La Financial Crimes Commission (FCC) a mené, cette semaine, une opération majeure au siège de Grant Thornton à Ébène, dans le cadre de l’enquête visant son CEO, Sattar Hajee Abdoula. Le lundi 24 novembre, les enquêteurs ont d’abord perquisitionné les bureaux du cabinet avant de se rendre au domicile de son dirigeant, déjà inculpé dans une affaire présumée de blanchiment d’argent. Ce qui ressemblait à une vérification de routine a finalement dévoilé des éléments susceptibles d’éclairer l’attribution controversée de plusieurs contrats publics entre 2020 et 2024.
Des saisies qui interrogent : alcool rare, cash dissimulé et objets de luxe
Au 9ᵉ étage de l’Ébène Tower, les limiers de la FCC n’ont pas seulement découvert un bureau ordinaire. Dans deux minibars, ils ont répertorié 45 bouteilles d’alcool haut de gamme, certaines réservées au duty-free. Dans un tiroir aménagé, ils ont mis au jour Rs 400 000 en liquide, rangées par coupures. Et ailleurs, des montres de valeur et des stylos de marque complétaient une collection soigneusement préservée.
Un coffre-fort a également été emporté, son ouverture devant se faire en présence de Sattar Hajee Abdoula. Bien que ces objets ne constituent pas des preuves en eux-mêmes, ils dressent le décor d’un environnement où affaires privées, prestations facturées et argent circulant en liquide interpellent les enquêteurs.
Fichiers numériques sensibles
Les investigations ont pris une tournure encore plus délicate le lendemain. À Phoenix, au domicile du CEO, la FCC a saisi des téléphones portables et un ordinateur portable qui seront analysés par des experts. Mais c’est au siège de Grant Thornton que la découverte la plus délicate a été faite : des fichiers numériques contenant des informations liées à des clients de la SBM ayant bénéficié de prêts non performants.
Ces documents, qualifiés en interne de « pièces potentiellement accablantes », ouvrent une piste parallèle : celle de possibles chevauchements entre dossiers bancaires sensibles et activités de conseil rémunérées. De quoi réveiller des questions déjà présentes à l’époque : qui avait accès à quoi, et dans quel but ?
Au cœur du dossier : un contrat de Rs 3,6 millions accordé sans garde-fous ?
L’enquête tourne autour d’un point central : l’attribution à Grant Thornton d’un contrat d’« Advisory Services » de Rs 3,6 millions par Air Mauritius en mars 2020. Selon la FCC, plusieurs étapes essentielles prévues dans les procédures internes n’auraient pas été respectées. Un officer-in-charge de la compagnie d’aviation est soupçonné d’avoir validé ce contrat sans effectuer les contrôles obligatoires.
Grant Thornton, pour sa part, maintient avoir perçu seulement 50 % du montant prévu, alors que les enquêteurs, eux, considèrent que des paiements auraient été effectués avant même la finalisation des prestations. Le fossé entre les versions ne fait que renforcer l’intérêt de la FCC pour les justificatifs comptables, les correspondances internes et les fichiers extraits des serveurs du cabinet.
Un système d’influence ? La FCC remonte la chaîne des décisions
L’opération de lundi n’est pas un exercice isolé. Elle s’inscrit dans un vaste effort visant à comprendre si, entre 2020 et 2024, un système de favoritisme ou d’influence aurait permis à certains cabinets d’obtenir des contrats publics majeurs.
Les enquêteurs veulent déterminer :
- pourquoi Grant Thornton aurait été privilégiée par rapport à d’autres firmes reconnues ;
- si des pressions politiques ou administratives ont pesé sur les décisions ;
- et si certaines validations ont été données en dehors des normes de conformité.
Chaque document saisi — signature, recommandation, fiche financière, email interne — est désormais analysé comme une pièce d’un puzzle bien plus large que le seul contrat d’Air Mauritius.
Une affaire loin d’être close
D’autres descentes ne sont pas exclues, et les données numériques récupérées pourraient ouvrir de nouveaux volets d’enquête. À mesure que la FCC décortique les flux financiers et remonte la chaîne de décisions, une certitude s’impose : l’affaire Grant Thornton pourrait éclairer une période où technocratie, intérêts privés et décisions d’État se sont dangereusement rapprochés.
Un rapprochement que les enquêteurs entendent désormais décortiquer pièce par pièce.
La motion de libération de Sattar Hajee Abdoula renvoyée au 2 décembre
La demande de libération sous caution de Sattar Hajee Abdoula a été reportée au 2 décembre, la procédure ne pouvant se tenir en raison de son hospitalisation à la clinique C-Care Wellkin. Le CEO de Grant Thornton reste sous observation après une intervention chirurgicale, et des troubles respiratoires nocturnes.
En cour, son avocat, Me Raouf Gulbul, a expliqué que son client ne pourrait assister à l’audience qu’une fois son état stabilisé, et un certificat médical sera produit pour justifier son absence. L’inspecteur Kewoo, représentant la Financial Crimes Commission (FCC), a confirmé que l’hôpital Dr A.G. Jeetoo ne disposait pas de l’équipement nécessaire pour traiter son apnée du sommeil, ce qui a motivé son transfert vers la clinique privée.
Le report a des implications directes sur l’enquête, car certaines étapes critiques — notamment l’ouverture des coffres-forts saisis et l’examen des dossiers et objets sensibles — nécessitent la présence de l’accusé. La FCC considère ce dossier comme stratégique, lié à la traçabilité des flux financiers dans le contrat d’« Advisory Services » de Rs 3,6 millions versé par Air Mauritius.


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