Cinquante-sept années après l’Indépendance, et trente-trois années après avoir été élevée au statut de République, l’Île Maurice est certes prête pour une réforme électorale réfléchie. Cette réforme ne doit pas ignorer que le tissu social, quoique harmonieux en apparence, reste toujours fragile. Il ne faudrait pas perdre de vue que le système de meilleurs perdants (le Best Loser System) fut au début le catalyseur de son décollage économique. Sans stabilité sociale et politique, l’économie et le développement en souffrent.
- Le Best Loser System (BLS)
Il faut reconnaître que ce système permet le rattrapage des meilleurs perdants ; huit sièges sont ainsi attribués à certaines communautés, dont le but est de s’assurer que toutes les composantes de la société mauricienne soient représentées à l’Assemblée nationale. Cela a aidé à consolider l’harmonie sociale et a créé la confiance dans la population durant ces 57 années. Malgré la note positive sur ce chapitre, le communalisme est toujours présent dans notre société multiculturelle. Alors, la prudence est de mise.
Certes, le système de “best loser” doit être revu et adapté avec les réformes à venir. L’éliminer complètement n’est peut-être pas la solution idéale en ce moment. Son élimination pourrait donner l’appétit à certains d’alimenter à nouveau le démon communal. Donnons au temps son temps pour l’enlever complètement de notre système électoral. Néanmoins, une réduction du nombre de sièges est souhaitable.
Recommandation : Trois élus au système de Best Losers au lieu de huit, basé toujours sur le recensement actuel, avant son retrait complet de notre système électoral.
- La parité des électeurs au niveau des circonscriptions
La démocratie se conjugue également par un nombre équitable de votants par circonscription.
Actuellement, le nombre d’électeurs dans quatre des circonscriptions, est dans la fourchette de 30 545 à 36 734. Dans huit autres circonscriptions il est entre 41 478 et 48 793, et dans les huit circonscriptions restantes il est de 51 415 à 60 570. A Rodrigues le nombre d’électeurs est de 33 660.
La consolidation de la démocratie passe essentiellement par un découpage des circonscriptions plus au moins justes. Nous devons augmenter le nombre des circonscriptions afin d’honorer ce principe fondamental de la démocratie. L’Electoral Boundaries Commission doit pouvoir faire un découpage des circonscriptions avec un nombre plus au moins équitable.
La physionomie des vingt circonscriptions permet d’augmenter le nombre de circonscriptions à Maurice à 25 au lieu de 20, avec une moyenne de 39 700 électeurs, avec un écart de plus au moins 1 500 électeurs, et non avec une différence de 27 000 comme c’est le cas entre les circonscriptions no 2 et no. 18. Il est important de réduire la disparité entre les circonscriptions.
Recommandation : Vingt–cinq circonscriptions au lieu de vingt.
- Réduction du nombre d’élus par circonscription
Trois élus par circonscription, ça fait trop. C’est aussi une perte de ressources humaines et financières pour le pays. Souvent, cela crée un cafouillage entre les élus. Les uns ne reçoivent que les personnes appartenant à leur communauté ou leur caste. Les élus, malheureusement, ont ce réflexe après avoir été élus par les votes de leur communauté ou caste. Regardez les conseillers nommés par les ministres, qui vous confirmeront mon constat. Les élus d’une circonscription sont les représentants de toute la circonscription, y compris ceux qui ont voté contre eux, et non de leur communauté ou caste. D’une part, deux élus par circonscription atténueraient ce sentiment partisan et faciliterait l’émergence d’une Nation Mauricienne, et d’autre part, l’argent ainsi économisé pourrait être utilisé à construire des maisons additionnelles pour les sans-abri, les enfants et les femmes battues.
D’ailleurs, la politique, c’est travailler pour l’amélioration de la qualité de vie des citoyens.
Recommandation : Deux élus au lieu de trois par circonscription pour les 25 circonscriptions, comme suggérer ci-dessus.
- Qualifications académiques pour être candidates/candidats
Le renforcement de la démocratie se dessine aussi à travers la qualité des femmes et hommes qui représentent le peuple à l’Assemblée nationale. Avec l’éducation gratuite introduite par le Père de la Nation en 1976, il y a déjà quarante-neuf ans de cela, le niveau intellectuel des mauriciens a beaucoup progressé. La réforme électorale doit prendre en considération ce progrès et établir les qualifications académiques minimales pour qu’une personne puisse être candidate.
La politique, jadis popularisme, est devenue, au fil des années, une science qui demande beaucoup de qualités, telles que l’intégrité, le leadership, l’empathie, être visionnaire et proche de son électorat, y compris des opposants qui entretiennent des opinions différentes. D’ailleurs, nos élus sont très bien réénumérés pour attirer les meilleurs de nos intellectuels pour le bien du pays.
Recommandation : Minimum un degré universitaire.
- La représentation proportionnelle (RP)
Faire toute sa justice à une démocratie digne de ce nom, le système doit la protéger contre une Assemblée nationale comptant 60 sièges sans élu. Les soixante sièges vides étouffent la vie démocratique d’un pays. La réforme doit garantir qu’à l’avenir, jamais la voix d’une minorité significative ne soit exclue de l’Assemblée nationale. Toutefois, la dose de représentation proportionnelle (RP) ne doit en aucun cas rendre le pays ingouvernable.
Les partis ou groupements politiques doivent obtenir 13 % ou plus des suffrages au niveau national pour être éligibles à la RP. Chaque tranche supplémentaire de 0,5 % des voix, issue du calcul, attribuerait un élu supplémentaire via ce système.
Enfin, pour que le choix populaire soit respecté, tous les partis ou groupements politiques, y compris celui ayant remporté la majorité grâce au scrutin uninominal majoritaire (FPTP), doivent participer à la RP.
Recommandation : 13 élus sur la base de représentation proportionnelle.
- La représentation féminine aux élections
Le genre féminin représente environ 52% de la population. La réforme doit aussi s’assurer que les regroupements/partis politiques choisissent au moins 35% de femmes comme candidates ou sur leur liste de RP.
Alors, il y aurait plus de représentantes femmes à l’Assemblée nationale.
- Une réduction de nombre de représentants à l’Assemblée nationale
Maurice est une petite île avec des ressources limitées, quoique certains l’appellent île océan. Les ressources doivent être utilisées, à priori pour le bien-être de ses habitants, au lieu de les gaspiller en augmentant le nombre des élus à 80.
Il faudrait au contraire réduire le nombre d’élus de 3 à 2 par circonscription. Ainsi, les élus seront les représentants de LA circonscription et, non ceux d’une communauté ou d’une caste.
Alors, il y aurait 50 élus pour les vingt-cinq circonscriptions de Maurice, deux élus de Rodrigues, 3 pour le BLS, 13 sur la liste de RP et un élu pour nos compatriotes d’Agaléga et de Diego Garcia, et les îles.
Alors l’Assemblée nationale se constituerait de 69 parlementaires, ce qui est largement suffisant pour représenter une population de 1.2 millions.
Recommandation : Une Assemblée nationale de soixante-neuf membres.
- Droits de vote aux diasporas
Les critères d’éligibilité de droit de vote aux mauriciens vivant à l’étranger doivent être considérés avec urgence. Ceux qui ont conservés leur nationalité mauricienne se sentiront plus proche de leur mère patrie. Les diasporas contribuent à promouvoir l’image de Maurice dans leur pays adoption.
- Financement de partis politiques
C’est un sujet qui concerne l’argent des contribuables. Il ne faut pas aller vite en besogne. Il est essentiel de considérer toutes les implications et les risques de gaspillage avant d’aboutir à une formule raisonnable.
Ce gouvernement a la responsabilité de présenter la réforme du système actuel, au moins douze mois avant la prochaine échéance électorale, afin que la population ait le temps de bien l’assimiler.
Jay K. Hurry


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