[PMQT] Honoraires : Rs 84,7 millions de fonds publics alloués à la cousine de Kobita Jugnauth

Le chiffre est vertigineux : Rs 84,7 millions. C’est le montant total touché par l’avouée Sonah-Ori de la part de l’État et de plusieurs institutions publiques entre 2015 et 2024. Une somme révélée par le Premier ministre Navin Ramgoolam en réponse à une question parlementaire. Mais au-delà du chiffre, un détail interpelle : Me Sonah-Ori est la cousine de Kobita Jugnauth, l’épouse de l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth.

Pendant près d’une décennie, Me Sonah-Ori a accumulé mandats et contrats dans au moins 19 instances publiques : membre de comités, de conseils d’administration, présidente de commissions ou encore conseillère légale dans des affaires sensibles. Elle a notamment travaillé pour la SBM Bank (Rs 37,2 millions), l’ICTA (Rs 12,1 millions), la Mauritius Duty Free Paradise (Rs 4,8 millions), la Mauritius Police Force (Rs 4,3 millions) ou encore la MBC. Elle siégeait également dans les conseils de Landscope, BPML Freeport Services, Informatics Park Ltd, AHL Properties et au Mahatma Gandhi Institute, pour ne citer que ceux-là. Et elle a même adressé une réclamation de plus de Rs 2 millions à la Financial Crimes Commission. Le total : Rs 84,7 millions de fonds publics.

Alors que de nombreux professionnels du droit peinent à obtenir des mandats publics, cette proximité familiale avec l’ancienne Première dame soulève de sérieuses questions sur le favoritisme, les conflits d’intérêts et la transparence dans l’attribution de contrats sous le régime précédent. Les explications officielles se font attendre. Mais pour l’opinion publique, le malaise est là : comment un si petit cercle a-t-il pu concentrer autant de ressources publiques, pendant si longtemps, en toute discrétion ?

Porsche Macan à prix cassé, sept véhicules en service : Les largesses de l’État à l’ex-CP Anil Kumar Dip

À peine retraité, l’ancien commissaire de police Anil Kumar Dip est reparti avec une Porsche Macan issue de la flotte VIP, acquise pour la somme de Rs 415 140. La transaction a eu lieu trois jours après son départ officiel, le 16 novembre 2024. L’information a été confirmée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en réponse à une question parlementaire du député Ludovic Caserne ce mardi à l’Assemblée.

Ce n’est pas tout : durant son mandat, entre août 2021 et novembre 2024, pas moins de sept véhicules du parc automobile de la police lui ont été affectés. Marque, modèle, numéro d’immatriculation, durée d’utilisation et affectation : les détails ont été remis à l’Assemblée. Mais sur l’usage exact de ces véhicules, le flou persiste — une enquête est toujours « en cours », selon les propos rapportés par le chef du gouvernement.

À la question de savoir si des véhicules avaient été achetés spécifiquement pour Anil Kumar Dip, la réponse est non. Toutefois, le Premier ministre a rappelé qu’en vertu du rapport du Pay Research Bureau de 2021, le Commissaire de police a le droit à un véhicule pour usage personnel et officiel, ou à une exonération complète de taxes pour une voiture allant jusqu’à 2000 cc. Or, la Porsche Macan dépasse largement ce seuil, ce qui soulève des interrogations.

Alors que la transparence et la rigueur dans la gestion des ressources publiques sont constamment invoquées, ce cas illustre une fois de plus les privilèges peu scrutés accordés à certains hauts fonctionnaires, même après leur départ. Et dans ce dossier, une partie des faits reste encore sous enquête.

Chagos

Le Royaume-Uni amorce la dissolution du “BIOT”, les droits de citoyenneté des Chagossiens maintenus

Lors de la séance parlementaire du 29 juillet 2025, le Premier ministre Navin Ramgoolam a apporté des précisions sur les derniers développements liés à l’accord entre Maurice et le Royaume-Uni concernant l’archipel des Chagos, en réponse à une question du député de Rodrigues, Francisco François.

Selon les informations transmises par le chef du gouvernement, un projet de loi intitulé “Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill” a été présenté à la Chambre des communes britannique le 15 juillet dernier. Ce texte vise notamment à dissoudre le territoire revendiqué unilatéralement par Londres sous l’appellation “British Indian Ocean Territory” (BIOT).

Dans un communiqué de presse récemment émis, le Haut-Commissariat britannique a précisé que les droits de citoyenneté des Chagossiens au Royaume-Uni ne sont pas affectés par cette législation. Le Premier ministre a souligné qu’aucune disposition de l’accord bilatéral sur les Chagos n’est de nature à compromettre les droits que les Chagossiens peuvent revendiquer en vertu des lois britanniques sur la nationalité.

Pour clore son intervention, Navin Ramgoolam a réitéré la position constante de Maurice, qui n’a jamais reconnu la souveraineté britannique sur l’archipel, estimant que la création du BIOT en 1965, à la suite de l’excision illégale des Chagos du territoire mauricien, constitue une violation du droit international.

Cette avancée législative au Parlement britannique pourrait marquer une étape significative vers la reconnaissance pleine et entière de la souveraineté de Maurice sur l’archipel tout en apaisant les inquiétudes de la communauté chagossienne en ce qui concerne ses droits acquis.

Aéroport SSR

Un projet de parking intelligent à Rs 66,8 M, mais des zones d’ombre persistent

Suite aux nombreuses plaintes sur le manque de places de stationnement au nouveau terminal de l’aéroport SSR, le Premier ministre a répondu ce mardi à une question parlementaire du député Tony Apollon.

L’aéroport compte actuellement 1 562 places, réparties entre l’ancien terminal (670) et le nouveau (892). Sur ces places, 1 207 sont ouvertes au public, les 355 restantes étant réservées aux parties prenantes. Deux enquêtes menées en mars ont révélé que 35 % des places étaient occupées par des voitures de location, limitant la disponibilité pour le public. Depuis mai 2025, une zone dédiée de 144 places pour ces véhicules a été aménagée à l’ancien terminal, ce qui a réduit les plaintes.

Concernant l’extension des parkings, routes ou sorties, le gouvernement estime les infrastructures actuelles suffisantes. L’ancien terminal reste pleinement opérationnel avec 526 places publiques et une signalisation jugée adéquate.

Le projet phare reste la mise en place d’un système de gestion de parking intelligent, confié en août 2024 à VDTEC Distributors Ltd pour 1,42 million USD (environ Rs 66,8 M). Cette solution vise à fluidifier la circulation et améliorer l’expérience des usagers, avec une mise en service prévue fin 2025. Mais le Premier ministre a révélé une faille grave : aucun consultant indépendant n’a été nommé pour contrôler la conformité des travaux, et un membre du comité d’évaluation, qui avait choisi le prestataire, certifie aujourd’hui la qualité des travaux avant paiement. Cette situation a été signalée à la Financial Crimes Commission.

Cette affaire soulève une fois de plus des questions cruciales sur la transparence et la bonne gouvernance dans la gestion des projets publics sous l’ancien régime.

Angus Road

Une enquête toujours ouverte… et un ordre politique de l’enterrer en 2015

L’affaire Angus Road, qui a longtemps alimenté les soupçons de conflit d’intérêts et d’enrichissement non expliqué au plus haut sommet de l’État, refait surface officiellement à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre a confirmé ce mardi que l’enquête sur les acquisitions immobilières de l’ancien Premier ministre, Pravind Kumar Jugnauth, à Angus Road est toujours en cours au niveau de la Financial Crimes Commission (FCC).

Mais surtout, une révélation choc a été faite dans la réponse à la question parlementaire du député Roshan Jhummun : oui, il y a bien eu des tentatives de bloquer l’enquête. Et elles ne viennent pas de n’importe où.

En juin 2014, l’État mauricien, alors dirigé par une autre majorité, avait formellement sollicité l’aide des autorités britanniques pour remonter la trace des fonds ayant servi à acquérir les propriétés de Vacoas. Une démarche internationale rare, indiquant la gravité des soupçons. Mais dès l’arrivée au pouvoir de l’alliance MSM en décembre 2014, tout a changé : l’ancien Attorney General, Me Ravi Yerrigadoo, a informé la défunte ICAC que le nouveau gouvernement ne souhaitait pas aller plus loin. Résultat : la demande d’entraide judiciaire a été retirée.

Une décision qualifiée de “clairement une interférence” par l’actuel Premier ministre. « C’est profondément troublant », a-t-il ajouté, en dénonçant une manœuvre politique pour entraver la recherche de la vérité dans une affaire impliquant directement Pravind Jugnauth et son épouse, Kobita Jugnauth.

Le reste de l’enquête demeure entouré de silence, en raison de son caractère “ongoing“. On ignore donc toujours si Pravind Jugnauth lui-même a été entendu par la FCC, ou si le regretté Lionel Gengen, qui aurait été au cœur de certaines tractations, a pu témoigner avant son décès.

Pour le gouvernement actuel, cette affaire symbolise l’instrumentalisation de la justice et des institutions sous le précédent régime. « Nous, nous ne fermerons aucune porte », a promis le chef du gouvernement.

Affaire “Piti-Mama”

Agression signalée, enquête au ralenti

Une agression en pleine rue, six militants pacifiques, un slogan qui dérange — et, dix mois plus tard, toujours aucune arrestation. Voilà l’état de l’enquête autour de l’incident survenu le 24 septembre 2024 à Résidence Malherbes, Curepipe, comme révélé ce mardi par le Premier ministre au Parlement.

Ce jour-là, M. G.G. et cinq autres personnes manifestaient calmement sur le trottoir, vêtus de t-shirts où l’on pouvait lire « NON A DEAL PITI-MAMA », tenant une banderole appelant à la restitution de terres d’État. Leur message visait un projet controversé : l’attribution d’un bail de 60 ans sur un terrain à Port-Louis, soupçonné de conflit d’intérêts.

Mais à peine avaient-ils eu le temps de se faire entendre que quatre individus ont surgi, les ont bousculés, arraché leur banderole, et l’ont déchirée, le tout accompagné d’insultes. Plainte déposée le jour même. Pourtant, ce n’est que trois mois plus tard, en décembre, que le dossier est transféré au Central CID. Depuis ? Aucune arrestation.

La police a bien enregistré les témoignages des plaignants et de quelques officiers présents. Mais dix mois après l’agression, l’enquête est toujours qualifiée de “en cours”. Et les auteurs, identifiés par le plaignant, circulent librement.

Mission panafricaine

Clarté sur les coûts et rappel des principes

La question du député Adrien Duval sur la participation mauricienne à la 6e session du Parlement panafricain, tenue à Midrand, en Afrique du Sud, a donné lieu ce mardi à une réponse détaillée, chiffrée — et politiquement chargée.

Le Premier ministre a confirmé que la délégation officielle, composée des députés Jhummun, Savabaddy, Lukeeram, Apollon et Baboolall, a représenté la République de Maurice du 18 au 25 juillet 2025. Initialement prévue jusqu’au 1er août, la mission a été abrégée. Les parlementaires concernés devront rembourser l’excédent perçu au titre des per diem. Le coût total de la mission s’élève à Rs 1,134,471.

Mais au-delà des chiffres, la réponse a pris un tour plus politique. Le chef du gouvernement a évoqué le passé récent d’Adrien Duval, rappelant son bref passage à la présidence de l’Assemblée (78 jours, quatre séances présidées), marqué par trois missions officielles en deux semaines — pour un total de Rs 748,112, hors délégation. Il a également cité l’ex-député Jean-Claude Quirin, membre de la délégation nationale au Parlement panafricain sur deux mandats complets, pour un total de 15 missions et Rs 3,8 millions de dépenses publiques. Un chiffre notable alors que le protocole de l’Union africaine prévoit un maximum de deux mandats — une disposition actuellement en attente de ratification.

Le Premier ministre a réitéré sa position exprimée le 25 juillet sur ce qu’il qualifie de « comportement inacceptable de l’opposition » à l’international, dénonçant une atteinte à l’image du pays. Quant aux détails de la participation de la délégation mauricienne aux travaux, comités ou votes à Midrand, ils n’ont pas été précisés, le chef du gouvernement renvoyant à sa déclaration de la semaine dernière.

Excise Duty

Le gouvernement maintient la date limite du 30 juin

Lors de la séance parlementaire du 29 juillet 2025, Navin Ramgoolam a répondu à une question du député Quirin concernant les nouvelles taxes d’excise sur les véhicules, en vigueur depuis le 1er juillet 2025.

Il a rappelé que cette mesure, annoncée lors du Budget le 5 juin, est entrée en application dès le lendemain, avec une période transitoire allant jusqu’au 30 juin 2025. Durant cette période, les véhicules bénéficiant d’un permis d’importation ou déjà expédiés ou placés en entrepôt avant le 6 juin pouvaient encore être dédouanés aux anciens tarifs.

Le Premier ministre a indiqué que des représentations ont été faites par les associations de concessionnaires de véhicules neufs et d’occasion, réclamant un allongement de la période transitoire. Des rencontres ont eu lieu, notamment le 25 juin entre des représentants de la Dealers in Imported Vehicles Association et le ministère des Finances. Plusieurs propositions ont été soumises à cette occasion.

Toutefois, le gouvernement a jugé qu’une extension du délai n’était pas souhaitable, soulignant que 6 703 véhicules – dont 4 093 neufs – ont été dédouanés durant les 25 jours de transition, soit plus de trois fois la moyenne mensuelle d’importation enregistrée en 2024. Cette hausse exceptionnelle a aussi eu un impact notable sur le déficit commercial et les réserves de devises.

Le Premier ministre a donc confirmé que la date limite du 30 juin 2025 reste inchangée et qu’aucune extension n’est envisagée.