, la sécurité au soir de l’existence et la reconnaissance d’une contribution à la construction du pays.

C’est précisément parce que la pension est sacrée qu’il faut la protéger de deux dangers : l’irresponsabilité financière et la récupération politique. Réformer ne signifie pas détruire. Réformer, c’est éviter qu’un système devenu financièrement fragile ne s’effondre sur la tête de nos enfants et de nos petits-enfants. Le véritable courage politique consiste à trouver le juste équilibre : préserver les droits de la génération actuelle tout en garantissant que les générations futures bénéficieront, elles aussi, de cette protection.

Les zones d’ombre entourant la réforme ont été dissipées vendredi par le gouvernement. La pension universelle demeure accessible dès l’âge de 60 ans pour toute personne qui choisit de la prendre à cet âge. Son montant sera ajusté chaque année en fonction du coût de la vie. Il progressera ensuite avec l’âge, conformément aux augmentations prévues, dont la majoration applicable à 65 ans. Surtout, les personnes qui perçoivent déjà leur pension ne sont pas concernées par cette nouvelle formule. Leurs droits acquis sont protégés. La réforme concerne les nouveaux bénéficiaires entrant dans le système pendant la période transitoire.

Ce sont là des faits. Pas des slogans. Pas des rumeurs soigneusement entretenues pour faire peur aux personnes âgées. La pension n’est pas supprimée. Elle n’est pas gelée. Elle est garantie dès 60 ans, revalorisée chaque année et renforcée avec l’âge. Le ‘welfare state’ n’est pas menacé : il est protégé. Faire croire que le Parti travailliste voudrait aujourd’hui démanteler le ‘welfare state’ relève d’une mauvaise foi historique.

La pension de vieillesse existe depuis 1950 et est devenue universelle en 1958, après l’abolition du ‘means test’. Le Parti travailliste et les forces progressistes de l’époque ont joué un rôle déterminant dans cette évolution sociale. Sous le leadership de Sir Seewoosagur Ramgoolam, Maurice a ensuite consolidé un modèle fondé sur la santé publique, l’éducation gratuite, la protection sociale et l’égalité des chances. En 2005, sous Navin Ramgoolam, ce socle a été élargi avec l’introduction du transport gratuit pour les étudiants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap. La décision fut officiellement entérinée par le Conseil des ministres dès août 2005.

Accuser aujourd’hui les héritiers politiques de cette tradition de vouloir enterrer l’État-providence est donc une absurdité. Le vrai danger serait de refuser toute réforme jusqu’au jour où il n’y aurait plus suffisamment de ressources pour financer la pension. Protéger le ‘welfare state’, ce n’est pas le momifier. C’est lui donner les moyens de survivre. Le plus indécent dans cette controverse reste cependant la posture du MSM. Ceux qui descendent aujourd’hui dans la rue en prétendant défendre la pension sont les mêmes qui, lorsqu’ils gouvernaient, avaient reconnu noir sur blanc que le système ne pouvait plus continuer sans réforme.

En novembre 2020, l’ancien ministre des Finances Renganaden Padayachy expliquait lui-même que le vieillissement de la population et le déficit actuariel du ‘National Pension Fund’ rendaient une réforme nécessaire. Il affirmait encore que, sans changement, le financement supplémentaire nécessaire à la pension dépasserait Rs 20 milliards. Raison pour laquelle son gouvernement avait finalement supprimé les contributions au NPF pour introduire une « charge sociale obligatoire » : la CSG. Plus accablant encore : lors d’une réponse parlementaire du 24 octobre 2023, Padayachy avait indiqué, à propos de ces mêmes contributions de la CSG, qu’« il ne reste rien ».

Voilà donc ceux qui donnent aujourd’hui des leçons de gestion : les architectes d’un mécanisme dans lequel les contributions encaissées servaient immédiatement à financer les dépenses courantes, sans véritable fonds capitalisé pour l’avenir. La vérité que le MSM préférerait enterrer sous ses pancartes est beaucoup plus brutale. Selon les chiffres présentés par le Junior Minister aux Finances Dhaneshwar Damry vendredi, l’État doit consacrer environ Rs 30 milliards au seul paiement des intérêts de la dette pendant l’exercice 2026-2027. Pas au remboursement du capital. Seulement aux intérêts.

Rs 30 milliards qui ne construiront ni écoles, ni hôpitaux, ni logements. Rs 30 milliards qui ne financeront ni emplois, ni infrastructures, ni amélioration des pensions. C’est le prix annuel de l’héritage laissé au pays. L’audit des finances publiques avait déjà établi qu’en juin 2024, la dette du secteur public dépassait 83 % du PIB, alors qu’elle avait été précédemment présentée à un niveau inférieur. Le déficit budgétaire réel de 2023-2024 était également estimé à 5,7 % du PIB, contre 3,9 % annoncé auparavant.

Ce sont ces mêmes responsables de l’effondrement de notre économie qui prétendent aujourd’hui que l’argent apparaîtra par enchantement pour financer toutes leurs promesses. Ils parlent comme si une pension pouvait être payée par un slogan, comme si une dette disparaissait à coups de conférences de presse et comme si les intérêts n’arrivaient jamais à échéance. Ces vautours du MSM ont laissé la facture. Ils organisent maintenant la colère contre ceux qui doivent la régler.

Il est profondément regrettable que certaines organisations syndicales et certains militants aient choisi de servir de sérum politique à un MSM encore affaibli par son rejet massif aux élections. La contestation sociale est légitime. Les citoyens ont le droit de poser des questions, d’exiger des explications et de demander des garanties. Le gouvernement avait d’ailleurs le devoir de mieux expliquer la réforme dès le départ. Le flou a nourri l’angoisse et ouvert un boulevard à la désinformation.

Mais le gouvernement a montré qu’il est à l’écoute, contrairement à ses prédécesseurs. D’ailleurs, la sincérité d’une cause ne doit pas devenir l’instrument de la survie politique de ceux qui ont contribué à créer le problème. Où Reaz Chuttoo et consorts lorsque le NPF fut supprimé et remplacé par la CSG ? Où étaient ces grands défenseurs des travailleurs lorsque le gouvernement MSM reconnaissait que les contributions encaissées ne constituaient pas une réserve pour chaque travailleur ? Où étaient les grandes démonstrations d’indignation lorsque les finances publiques se dégradaient et que les chiffres officiels embellissaient la réalité ? À l’époque, certains applaudissaient. Aujourd’hui, ils défilent aux côtés de ceux qu’ils auraient dû combattre. Ceux qui avaient peur de la vérité.

L’hypocrisie atteint son comble lorsque le MSM se présente comme le défenseur des libertés et de la population. En novembre 2024, à quelques jours des élections générales et au plus fort des révélations de ‘Missie Moustass’, l’ancien gouvernement avait ordonné le blocage des plateformes de réseaux sociaux jusqu’au lendemain du scrutin. La mesure, officiellement justifiée par des considérations de sécurité nationale, fut levée après une vague d’indignation. Ils avaient voulu couper la population du monde pour étouffer les révélations. Ils avaient tenté de plonger le pays dans un silence numérique au moment même où les Mauriciens exigeaient des réponses.

Ceux qui disaient autrefois à leurs opposants d’« aller mars marsé » ont aujourd’hui découvert les vertus de la marche. Ceux qui méprisaient la contestation cherchent désormais à prendre la tête du cortège. Ceux qui redoutaient la vérité se présentent comme les gardiens du peuple. La population n’est pas dupe. La vraie trahison serait de ne rien faire. Oui, la pension touche à l’intime. Oui, le gouvernement devait mieux préparer, mieux consulter et mieux expliquer. Mais l’émotion ne doit pas nous condamner à l’aveuglement. Le choix réel n’est pas entre la pension et la réforme. Le choix est entre une réforme maîtrisée aujourd’hui et une crise incontrôlable demain.

Garantir la pension dès 60 ans, protéger les bénéficiaires actuels, ajuster les montants au coût de la vie et assurer la pérennité du système pour les enfants d’aujourd’hui : voilà le compromis qui a été trouvé. La véritable menace contre le ‘welfare state’ ne vient pas de ceux qui tentent de le rendre soutenable. Elle vient de ceux qui l’ont transformé en machine électorale, financée par la dette et les prélèvements, sans se soucier de la facture laissée aux générations suivantes. Le MSM peut marcher. Il peut crier. Il peut réécrire ses discours et effacer ses propres déclarations. Il ne pourra pas effacer son bilan. Les Mauriciens savent désormais qui a construit l’État-providence, qui l’a élargi et qui a failli le mettre en péril.