Face à une situation financière et institutionnelle catastrophique léguée par l’ancien gouvernement de Pravind Jugnauth, le Premier ministre Navin Ramgoolam n’avait pas d’autre choix que de proposer un budget de redressement. Ce budget d’équilibre, loin d’être un simple exercice comptable, est une décision responsable et courageuse qui vise à reconstruire les fondations d’un pays affaibli par des années de mauvaise gouvernance, de gaspillages flagrants et de dérives budgétaires.
Les faits parlent d’eux-mêmes. La dette publique a explosé pour atteindre Rs 642 milliards (90 % du PIB). Le déficit budgétaire a été multiplié par presque trois, atteignant 9,8 % du PIB au lieu des 3,4 % annoncés par Renganaden Padayachy. La CSG, censée garantir les pensions, a été vidée de sa substance, détournée de sa mission, et laisse aujourd’hui un trou de Rs 9 milliards dans les finances publiques. Les cas de gaspillage recensés – ‘Pack & Blister’, contrat douteux de Rs 30 milliards de la STC à ‘Mercantile Maritime Ltd’ (MM), prêt de Rs 1, 65 milliard par la MIC à l’hôtel Maradiva de Kobita Jugnauth et de son frère Sanjiv Ramdanee, explosion des coûts pour la rénovation du ‘Cotton Bay Hotel’ à Rodrigues, placements irresponsables de fonds publics dans ‘Silver Bank’, financements opaques à ‘Pulse Analytics’ ou ‘Voila Brand Vision Ltd’, les millions et milliards de roupies dont ont bénéficié les ‘blue eyed boys’ Satar Hajee Abdoula et Avinash Gopee à travers des prestations et des contrats, entre autres – illustrent l’étendue des dégâts.
Dans ce contexte, repousser l’âge de la retraite de manière graduelle à 65 ans était certes une mesure impopulaire, mais inévitable. Le gouvernement Ramgoolam a choisi d’affronter cette réalité au lieu de la maquiller. Ce n’est pas un choix de convenance politique, mais une nécessité structurelle pour garantir la viabilité de notre système de protection sociale dans les années à venir. L’explosion des dépenses liées au vieillissement de la population, combinée à l’effondrement du système de pension hérité de l’ancien régime – en particulier l’épuisement prématuré des fonds de la CSG – a créé une bombe à retardement budgétaire.
Le gouvernement Ramgoolam a fait le choix courageux de ne pas transmettre ce fardeau aux générations futures. En agissant aujourd’hui, il protège les droits sociaux de demain. Maintenir l’âge de la retraite à 60 ans dans un pays où l’espérance de vie dépasse les 75 ans, et où le ratio entre actifs et retraités se réduit d’année en année, aurait été une trahison envers les jeunes Mauriciens. Ce sont eux, les jeunes travailleurs d’aujourd’hui, qui auraient été appelés à financer des pensions insoutenables, au prix d’une pression fiscale accrue, d’une réduction des services publics et d’une dette nationale hors de contrôle.
En ajustant graduellement l’âge de la retraite à 65 ans, le gouvernement envoie un message clair : nous ne sacrifierons pas l’avenir pour préserver un confort immédiat. Ce n’est pas un recul social, mais un réalignement nécessaire pour garantir la justice intergénérationnelle. Ce choix difficile permet de sauvegarder le système de retraite, d’éviter l’effondrement des pensions, et de donner au pays les moyens de continuer à investir dans la santé, l’éducation, le logement et la création d’emplois. Ce n’est pas un sacrifice imposé à sens unique, mais une solidarité nationale organisée autour d’une vision lucide : celle d’un avenir plus juste, plus durable, et équitablement partagé entre toutes les générations.
Cependant, ce virage nécessaire a été contrebalancé par des mesures concrètes de compassion et de justice sociale. Loin de délaisser les plus vulnérables, le gouvernement a maintenu – et dans certains cas augmenté – les allocations sociales essentielles. Le revenu minimum garanti de Rs 20 000 pour les employés à temps plein a été prolongé. Les pensions ont été maintenues pour les bénéficiaires du ‘Basic Widows Pension’ et du ‘Basic Invalid Pension’ même en attendant le nouvel âge légal. De plus, un fonds de stabilisation des prix de Rs 10 milliards, dont Rs 2 milliards dès cette année-ci, a été mis en place pour lutter contre l’inflation et protéger le pouvoir d’achat des familles modestes, conformément à ce qu’avait promis l’Alliance du Changement dans son manifeste électoral.
Les allocations CSG ne seront pas supprimées d’un seul coup en juin 2025, comme l’avait prévu l’ancien gouvernement MSM, mais seront ‘phased out’ graduellement. Les familles enregistrées au ‘Social Register of Mauritius’ continueront de bénéficier d’aides ciblées, incluant le logement, le transport et l’accès gratuit à l’internet. L’abolition de la TVA sur certains produits de base et le renforcement des contrôles sur les pratiques commerciales abusives témoignent également d’une volonté claire de protéger les consommateurs face à la cherté de la vie.
Ce budget est donc un acte de responsabilité nationale, un tournant nécessaire vers une gouvernance intègre et équitable. Il n’est pas dicté par le populisme, mais par une vision claire et ambitieuse pour l’avenir de Maurice. Se confiant à l’Express avant la présentation du budget, il avait donné le ton : « Ce sera un exercice particulièrement difficile et c’est pour cette raison que j’ai moi-même pris le portefeuille des Finances. Je ne voulais pas imposer cette tâche ingrate à quelqu’un d’autre. Après tant d’années en politique, d’échecs et de traversées du désert, je pense avoir les épaules assez larges pour encaisser les critiques à venir ». C’est clair. Il savait ce qu’il risquait. Il s’attendait au déluge des critiques. Mais il a néanmoins décidé d’assumer l’entière responsabilité de cette décision audacieuse. Son courage politique, en assumant des décisions difficiles tout en gardant un souci sincère des plus fragiles, mérite d’être salué.
Dans cette dynamique de redressement, le Dr Navin Ramgoolam a aussi posé les bases d’un nouveau modèle économique, centré sur la relance de la productivité. Trois piliers structurent cette stratégie ambitieuse : la recherche et l’innovation, la réorientation des ressources et l’investissement transformationnel. En encourageant la recherche appliquée, en intégrant l’intelligence artificielle dans les services publics et dans l’économie, en valorisant davantage le travail féminin, ou encore en repensant l’usage des terres agricoles, l’État donne un nouveau souffle à des secteurs clés longtemps négligés. Cette approche vise non seulement à créer des emplois de qualité pour nos jeunes, mais aussi à réconcilier croissance économique et justice sociale, en stimulant la compétitivité de l’économie mauricienne sans sacrifier les plus vulnérables.
Reconstruire un pays ne peut se faire sans vérité, sans rigueur, et sans justice. ll ne s’agit pas simplement de réparer les dégâts du passé, mais de poser les fondations solides d’un pont vers l’avenir – un avenir plus stable, plus équitable, et plus prospère. Ce budget n’est pas une fin en soi, mais un pont qui reliera les sacrifices d’aujourd’hui aux espoirs de demain. C’est un acte de foi dans notre capacité à dépasser les épreuves, à renouer avec l’exigence d’une gouvernance responsable, et à offrir à notre jeunesse un pays enfin tourné vers le progrès durable. C’est cela aussi le changement. Qu’on le veuille ou pas.


![[Opinion] Vision 2050 : Gouverner pour l’avenir, pas pour 2029](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/12/NAVIN-3-218x150.jpg)
![[OPINION] Pravind Jugnauth, celui qui accuse aujourd’hui, mais persécutait hier](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/12/Screen-Shot-2025-12-06-at-11.30.33-218x150.png)
![[Opinion] Cyberviolence : L’alerte rouge](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/11/53258534-40366705-1-218x150.jpg)
![[OPINION] L’essentiel : avancer](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/11/Navin-Paul-218x150.webp)
![[Opinion] Un an de deuil pour le MSM et le règne de Lakwizinn](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/11/Pravin-218x150.png)
![[Opinion] Deux frères, deux colistiers, une même mission : restaurer la dignité de l’organisation du hadj](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/10/ES-218x150.png)
![[CEB] Coupure illégale et fraude présumée de Rs 125 millions au cœur d’une réunion d’urgence](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2026/01/CEB-150x150.jpg)
![[Khutbah – La réflexion du vendredi] Gaza, dernier rempart devant Al Aqsa](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2026/01/MS-150x150.jpg)
![[Conseil des ministres] Réformes, coopération internationale et Vision 2050 à l’agenda](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/09/conseil_des_ministres-e1757761558177-150x150.jpg)

![[CEB] Coupure illégale et fraude présumée de Rs 125 millions au cœur d’une réunion d’urgence](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2026/01/CEB-100x70.jpg)
![[Khutbah – La réflexion du vendredi] Gaza, dernier rempart devant Al Aqsa](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2026/01/MS-100x70.jpg)
![[Conseil des ministres] Réformes, coopération internationale et Vision 2050 à l’agenda](https://sundaytimesmauritius.com/wp-content/uploads/2025/09/conseil_des_ministres-e1757761558177-100x70.jpg)