[Réforme électorale] Vers un renforcement de la démocratie parlementaire à travers une opposition robuste

L’avenir de Maurice repose sur sa jeunesse, qui doit comprendre le fonctionnement de la démocratie, défendre des institutions solides et faire preuve de vision pour conduire le pays de l’avant. Tel est, en substance, le message livré vendredi matin par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à l’occasion du lancement officiel de la cinquième édition du National Youth Parliament, à l’Assemblée nationale. Cet événement de simulation parlementaire, organisé les 28 et 29 août 2026, réunit 75 jeunes participants âgés de 14 à 23 ans, appelés à s’initier concrètement aux procédures parlementaires, aux débats et au dialogue.

La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence de la Speaker de l’Assemblée nationale, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, de plusieurs ministres, de la Speaker de l’Assemblée nationale des Seychelles, Azarel Ernesta, ainsi que de plusieurs députés et personnalités. Navin Ramgoolam a d’ailleurs tenu à souligner la portée symbolique de cette configuration inédite, avec à la fois une Speaker mauricienne, une Speaker seychelloise et, pour la première fois, une femme à la tête de l’opposition. « C’est cela, briser le plafond de verre. C’est cela, l’égalité des chances », a-t-il lancé, invitant l’assistance à saluer ces trois personnalités.

« Vous devez avoir des dirigeants capables de voir loin »

Revenant sur ses propres débuts en politique, le Premier ministre a confié être entré au Parlement en 1991, en tant que leader de l’opposition, sans connaître « absolument rien » aux procédures parlementaires. Il a raconté avoir dû tout apprendre seul après la démission d’un collègue plus expérimenté, illustrant ainsi l’importance, pour les jeunes parlementaires du NYP, de saisir cette occasion d’apprentissage. « Vous allez soit nager, soit couler », a-t-il résumé, relatant les mots que lui avait adressés ce collègue à l’époque.

Navin Ramgoolam a aussi défendu la réforme électorale actuellement à l’étude, estimant qu’elle permettrait d’éviter de nouveaux scores de type « 60-0 » à l’Assemblée nationale et de renforcer l’opposition. « Il faut une opposition robuste. Ce n’est pas bon pour la démocratie » d’avoir un Parlement sans contre-pouvoir, a-t-il affirmé, ajoutant qu’une dose de représentation proportionnelle permettrait de faire en sorte que « chaque vote compte ».

Intelligence artificielle, sécurité alimentaire et institutions fortes

Le chef du gouvernement a ensuite présenté les trois motions qui seront débattues par les jeunes parlementaires — l’intelligence artificielle, la sécurité alimentaire et le développement durable, ainsi que l’Objectif de développement durable 16 relatif à la paix, à la justice et à des institutions fortes — les qualifiant de « pont vers l’avenir » et de « passage de flambeau » à la nouvelle génération.

Sur l’intelligence artificielle, il a rappelé avoir consacré une large part de son dernier discours du budget à cette technologie, présentée comme un levier de productivité et de croissance économique pour Maurice. Navin Ramgoolam a appelé les jeunes Mauriciens à devenir « créateurs, innovateurs, entrepreneurs », et non de simples consommateurs de technologie, tout en veillant à une utilisation éthique et inclusive de l’IA, notamment en matière de protection des données personnelles.

Concernant la sécurité alimentaire, il a déploré que Maurice importe plus de 90 % de ce qu’elle consomme, y compris l’essentiel de son poisson, une situation qu’il a jugée « inacceptable » et source de vulnérabilité face aux chocs extérieurs, citant l’impact de la guerre entre les États-Unis et l’Iran sur les prix du pétrole. Il est également revenu sur l’accord conclu avec l’Inde pour sécuriser l’approvisionnement du pays en pétrole.

Sur le troisième thème, relatif aux institutions, le Premier ministre a évoqué les propos tenus par l’ancien président des Seychelles, qui avait jugé que Maurice « reculait » et employé le terme d’« inciviles » pour qualifier certains épisodes survenus au Parlement mauricien. Il a opposé cette période à la situation actuelle, estimant que « les institutions fortes sont le socle de toute société civilisée », et a insisté sur la nécessité d’une justice non seulement indépendante, mais aussi impartiale. Il a par ailleurs annoncé son intention d’étoffer, à l’avenir, le chapitre de la Constitution consacré aux droits fondamentaux.