Pendant une décennie, un même schéma s’est répété, au point de devenir une signature : sous le gouvernement MSM, surtout celui de Pravind Jugnauth (après SAJ), les caisses de l’État semblaient avoir fonctionné comme une pompe à argent mise au service d’un cercle d’initiés. Ce système, connu comme « Lakwizinn », apparaît aujourd’hui à travers une série d’affaires, d’enquêtes et de chiffres accablants révélant une mécanique parfaitement verrouillée, et terriblement lucrative pour ceux qui se trouvaient du « bon côté » du pouvoir.
Les honoraires perçus par Ravi Yerrigadoo, soit plus de Rs 32,2 millions entre 2017 et 2024, ne sont que la partie émergée d’un iceberg tentaculaire. Car ce que dévoilent les derniers chiffres, c’est une logique de redistribution interne, où l’argent public ne circulait pas selon les besoins du pays, mais selon l’intimité politique. Le cas de Shamila Sonah Ori est emblématique : près de Rs 84,7 millions en honoraires, allocations et réclamations. Un montant ahurissant, d’une ampleur inimaginable au profit de la cousine de Kobita Jugnauth et avoué personnel de Pravind Jugnauth. Dans la même veine, Satar Hajee Abdoula aurait touché près de Rs 287,2 millions, presque autant qu’un budget ministériel.
Au cœur de ce dispositif, les banques publiques et para-étatiques ont également joué un rôle clé. L’affaire Maradiva est devenue le symbole de ce mode opératoire. Comment « Dhyanavartam Ltd », propriétaire de l’hôtel Maradiva, a-t-elle pu obtenir près de Rs 470 millions en prêts de la ‘State Bank of Mauritius’ et de la ‘Mauritius Investment Corporation’, alors même que la société était financièrement exsangue ? Les arrestations de Sanjiv Ramdanee et de l’ex-CEO de la SBM, Premchand Mungur, ouvrent aujourd’hui une brèche dans ce qui semble avoir longtemps été un tabou : ces décisions ont-elles été influencées par des liens, des pressions, ou des intérêts familiaux ? La question de la bénéficiaire ultime du prêt reste entière – et brûlante.
Pendant que les institutions tentaient de justifier l’injustifiable, d’autres épisodes venaient ajouter une couche d’opacité : la valise contenant Rs 114 millions, jusqu’ici inexpliquée, jamais dissociée du nom de Pravind Jugnauth dans le débat public. Une valise qui, aujourd’hui encore, symbolise la possibilité d’une richesse parallèle, circulant en marge de l’État et loin du regard des citoyens.
Pour de nombreux observateurs, il ne s’agit plus d’une série d’affaires isolées, mais de la démonstration d’un système organisé, cohérent et structurel. Un système qualifié de « mafieux », où l’État servait de coffre-fort, de caisse noire et de boîte à outils au service d’un clan. Une phrase attribuée à l’ancien Premier ministre résonne particulièrement dans ce contexte : « Sa kas fond piblik la, mo fer kouma dire mo propre larzan sa ». Plus qu’une rassurance, comme il voulait le faire croire, cette phrase résume une philosophie de gestion – ou plutôt d’appropriation – de l’argent public.
Les questions qui persistent révèlent l’ampleur du malaise : ces fonds ont-ils servi à enrichir des individus, à consolider l’empire Sun Trust, à constituer une réserve électorale ? Où se trouve cet argent aujourd’hui ? Est-il encore dans le circuit financier mauricien ou a-t-il traversé les frontières ? Autant de zones d’ombre que les enquêtes actuelles devront impérativement éclaircir.
Pendant ce temps, les Mauriciens, eux, paient la facture. Les milliards engloutis dans des honoraires douteux, des prêts toxiques, des contrats sans résultats – à l’image du fiasco Pulse Analytics – se traduisent désormais par une dette publique record, et un coût de la vie insupportable et des services publics qui se sont dégradés un peu plus chaque année.
Un an après le changement de gouvernement, le pays continue de découvrir, morceau par morceau, l’architecture d’un système où le pouvoir politique semblait servir moins à gouverner qu’à redistribuer la richesse publique vers un cercle rapproché. Les enquêtes ne font que commencer. Mais une chose est déjà certaine : ce système, tel qu’il apparaît à travers les dossiers cumulés, n’a pas seulement affaibli les institutions. Il a creusé un fossé entre la politique et la population, un fossé financier, social et moral. Et il faudra plus que des promesses pour le refermer.


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