Pravind Jugnauth de nouveau face aux enquêteurs ce lundi

Attendu lundi au CCID dans l’affaire des « Moustass Leaks », l’ancien Premier ministre est désormais personnellement concerné par trois dossiers majeurs depuis son départ du pouvoir.

Un nouveau rendez-vous avec les enquêteurs attend Pravind Jugnauth. Le leader du MSM est convoqué, lundi, au CCID pour la suite de son interrogatoire dans l’affaire des « Moustass Leaks » et des équipements de surveillance téléphonique qui auraient été acquis par le bureau du Premier ministre sous son gouvernement.

Ce sera son deuxième passage aux Casernes centrales dans ce dossier. Le 1er septembre, il avait été autorisé à repartir après environ deux heures, l’enquête étant encore à un stade préliminaire. Il doit maintenant compléter sa déposition et répondre aux questions portant sur les aspects techniques, financiers et administratifs de ce système de surveillance.

L’affaire remonte aux révélations de « Missié Moustass », en octobre 2024. Des enregistrements de conversations impliquant des responsables politiques, des journalistes, des diplomates et d’autres personnalités avaient alors été diffusés sur les réseaux sociaux. Au-delà de l’identité de l’auteur des fuites, une question demeure centrale : par qui, sur quelles instructions et avec quels moyens ces conversations auraient-elles été interceptées ?

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait annoncé au Parlement que le dispositif découvert avait été démantelé et rendu inopérant. Il avait également réaffirmé que toute interception illégale constituerait une atteinte grave au droit à la vie privée et à la liberté d’expression.

Trois dossiers majeurs à ce jour

Cette convocation ouvre un troisième front pour Pravind Jugnauth depuis son départ du pouvoir. Le premier concerne les Rs 114 millions saisies en février 2025 lors de perquisitions menées par la Financial Crimes Commission (FCC) dans plusieurs lieux. Pravind Jugnauth avait été arrêté et provisoirement inculpé de blanchiment d’argent avant d’être libéré sous caution. Il conteste les accusations portées contre lui.

Le deuxième dossier porte sur le contrat pétrolier d’environ Rs 30 milliards attribué par la « State Trading Corporation » (STC) à « Mercantile & Maritime Group » (MMG). Pravind Jugnauth a été interrogé à plusieurs reprises, « under warning », par la FCC sur les circonstances dans lesquelles MMG est entrée dans la course alors qu’une autre offre avait initialement été retenue.  Le leader du MSM affirme n’avoir joué aucun rôle dans le choix de la compagnie et rejette toute malversation.

Le troisième est désormais celui des « Moustass Leaks » et des équipements de surveillance. Dans le premier dossier, Pravind Jugnauth fait l’objet d’une inculpation provisoire. Dans les deux autres, les enquêtes sont toujours en cours et aucune accusation n’a, à ce stade, été retenue contre lui. Mais politiquement, l’image est lourde : en l’espace de quelques mois, l’ancien Premier ministre aura dû répondre devant la FCC et le CCID sur de l’argent liquide, un contrat pétrolier de plusieurs milliards et un dispositif présumé de surveillance des communications.

Lundi, il ne s’agira donc pas simplement d’une nouvelle convocation. Ce sera le moment des réponses dans une affaire qui touche au cœur même des libertés publiques et à l’usage qui aurait été fait des moyens de l’État.

À Grand-Bois, l’offensive politique avant le CCID

À trois jours de sa nouvelle convocation au CCID, Pravind Jugnauth a choisi l’offensive. Devant ses partisans réunis, vendredi soir, à Grand-Bois pour le troisième congrès régional du MSM, il a multiplié les attaques contre le gouvernement.

Il a principalement dénoncé la dégradation, selon lui, du « law and order », la persistance du trafic de drogue ainsi que la gestion économique et sociale du pays. Pravind Jugnauth a également relancé l’affaire Mamy Ravatomanga. Vidéo à l’appui, il est revenu sur l’affidavit de Nasser Bheeky concernant une rencontre présumée à Quatre-Bornes. Selon la version défendue par le leader du MSM, des personnes présentées comme proches du pouvoir auraient réclamé d’importantes sommes d’argent à l’homme d’affaires malgache et à certains de ses proches.

Entre défense de son bilan et attaques contre le pouvoir, Pravind Jugnauth a ainsi tenté de reprendre l’initiative politique. Mais dès lundi, le terrain changera : après la tribune de Grand-Bois viendra le temps des questions des enquêteurs du CCID.