[Professions paramédicales] Le président de l’AHPC met en garde contre les dérives

Fausse promesse, vraie souffrance : de plus en plus de Mauriciens se retrouvent victimes de pseudo-thérapeutes sans diplôme reconnu. Face à cette prolifération de pratiques illégitimes dans le domaine de la santé paramédicale, l’Allied Health Professionals Council (AHPC) alerte.

Créé en 2017, cet organisme public est chargé de réguler 18 professions de santé dites paramédicales à Maurice, telles que les physiothérapeutes, orthophonistes, psychologues, diététiciens, techniciens en radiologie ou ergothérapeutes. Or, selon son président, Mohammad Rizwan Chumroo, de nombreuses personnes exercent sans être enregistrées — et parfois sans aucune qualification reconnue.

Dans le cadre de sa campagne de sensibilisation, portée par le motto « Don’t gamble with your health. Choose registered professionals », l’AHPC a récemment lancé une opération de régularisation et de sensibilisation, suite à une révision officielle de la liste des qualifications reconnues (First Schedule) en août 2024. Les formations en ligne ne sont par exemple pas considérées comme suffisantes pour exercer. « Certaines personnes suivent une courte formation en ligne, parfois de quelques heures ou de quelques semaines, et s’imaginent pouvoir exercer comme psychologues. Cela pose un véritable problème », déplore-t-il.

Le président dénonce des abus de plus en plus fréquents, avec des individus qui se présentent comme professionnels de santé sans formation solide ni encadrement légal. Et les conséquences peuvent être dramatiques. Il évoque notamment le cas d’un patient victime d’une fracture après avoir été massé à la colonne vertébrale avec une pierre par une personne non qualifiée. « Il a dû être opéré en urgence et suit aujourd’hui une rééducation intensive pour réapprendre à se lever et marcher », explique-t-il. Il mentionne également des pratiques sans fondement scientifique, comme celle de « faire craquer la langue » d’un patient ayant subi un AVC. Des méthodes qu’il qualifie sans détour d’« arnaques destinées à soutirer de l’argent à des personnes en situation de vulnérabilité ».

L’un des principaux problèmes reste la confusion du public, qui ne sait pas toujours faire la différence entre un professionnel qualifié et un imposteur. Pour y remédier, le Conseil a mis en place un QR code de vérification et un registre consultable sur www.ahpcmauritius.org. « Beaucoup de personnes se font appeler physiothérapeute ou chiropracteur sans en avoir les qualifications, et elles causent souvent plus de mal que de bien. Il est donc essentiel de mettre cela en lumière — c’est mon cheval de bataille », affirme Rizwan Chumroo. La campagne vise à la fois le grand public et les praticiens eux-mêmes. « Certains ignorent encore qu’ils sont tenus par la loi d’être enregistrés. On veut qu’ils sachent ce que la loi dit exactement », insiste-t-il.

Cependant, la législation actuelle montre ses limites. Certains individus contournent la loi en utilisant des titres comme « mental therapist » ou « coach bien-être », qui ne figurent pas explicitement dans les textes légaux. « Comment poursuivre ces gens-là si le titre qu’ils utilisent n’est pas répertorié dans la loi ? » s’interroge-t-il. « Il y a des lois, comme la Private Health Institutions Act, qui encadrent les cliniques ou centres médicaux. Mais beaucoup passent entre les mailles du filet », regrette-t-il. En réponse à ces lacunes, il précise que le ministère de la Santé travaille actuellement à l’élaboration d’une nouvelle législation pour mieux encadrer ces pratiques, combler les vides juridiques actuels et renforcer la protection des patients. Ce n’est pas parce qu’on a de bonnes intentions qu’on peut traiter des pathologies. Il faut des compétences. « La santé n’est pas un terrain d’expérimentation. Tournez-vous vers des professionnels enregistrés », conclut Rizwan Chumroo.

📌 Ce qu’il faut savoir sur l’AHPC

Qu’est-ce que l’AHPC ?

Créé en 2017, le Allied Health Professionals Council encadre 18 professions paramédicales, comme les physiothérapeutes, orthophonistes, techniciens de laboratoire, psychologues, etc.

Pourquoi c’est important ?

L’encadrement de ces 18 professions paramédicales garantit que la personne détient un diplôme reconnu, une formation suffisante et respecte un code de conduite.

Quels sont les risques ?

Des personnes non qualifiées prétendent exercer ces professions, parfois après de simples formations en ligne. Cela peut mettre en danger la santé des patients.

Qui siège au sein de l’AHPC ?

L’AHPC est composé de professionnels issus de six grands pôles paramédicaux (clusters), représentant les différentes disciplines encadrées. Pour la période de février 2025 à janvier 2028, le président est Rizwan Chumroo (physiothérapeute). Le conseil comprend également des représentants des ministères de la Santé, du Bureau du Premier ministre, de l’Attorney General’s Office, ainsi que des ministères des Finances et de l’Éducation. Cette diversité permet d’assurer un encadrement rigoureux, à la fois professionnel, juridique et institutionnel.

Comment vérifier si un professionnel est enregistré ?

→ Scannez le QR code

→ Ou consultez le registre officiel : www.ahpcmauritius.org