[Plateau continental de Rodrigues : 147 000 km² pour Maurice] “Pe déclare piti ki pas pou li”, réplique Navin Ramgoolam à Pravind Jugnauth

À peine la décision connue, Pravind Jugnauth s’est empressé de la présenter comme l’aboutissement d’une soumission déposée par son gouvernement en juillet 2024. Or, Maurice avait officiellement soumis ce dossier aux Nations unies le 6 mai 2009, sous le gouvernement de Navin Ramgoolam. En 2024, le dossier a été amendé. Mais la vérité historique ne peut être effacée : l’initiative déterminante remonte à 2009, soit quinze ans plus tôt, sous Navin Ramgoolam. La réplique de ce dernier, vendredi soir à Baie-du-Tombeau, a été cinglante : « Pe deklar piti ki pa pou li. Zot culture sa. »

Le dossier initial reposait sur d’importantes données géologiques, géophysiques et géochimiques. Une sous-commission des Nations unies a été créée en 2014 pour l’examiner. En 2016, Maurice a demandé une pause afin de recueillir de nouvelles données scientifiques et de renforcer ses arguments. C’est finalement en février 2026 qu’une délégation mauricienne composée du Dr Milan Meetarbhan, de M. D. K. Dabee et du Dr Rezah Badal, directeur général du Département du plateau continental, de l’administration et de l’exploration des zones maritimes, a effectué la présentation finale. Au terme de cet examen technique, la Commission des limites du plateau continental a donné gain de cause à Maurice le 30 juillet, couronnant dix-sept années de travail scientifique, juridique et diplomatique.

Cette décision reconnaît à Maurice des droits sur environ 147 000 km² de plateau continental étendu autour de Rodrigues, soit une superficie équivalente à plus de 72 fois l’ensemble du territoire terrestre de la République.

Contrairement à ce qu’a affirmé Pravind Jugnauth, il ne s’agit toutefois pas de 145 000 km² de ZEE supplémentaire. Maurice obtient des droits souverains et exclusifs sur les fonds marins et leur sous-sol au-delà de 200 milles nautiques, et non sur toute la colonne d’eau. Le pays pourra ainsi explorer et exploiter les ressources minérales, les autres ressources non vivantes ainsi que les espèces biologiques sédentaires de cette zone, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

Ce n’est pas une manne financière immédiate. Mais c’est un capital stratégique pour les générations futures: recherche scientifique, cartographie marine, planification de l’espace océanique, exploration responsable des ressources et renforcement de l’économie bleue. Cette avancée consolide ainsi le statut de Maurice comme véritable État-océan et place Rodrigues au cœur de cette ambition.