La séance parlementaire du 11 novembre a mis en lumière une série de dysfonctionnements majeurs touchant la cybercriminalité, la violence domestique, la gouvernance publique et plusieurs enquêtes sensibles. Face à des chiffres alarmants et aux révélations sur les pratiques de l’ancien régime, le Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé des réformes urgentes — dont l’adoption du Police (Amendment) Bill — pour restaurer la rigueur des institutions et renforcer la protection des citoyens.
Cybercriminalité : un système essoufflé, zéro condamnation et une réforme urgente
La réponse du Premier ministre, Navin Ramgoolam, à la PQ B/960, posée par la députée Stéphanie Anquetil, a révélé ce mardi 11 novembre des chiffres particulièrement préoccupants sur l’efficacité de la Cyber Crime Unit. Malgré l’explosion des délits en ligne et l’exposition accrue des jeunes aux dérives numériques, l’unité spécialisée n’a obtenu aucune condamnation en près de trois ans.
Créée en 2006 et composée aujourd’hui de 16 officiers, la Cyber Crime Unit traite les dossiers les plus complexes référés par les postes de police, le Central CID ou la plateforme MAUCORS. Entre janvier 2023 et novembre 2025, 837 cas ont été transmis à l’unité. Les officiers ont procédé à 120 arrestations, enregistré plus de 1 000 déclarations, et transmis seulement 5 dossiers en cour. Aucun n’a débouché sur un verdict de culpabilité.
Face à ce bilan, la députée Anquetil a déploré un « grave dysfonctionnement » : « On encourage les victimes à parler, mais on laisse les agresseurs impunis », a-t-elle lancé.
Le Premier ministre a reconnu les lacunes du dispositif et annoncé une coopération renforcée avec l’Inde. Une délégation du Maharashtra Cyber Department a déjà animé un atelier technique à Maurice début novembre. L’objectif : moderniser les méthodes, améliorer les procédures et doter le pays d’une capacité de surveillance plus rapide et plus efficace.
Interrogé sur les cas dramatiques de cyberviolence ayant conduit au suicide d’une adolescente de 17 ans, Navin Ramgoolam a insisté sur la nécessité de mieux protéger les victimes et a indiqué qu’un soutien psychologique est désormais systématiquement proposé.
Mais les chiffres ne laissent guère de doute : malgré les efforts, le pays reste mal armé face à la sophistication croissante des cybermenaces. Et la question posée par la députée Anquetil résonne plus que jamais : combien de victimes faudra-t-il encore avant que le système ne soit véritablement opérationnel ?
Violence domestique : le Premier ministre présente un état des lieux préoccupant et annonce des réformes
Le Premier ministre a apporté des précisions détaillées en réponse à la PQ B/961 soulevée par le député Adrien Duval, portant sur l’évolution des cas de violence domestique au cours des douze derniers mois. Les données communiquées révèlent une situation toujours très préoccupante, avec 4 127 cas enregistrés entre novembre 2024 et novembre 2025, dont une majorité — 3 042 cas — relevant de violences physiques.
Dès l’entame de sa réponse, Navin Ramgoolam a rappelé que la lutte contre les violences domestiques reste l’une des priorités transversales de son gouvernement. Les statistiques dévoilées, issues des rapports du Deputy Commissioner of Police, illustrent selon lui l’urgence d’adapter et de renforcer les mécanismes actuels de protection et de prévention. Au total, 2 103 personnes ont été traduites en justice durant la période visée.
Le Premier ministre a indiqué que les tribunaux ont délivré, pour la même période :
- 970 Interim Protection Orders (IPOs)
- 454 Protection Orders définitifs,
dont 400 pour des femmes et 54 pour des hommes
En revanche, aucun Occupation Order, Tenancy Order ou Ancillary Order n’a été sollicité ni émis, une situation jugée préoccupante au regard du rôle crucial de ces ordonnances dans la protection immédiate des victimes.
Reconnaissant que les outils légaux actuels montrent leurs limites, le Premier ministre a annoncé que le ministère de l’Égalité des genres travaille sur un nouveau Domestic Abuse Bill, prévu pour renforcer le cadre existant, fluidifier les démarches des victimes et améliorer la coordination policière et judiciaire.
L’objectif : moderniser la loi, offrir une prise en charge plus rapide et renforcer la politique de tolérance zéro affichée par le gouvernement.
Le Premier ministre a réaffirmé l’engagement de la police, notamment à travers la Brigade pour la Protection de la Famille, qui assure :
- l’accueil et l’accompagnement des victimes,
- le soutien psychologique,
- les interventions en cas d’urgence,
- ainsi que des opérations de sensibilisation dans les écoles, lieux publics, entreprises et centres communautaires.
Ces actions, combinées à la réforme législative annoncée, visent selon lui à créer un environnement plus sûr et à encourager davantage de victimes à signaler les violences.
En conclusion, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective :
« La violence domestique est un fléau social. Nous devons redoubler d’efforts pour protéger les plus vulnérables et garantir que chaque cas soit traité avec sérieux et diligence. »
Vol privé de Trans Ocean Airways : le PM défend la rigueur des enquêtes et dénonce une opération “pré-planifiée”
Lors de la PNQ consacrée à l’arrivée controversée d’un vol privé de Trans Ocean Airways le 12 octobre, le Premier ministre a livré une réponse resserrée mais ferme, cherchant à montrer la solidité des enquêtes en cours.
Il a confirmé que la police a interrogé 37 personnes et recueilli 52 dépositions depuis la publication du rapport du Secretary to Cabinet. Les institutions auditionnées incluent Jet Prime, la Civil Aviation, les douanes, la PIO et la PMO. Selon lui, l’enquête est “à un stade critique”, raison pour laquelle “les noms ne peuvent être divulgués”.
Parallèlement, la Financial Crimes Commission a entendu 25 personnes et procédé à quatre arrestations, dont celle de l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga. Trois ressortissants malgaches ont décrit un système de “state capture” ayant profité à des proches de l’ancien régime. Les investigations portent notamment sur le bois de rose, le milling, les exportations de litchis et l’acquisition contestée de Boeing envoyés en Iran.
Le Premier ministre a insisté : « C’était une opération pré-planifiée, impliquant des acteurs à Jet Prime et certains opérateurs privés. » Concernant Jet Prime Ltd, il a rappelé que son board actuel est temporaire, non rémunéré, et mis en place le temps de la restructuration d’Airport Holdings Ltd. Aux critiques de l’opposition, il a rétorqué : « Vous voulez qu’il n’y ait pas de board ? On ne peut pas faire fonctionner une compagnie sans board. » Interrogé sur le départ du pilote et d’un passager de haut profil, il a répondu : « Ils ont été interrogés. Il n’y avait rien contre eux. »
En conclusion, le chef du gouvernement a assuré : « Il n’y aura aucun cover-up, ni dans cette affaire, ni dans aucune autre depuis que ce gouvernement est au pouvoir. »
Ascension fulgurante et privilèges en cascade : le cas Kavish Pultoo expose les dérives d’un système
La question parlementaire B/963 a mis en lumière, mardi, ce que le Premier ministre n’a pas hésité à qualifier d’exemple frappant des « abus » qui ont émaillé l’ancien régime. Le député Beejan souhaitait connaître les fonctions, rémunérations et missions effectuées par Kavish Pultoo entre 2015 et 2024. La réponse a révélé un parcours professionnel d’une étonnante prospérité — financé par l’argent public.
Recruté comme journaliste à la MBC en 2015, Pultoo grimpe les échelons à un rythme inhabituel : News Editor/Senior News Editor dès 2017, avec un salaire dépassant Rs 67 000. Il accompagne ensuite le Premier ministre d’alors, Pravind Jugnauth, lors de déplacements à New York et en Inde, pour un coût de Rs 309 376 pris en charge par la MBC.
Mais c’est à partir de 2020 que l’ascension devient vertigineuse. Nomination comme Adviser on Information Matters, puis Senior Adviser on Policy and Communication Matters : en quelques mois, la rémunération monte à environ Rs 119 000 mensuels. En 2022, il est propulsé Director of Information Services avec un package culminant à Rs 145 630, sans compter les jetons de présence engrangés à la MBC. Rien que pour siéger sur trois sous-comités, il empoche Rs 312 000 supplémentaires.
Face à ces chiffres, le Premier ministre a été explicite : « Le then government decided what they would do. If they liked your face, they would give you anything. » Une phrase qui résume, selon lui, une logique clientéliste profondément ancrée.
Pultoo a également participé à dix missions officielles — dont huit en compagnie du Premier ministre de l’époque — pour un total de Rs 1,36 million. L’une d’elles, en mai 2024, est justifiée par une mystérieuse « urgence sécuritaire », aux côtés d’un ex-cadre de la Counter Terrorism Unit. Là encore, le Premier ministre n’a pas manqué d’égratigner l’ancienne équipe : « You see the ploy of appointing them and then putting them on different committees onboard. »
Après sa nomination comme Senior Adviser au PMO en février 2024, son contrat est résilié en novembre de la même année. Il retourne brièvement à la MBC avant de démissionner en janvier 2025.
Face au député qui demandait si toutes ces dépenses respectaient les politiques publiques en vigueur, le Premier ministre n’a pas adouci son jugement. Une enquête est en cours, a-t-il précisé, laissant entendre que l’ensemble du dispositif pourrait avoir reposé sur un système de faveurs plutôt que sur des critères de mérite ou de nécessité.
Advisers sous l’ancien régime : un système de privilèges savamment « boosté »
La question parlementaire B/962 a mis en lumière, mardi, l’ampleur des revenus perçus par les conseillers de Pravind Jugnauth entre 2015 et 2024. Trente-et-un conseillers — dont 4 Special Advisers et 11 Senior Advisers — ont bénéficié d’un dispositif que l’actuel chef du gouvernement décrit comme un stratagème destiné à gonfler artificiellement leurs revenus.
« Il s’agissait d’un stratagème soigneusement conçu pour augmenter les revenus des conseillers en leur permettant de siéger à de nombreux conseils d’administration », a expliqué le Premier ministre, soulignant que ces jetons de présence dépassaient souvent leurs salaires principaux.
Les chiffres donnent le vertige :
- Ramprakash Maunthrooa (Special Adviser) : Rs 8,1 M de salaire + Rs 15 M de jetons de présence (14 boards, 7 comités) = Rs 23,1 M sur la période 2015–2024.
- Nayen Koomar Ballah (Special Adviser) : Rs 3,5 M de salaire + Rs 7,5 M sur 9 boards = Rs 11 M en 22 mois.
- Kreedeo Beekharry (Senior Adviser) : Rs 7,6 M de salaire + Rs 16 M issus de 6 boards et 3 comités = Rs 23,6 M, un record.
- Sarah Rawat Currimjee (Senior Adviser) : Rs 8,3 M de salaire + Rs 9 M provenant de 6 boards et 2 comités = Rs 17,3 M.
Plus loin, le Premier ministre a dénoncé directement ce système : « C’est le type d’abus que le MSM a pratiqué, c’est vraiment ce genre d’abus. » Une charge claire contre un dispositif où les nominations politiques servaient davantage à enrichir les proches du pouvoir qu’à répondre à l’intérêt public. Le cas le plus singulier reste celui d’un conseiller dont la « spécialité » aurait été… spirituelle. « Il était un “ojha”… des prières, soi-disant des prières, et il touchait un salaire mensuel de 32 350 Rs », a ironisé le Premier ministre, provoquant une salve de réactions dans l’hémicycle.
Face à ces révélations, il a affirmé vouloir rompre avec ces pratiques discrétionnaires : les rémunérations des conseillers devront désormais reposer sur des règles « claires, transparentes et équitables ». Un engagement qui sonne comme un verdict sur l’ancien système : un appareil parallèle de revenus cumulés, soigneusement orchestré, dont les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Alpha Bravery : Navin Ramgoolam salue une opération « exemplaire » et égratigne l’ancien régime
Le Premier ministre a vivement salué, ce mardi au Parlement, la saisie de 433 kg de cocaïne à bord de l’Alpha Bravery, qualifiant l’opération de succès majeur dans la lutte contre le trafic transnational. Il a insisté sur le professionnalisme des unités engagées, parlant d’une coordination « exemplaire » ayant permis de préserver « la sécurité du personnel et des preuves ».
« Cette saisie envoie un message fort aux réseaux internationaux : Maurice ne tolérera pas l’utilisation de son espace maritime pour des activités illicites », a-t-il déclaré, réaffirmant la volonté du gouvernement de renforcer ses capacités, notamment grâce au soutien de l’Inde pour surveiller la zone économique exclusive du pays.
Le chef du gouvernement a également souligné que les éléments découverts à bord — notamment des gilets de sauvetage attachés aux colis — correspondent à « un modus operandi bien connu des trafiquants transnationaux pour récupérer des drogues en haute mer et échapper aux patrouilles ».
Dans son intervention, il n’a pas manqué de critiquer l’ancien régime MSM, l’accusant d’avoir laissé prospérer un climat favorable aux réseaux criminels. « Le milieu néfaste alimenté par la drogue… que le précédent gouvernement a laissé en héritage est alarmant », a-t-il martelé.
Il a également rappelé un épisode survenu en 2024, où deux navires suspects avaient été signalés : l’un intercepté aux Seychelles avec 900 kg de stupéfiants, l’autre ayant « été autorisé à circuler librement » dans les eaux mauriciennes. « La police avait été mise au courant, mais elle est restée sourde, au grand désarroi du Regional Maritime Information Centre (RMIC) », a-t-il affirmé.
Le Premier ministre a conclu en renouvelant la détermination du gouvernement à combattre fermement les réseaux criminels : « Nous continuerons à être impitoyables contre la mafia en tout genre ».
Police (Amendment) Bill : Le gouvernement veut rompre avec les pratiques du passé
Le Police (Amendment) Bill a été adopté ce mardi 11 novembre à l’Assemblée nationale, après sa présentation en deuxième lecture par le Premier ministre Navin Ramgoolam. Celui-ci a qualifié cette réforme d’« urgente et historique », affirmant qu’elle vise à moderniser la Police mauricienne et à combler des lacunes qui ont longtemps freiné la résolution d’affaires sensibles.
Le projet de loi prévoit d’autoriser le Commissaire de police à retenir les services d’enquêteurs spécialisés étrangers pour intervenir dans les dossiers complexes ou les cold cases. Ces experts agiront exclusivement sous la direction de la Police mauricienne, sans pouvoir d’arrestation. Ils devront avoir servi dans une force de l’ordre étrangère et démontrer une expertise pointue en matière d’enquêtes spécialisées, notamment en criminalistique, technologies de communication ou analyse financière.
Navin Ramgoolam a insisté sur la nécessité de rouvrir et de mener à terme plusieurs enquêtes emblématiques, dont celles liées à la mort de Soopramanien Kistnen ou de Nadine Dantier. Il a dénoncé les « échecs, voire les manipulations délibérées » du précédent gouvernement, affirmant que certaines affaires avaient été orientées ou négligées, au détriment des victimes et de la transparence.
Le Premier ministre a également replacé cette initiative dans une réforme institutionnelle plus large, citant notamment les amendements récents apportés à la Financial Crimes Commission Act. L’objectif : restaurer la confiance du public, renforcer l’État de droit et assurer que « plus aucune personne, aussi influente soit-elle, ne soit au-dessus de la loi ».
« Les familles des victimes ne demandent qu’une chose : la vérité et la justice. Ce projet de loi nous donne les moyens d’y répondre », a déclaré Navin Ramgoolam, en invitant la Chambre à soutenir le texte.


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